«Traingate»: Le chef du parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn, est-il un menteur?

GRANDE-BRETAGNE Le chef du parti travailliste a dû voyager assis par terre dans un wagon bondé mais la compagnie Virgin Trains contredit sa version des faits. La Grande-Bretagne se passionne pour l’affaire…

Pierre Fesnien

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Jeremy Corbyn dans le train qui l'emmenait de Londres à Newcastle le 11 août.
Jeremy Corbyn dans le train qui l'emmenait de Londres à Newcastle le 11 août. — AP/SIPA

Jeremy Corbyn est-il un menteur ? C’est la question que se pose a peu près toute la Grande-Bretagne ces derniers jours après que le leader du parti travailliste, actuellement en campagne pour sa réélection à la tête du Labour, ait été filmé voyageant à même le sol dans le train bondé qui l’emmenait de Londres à Newcastle la semaine dernière.

Assis par terre dans un train bondé

Faute de place dans le train, Jeremy Corbyn a affirmé avoir été obligé de s’asseoir par terre entre deux compartiments. « Beaucoup de passagers sont confrontés à ce problème chaque jour, les banlieusards comme les voyageurs longue distance. Aujourd’hui, le train est complètement bondé » explique-t-il en s’adressant à la caméra du réalisateur indépendant Yannis Mendez qui suit la campagne du chef du parti travailliste.

« La vérité, c’est qu’il n’y a pas assez de trains et ils sont également très coûteux. N’est-ce pas un argument en faveur de la nationalisation ? » conclut Jeremy Corbyn dans la vidéo. La remarque est loin d’être anodine car la nationalisation des lignes de chemins de fer est l’une des mesures phare de son programme. Il n’en fallait donc pas plus pour que ses détracteurs crient à la mise en scène à des fins politiciennes.

Richard Branson met son grain de sel

La compagnie sur laquelle voyageait Jeremy Corbyn s’appelle Virgin Trains et elle appartient à Richard Bronson, également propriétaire de la compagnie aérienne Virgin Atlantic. Le milliardaire anglais n’a pas trop apprécié les remarques du chef du parti travailliste et il ne s’est pas gêné pour le faire remarquer dans un tweet qui sous-entend ouvertement que Corbyn est un menteur.

« M. Corbyn et son équipe sont passés devant des sièges vides qui n’étaient pas réservés (…) avant de se diriger jusqu’au bout du train, où son équipe s’est assise au sol et a commencé à filmer », a détaillé Richard Branson sur son compte Twitter.

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L’équipe de campagne de Jeremy Corbyn n’a pas tardé à riposter. « Plus tard au cours du trajet, des sièges se sont libérés après qu’une famille ait été surclassée en première classe », a-t-elle expliqué dans un communiqué. Des passagers présents dans le train sont aussi venus à la rescousse de l’homme politique en affirmant qu’il n’avait pas pu trouver de place durant les 45 premières minutes du trajet de 3h.

Le « Traingate » passionne les médias britanniques

L’honneur serait donc sauf pour Jeremy Corbyn mais cela n’a pas empêché les médias britanniques de passionner pour cette affaire du « Traingate » en se montrant parfois féroce avec le leader du parti travailliste, la palme revenant au Daily Mail. Le tabloïd de droite titrait dans son édition du 24 août, « Corbyn l’hypocrite de première classe ».

L’histoire va encore encore plus loin puisqu’une enquête a été ouverte après que Virgins Trains ait rendu publiques des images de ses caméras de surveillance, ce qui irait à l’encontre de la Data Protection Act, la loi britannique sur la protection des données.

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L’épisode a en tout cas fait sourire Owen Smith. Le principal adversaire de Jeremy Corbyn pour l’élection à la tête du Labour a tweeté, non sans ironie, « Ma campagne reste sur les bons rails. Fier d’être véritablement debout pour les gens ordinaires ».