VIDEO. Nazisme: A 105 ans, l'ancienne secrétaire de Goebbels sort du silence

TEMOIGNAGE «Je crois que les gens qui aujourd’hui disent qu’ils se seraient soulevés contre les nazis sont sincères, mais croyez-moi, la plupart ne l’auraient pas fait», affirme Brunhilde Pomsel…

20 Minutes avec agence

— 

Brunhilde Pomsel, 105 ans, ancienne secrétaire de Joseph Goebbels, l’un des personnages clés du régime nazi.
Brunhilde Pomsel, 105 ans, ancienne secrétaire de Joseph Goebbels, l’un des personnages clés du régime nazi. — Capture d'écran / YouTube

« Je sais que personne ne nous croit aujourd’hui. Tout le monde pense que nous savions tout : nous ne savions rien, tout était bien gardé secret. »

Pour la première fois, Brunhilde Pomsel, ancienne secrétaire de Joseph Goebbels, l’un des personnages clés du régime nazi, a accordé au Guardian une interview de 30 heures filmée et présentée dans le documentaire A German Life. Aujourd’hui âgée de 105 ans, elle se confie sur sa vie, son parcours professionnel et sa relation avec les dignitaires nazis qu’elle a été amenée à rencontrer.

Se soulever contre les nazis ? « La plupart ne l’auraient pas fait »

En 1942, à 31 ans, elle commence à travailler aux côtés de Goebbels, ministre de la Propagande, après un passage en tant que secrétaire au sein de la radio d’Etat. Sans regrets, elle indique avoir agi comme plusieurs citoyens allemands à l’époque. « Je crois que les gens qui aujourd’hui disent qu’ils se seraient soulevés contre les nazis sont sincères, mais croyez-moi, la plupart ne l’auraient pas fait », assure-t-elle.

Brunhilde Pomsel se souvient notamment d’avoir eu entre les mains le dossier de Sophie Scholl, une activiste anti-nazi exécutée en 1943 à l’âge de 21 ans. « L’un des conseillers de Goebbels m’a dit de le mettre dans le coffre-fort et de ne pas le regarder. Je ne l’ai pas fait et j’ai été plutôt contente de moi qu’il me fasse confiance, et que mon souci d’honorer cette confiance soit plus fort que ma curiosité d’ouvrir ce dossier », raconte-t-elle.

Le souvenir d’une amie juive disparue

Elle se rappelle aussi d’Eva Löwenthal, l’une ses amies juives « disparues », ou du choc ressenti après l’arrestation d’un présentateur populaire de la radio d’Etat, envoyé dans un camp de concentration parce qu’il était homosexuel. Pourtant, elle affirme être restée « dans sa bulle », sans la moindre conscience de la destruction engendrée par les nazis.

Quant à la disparition des juifs, elle dit avoir cru qu’ils étaient envoyés dans la région des Sudètes, pour la repeupler. « Nous l’avons avalé, ça semblait tout à fait plausible. »

>> A lire aussi : Qui sont ces collectionneurs qui dépensent des milliers d'euros pour des objets nazis?

« Je m’accroche à l’espoir que le monde ne soit pas bouleversé de nouveau »

À la fin de la guerre, après le suicide de Hitler et Goebbels, Brunhilde Pomsel a été condamnée à cinq ans de prison dans des camps russes à Berlin et aux alentours. Ce n’est que des années plus tard, en rentrant chez elle, qu’elle a réalisé ce qu’avait été l’Holocauste.

« Dans le peu de temps qu’il me reste à vivre, que j’espère être des mois plutôt que des années, je m’accroche à l’espoir que le monde ne soit pas bouleversé de nouveau, comme à l’époque », a confié la centenaire.