Une starlette de télé-réalité allemande condamnée pour une fausse accusation de viol

ALLEMAGNE L'affaire, ambiguë, illustre la définition restrictive du viol dans le droit allemand...

20 Minutes avec AFP

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La mannequin Gina-Lisa Lohfink arrivant au tribunal à Berlin le 22 août 2016.
La mannequin Gina-Lisa Lohfink arrivant au tribunal à Berlin le 22 août 2016. — Joerg Carstensen/AP/SIPA

La mannequin allemande Gina-Lisa Lohfink a été condamnée ce lundi à une forte amende pour avoir accusé à tort, selon la justice, deux hommes de viol, une affaire qui avait mobilisé les partisans d’un durcissement de la législation allemande sur le viol.

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Jugée à Berlin pour avoir accusé un footballeur et un employé d’un club berlinois de l’avoir violée en 2012, la starlette a été condamnée à 20.000 euros d’amende pour dénonciation calomnieuse, 4.000 euros de moins que la somme requise par le parquet, a annoncé le tribunal de Tiergarten de Berlin.

Une vidéo ambiguë

La procureure Corina Gögge avait accusé la mannequin, une habituée des émissions de téléréalité, d’avoir « menti » et « inventé » le viol, et d’avoir « consciemment induit en erreur les enquêteurs ». Pourtant, dans la vidéo des ébats qui a été diffusée sur internet contre le gré de Mme Lohfink, celle-ci dit « non » et « arrêtez », sans se défendre activement, déclenchant une vague de soutien sur les réseaux sociaux portée par le mot-dièse #TeamGinaLisa.

Une expertise présentée lors du procès a souligné que Mme Lohfink n’avait pas été droguée car dans « toutes les séquences de la vidéo elle apparaît éveillée, lucide et pas désorientée ». En larmes lundi, la mannequin a déclaré : « Ce que ces mecs m’ont fait, je vais devoir le porter en moi toute ma vie ».

La définition du viol doit être revu depuis le soir du Nouvel an 2016 à Cologne

Cette affaire est venue illustrer la définition très restrictive dans le code pénal allemand du viol qui est cantonné aux relations sexuelles obtenues « par la violence, par une menace portant sur la vie ou l’intégrité corporelle », ou lorsque la victime se trouve « privée de toute défense ».

Mais selon une réforme adoptée par la chambre basse du Parlement en juillet et qui doit être approuvée durant l’automne par la chambre haute, celle-ci va élargir le viol à tout acte sexuel commis « contre la volonté identifiable d’une autre personne ». Cette formulation constitue un renversement de perspective en Allemagne, en faisant de l’absence de consentement l’unique critère du viol, conformément à la convention d’Istanbul du Conseil de l’Europe signée en 2011 par Berlin.

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Longtemps en débat, la réforme sur le viol a été accélérée en début d’année avec les centaines d’agressions sexuelles contre des femmes commises le soir du Nouvel An à Cologne (ouest) et attribuées par les enquêteurs à des migrants essentiellement originaires d’Afrique du Nord.