Etats-Unis: Donald Trump «regrette» ses paroles mais change-t-il vraiment de recette?

ELECTION PRÉSIDENTIELLE AMÉRICAINE Donald Trump a pour la première fois exprimé des regrets en public jeudi lors d'un meeting à Charlotte, en Caroline du Nord...

Laure Cometti
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Donald Trump en meeting à Charlotte (Etats-Unis), le 18 août 2016.
Donald Trump en meeting à Charlotte (Etats-Unis), le 18 août 2016. — Gerald Herbert/AP/SIPA

Des regrets, mais pas d’excuses. L’impétueux Donald Trump a dit regretter certains de ses mots qui ont « pu blesser des gens personnellement », jeudi, lors d’un meeting à Charlotte, en Caroline du Nord. Ce registre, inhabituel pour le candidat à la Maison Blanche habitué aux déclarations explosives et aux attaques ad hominem, a surpris les commentateurs politiques américains. S’agit-il pour autant d’un tournant dans la campagne du candidat républicain ?

Un registre nouveau pour le candidat sulfureux

« Parfois, dans le feu de l’action dans un débat, ou en s’exprimant sur de multiples sujets, on ne choisit pas les bons mots ou on dit la mauvaise chose. Cela m’est arrivé. Et, vous n’êtes pas obligés de me croire, mais je le regrette, en particulier lorsque cela a pu blesser des gens personnellement ». Donald Trump a calmement luson discours défilant sur un prompteur.

Jean-Eric Branaa*, maître de conférences à Paris-Assas, a été surpris de l’entendre « dans le registre de l’humilité, en contradiction avec son personnage. Il s’est bâti une réputation virile en martelant qu’il ne reculait jamais ».

- AFP

Mais depuis quelques semaines, la cote de Donald Trump chute dans les sondages. Pour le spécialiste de la politique américaine, il y a vraisemblablement « des pressions très fortes en coulisses de la part des cadres du parti républicain » car un effet Trump se fait sentir sur les candidats du GOP aux élections sénatoriales. Un tiers du Sénat sera élu le 8 novembre. Or plusieurs sénateurs républicains sortants, « pourtant a priori assurés d’être réélus », sont devancés par leurs rivaux démocrates, « dans le New Hampshire, en Pennsylvanie et en Caroline du Nord », souligne Jean-Eric Branaa. « Il y a un effet Trump sur ces scrutins », observe-t-il.

Rassurer les donateurs et les instances du GOP

La veille de ses « regrets », Donald Trump a remanié son équipe de campagne. D’abord écarté, le directeur Paul Manafort, empêtré dans un scandale de corruption en Ukraine, a démissionné ce vendredi. Si Donald Trump a nommé mercredi à sa direction le patron controversé du site conservateur Breitbart News, Steve Bannon, réputé pour sa virulence et sa haine des ténors républicains, il s’est également entouré de Kellyanne Conway, consultante et sondeuse républicaine, spécialiste de la communication vers les femmes. Pour Jean-Eric Branaa, avec cette nomination, le magnat de l’immobilier « envoie un signe au parti », montre qu’« il écoute » les instances du GOP. « Peut-être est-elle derrière les regrets exprimés par Trump », envisage-t-il.



Ce nouveau discours a aussi vocation à « rassurer les donateurs », souligne le chercheur. « Donald Trump est loin derrière sa rivale Hillary Clinton en termes de financements », au moment où s’ouvre la cruciale et onéreuse phase des spots télévisés.



Sa nouvelle directrice de campagne a insisté ce vendredi sur le caractère « présidentiel » des regrets exprimés par Donald Trump, qui se rend ce vendredi en Louisiane, un Etat touché par d’importantes inondations.

Un Trump assagi ? Pas si sûr…

Pour certains observateurs, ce « Donald Trump nouvelle version » a de quoi inquiéter le parti démocrate. Outre le changement de ton, le candidat a fait de l’éducation, l’emploi et la sécurité, les thèmes clés de son discours de Charlotte jeudi.





En revanche, d’autres jugent les « regrets » de Donald Trump plutôt timorés. Le candidat n’a pas précisé lesquels de ses propos étaient concernés et il n’a pas présenté d’excuses à certaines de ces cibles récentes, comme les parents d’un soldat américain tué en Irak.

« L’équipe de campagne de Clinton devrait s’inquiéter de ce Trump, mais son manque de discipline dans ses messages pourrait ruiner ce type de discours », a estimé sur Twitter un journaliste politique du Washington Post.

S’il s’agit d’un tournant dans la campagne de Trump, il arrive peut-être un peu tard. « La fenêtre de tir est très courte, il reste 81 jours avant l’élection. Tout pourrait se jouer lors du débat télévisé entre Clinton et Trump ». Soit dans moins d’un mois, le 26 septembre prochain.

 

*auteur d’American Touch (Les éditions de Passy, 30 août 2016).