Le Royaume-Uni «out», l’Europe se dotera-t-elle d’une défense commune?

DEFENSE L’Italie propose à la France et à l’Allemagne la création d’une « force multinationale européenne sous commandement unique »…

Céline Boff

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Illustration armée française.
Illustration armée française. — NICOLAS JOSE/SIPA

Ce soir, François Hollande, Angela Merkel et Mattéo Renzi dineront sur le porte-avions Garibaldi, stationné au large de l’Italie. Le lieu est hautement symbolique pour ces dirigeants qui devraient passer leur après-midi à trouver les moyens de donner, suite au Brexit, une «  nouvelle impulsion » à l’UE… Notamment en matière de défense et de sécurité.

Plusieurs propositions sont sur la table. Comme celle de créer une force multinationale européenne sous commandement unique. Ou encore celle de lancer des « eurobonds » afin de financer des projets communs en matière militaire. Muscler l’Europe de la défense n’est pas une idée nouvelle. Mais pour une fois, elle pourrait bien se concrétiser. Car, avec le Brexit, c’est l’opposant majeur à son renforcement qui disparaît.

Le « no » systématique des Britanniques

Ces dernières années, le Royaume-Uni bloquait toutes les avancées en la matière. A commencer par l’Agence européenne de défense (AED), chargée de développer des programmes d’armement et d’entraîner certains militaires, comme les pilotes d’hélicoptères. « Son budget n’a pas bougé d’un iota depuis 2010. Il est de l’ordre de 30 millions d’euros par an, soit ce que les Etats-Unis dépensent en un jour seulement pour mettre au point le F-35, leur prochain avion de combat », souligne Thomas Pellerin-Carlin, chercheur à l’Institut Jacques Delors sur les questions de politique européenne de défense.

Autre veto des Britanniques : la création d’un quartier général européen, à même de monter des plans militaires et de piloter des opérations communes. Le Royaume-Uni n’en a jamais voulu, estimant que l’Alliance atlantique (Otan) était la seule organisation légitime pour protéger l’Europe.

« Les Britanniques ne se sont pas contentés de bloquer les décisions. Du fait de leur « no » systématique, ils empêchaient même la moindre réflexion en matière de défense commune », avance Thomas Pellerin-Carlin. Or, cette réflexion est devenue une priorité absolue, suite à la série d’attentats qui a frappé la France et l’Allemagne. « Il y a un continuum évident entre les sécurités extérieure et intérieure de l’UE. En clair, les gouvernements ne peuvent plus feindre d’ignorer que ce qu’il se passe en Syrie ou au Mali a des impacts directs chez nous, en Europe ».

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D’où cette volonté de créer une « force multinationale européenne sous commandement unique », comme l’a suggéré l’Italie. C’est-à-dire une armée européenne ? « Plutôt une européanisation de certaines armées nationales », répond Thomas Pellerin-Carlin. « Une partie serait placée sous le commandement d’un chef militaire commun, mais le chef ultime resterait le politique et donc, pour la France, le président de la République. »

Avec une telle force, l’enjeu serait surtout de permettre aux Etats européens de mutualiser leurs dépenses en termes d’achats d’équipements, mais aussi de logistique et de maintenance. « La mutualisation pourrait également porter sur l’entraînement des hommes. Si les militaires européens disposent des mêmes équipements et des mêmes formations, ils pourront effectivement travailler ensemble », précise Thomas Pellerin-Carlin. Et s’épargner bien des difficultés, comme en Afghanistan, où Italiens et Français ne pouvaient par exemple communiquer entre eux qu’à travers des outils… américains.

En outre, les premières coopérations mises en place entre certains pays européens, notamment dans l’aviation, ont permis de réaliser environ 30 % d’économies. Ce qui est loin d’être négligeable alors que les budgets Défense des Etats ne cessent de stagner ou de se réduire, à l’exception notable de celui de la Pologne.

Des échéances électorales capitales

Enfin, au lieu de bloquer les discussions, les échéances électorales de 2017 – aussi bien en Allemagne avec les législatives qu’en France avec la présidentielle – devraient accélérer les décisions. « Hollande comme Merkel ont besoin de rassurer leurs peuples après les attentats et de leur prouver que l’Union européenne fait la force », analyse Thomas Pellerin-Carlin. Les annonces fermes ne tomberont toutefois pas ce lundi : le mini-sommet vise seulement à préparer celui des 27, programmé le 16 septembre à Bratislava (Slovaquie).

La nécessité de (re) construire l’Europe de la défense se fait d’autant plus pressante qu’une autre élection approche : celle du futur président des Etats-Unis, prévue le 8 novembre. Si Donald Trump est élu, il pourrait bien appliquer ses promesses. Comme celle de ne pas venir en aide aux pays européens qui ne seraient pas à jour de leurs paiements à l’Otan. Une annonce qui ne manque pas d’effrayer les pays de l’Est, alors que la Russie intensifie sa présence aux frontières ukrainiennes.