VIDEO. Trump appelé à se retirer après ses dérapages en série, mais il ne faut pas y compter

ETATS-UNIS Une partie croissante de l'opinion américaine se lasse des sorties de route répétées du candidat républicain...

Anissa Boumediene
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Donald Trump en meeting à Miami en Floride, le 10 août 2016.
Donald Trump en meeting à Miami en Floride, le 10 août 2016. — E.Vucci/AP/SIPA

Où s’arrêtera Donald Trump ? Le candidat républicain ne cesse d’enchaîner les gaffes et les provocations, suscitant la consternation jusque dans les rangs de son parti et alimentant les gros titres jusqu’à l’indigestion. A se demander si le milliardaire ne le ferait pas exprès pour ne pas embrasser des fonctions présidentielles qui ne l’intéressent peut-être pas vraiment. Alors, auto sabordage ou stratégie électorale ?

Des bévues à répétition

Donald Trump ne semble jamais à cours de petites phrases incendiaires ou ambigües avec un rythme effréné depuis ses critiques à l’encontre de la famille d’un soldat américain d’origine pakistanaise mort en Irak. Dernière en date, le candidat républicain affirme ce jeudi que « Barack Obama est le fondateur de l’organisation Etat islamique », et que Hillary Clinton en est la « cofondatrice ».



Une accusation deux jours à peine après son discours très controversé en Caroline du Sud, dans lequel le milliardaire évoque le deuxième amendement de la Constitution (qui garantit aux Américains le droit de porter une arme), des propos perçus comme un appel à recourir à la violence contre Hillary Clinton. Des bévues à répétition qui frôlent l’auto sabordage de la part de ce candidat qui semble tout droit sorti d’un cartoon, et qui cette semaine plonge dans les sondages, passant de 50 à 15 % seulement d’intentions de vote. Il y a le sentiment que la machine s’enraye, relève Nicole Bacharan, politologue spécialiste des Etats-Unis et auteure Du sexe en Amérique, une autre histoire des Etats-Unis, (éd. Robert Laffont). Si pendant la primaire, toutes ses provocations, trouvaient un écho, cela ne semble plus fonctionner maintenant que l’on est dans les élections générales.



Si la candidature de Trump a au départ sonné comme une blague, nombreux sont ceux, médias américains compris, que la plaisanterie n’amuse plus. A l’instar du Daily News qui, au lendemain de la sortie pro-arme de Trump, lui a consacré sa une : « Ce n’est plus une blague maintenant », un édito engagé appelant le magnat de l’immobilier à mettre un terme à sa candidature. 



Désavoué dans le camp républicain

D’ailleurs, la plaisanterie ne passe plus non plus dans le camp républicain, où les soutiens au candidat désigné se réduisent comme une peau de chagrin. Cinquante républicains ayant exercé d’importantes fonctions dans l’appareil américain de sécurité nationale ont dénoncé lundi dans une lettre cinglante publiée dans le New York Times l’ignorance et l’incompétence du candidat Trump qui serait, selon eux, « le président le plus dangereux de l’histoire américaine ». Pire encore, certains cadres ont publiquement annoncé leur intention de voter pour la candidate républicaine pour faire barrage à Trump. « Beaucoup préfèrent encore Clinton, qui est raisonnable, rationnelle et qui connaît ses dossiers, notamment à l’international », souligne Nicole Bacharan. « De plus, elle a l’intelligence de rechercher le consensus et d’aller vers des propositions bipartisanes », complète Marie-Cécile Naves, spécialiste de la politique américaine et auteure de Trump, l’onde de choc populiste, (FYP éditions).

Une fois les primaires terminées, « le jeu veut que les candidats désignés aillent davantage vers le centre pour séduire l’électorat le plus large, renchérit Nicole Bacharan. Or Donald Trump a un tel ego qu’il pense que cette règle ne s’applique pas à lui, au risque de lasser jusque dans ses rangs ». Un sentiment qui commence d’ailleurs à se répandre au sein même de l’électorat républicain, puisque près d’un électeur républicain sur cinq souhaite que Donald Trump se retire de la course à la Maison blanche, selon un sondage Reuters/Ipsos publié mercredi.

Quid du retrait de sa canditature

Le retrait, et si c’était ça la solution ? « Les cadres qui tiennent le parti ne peuvent ouvertement pas appeler au retrait de leur candidat, qui a été désigné avec une vraie majorité », rappelle Marie-Cécile Naves. Sans compter que le parti républicain est « explosé, fracturé. De toute façon, sauf les rares soutiens indéfectibles de Trump, même les plus silencieux du parti pensent que c’est perdu d’avance et qu'en cas de victoire, la présidence de Trump serait un désastre pour le pays, et pour le parti ».

Trump poussé vers la sortie, il ne faut donc pas y compter. Mais il pourrait peut-être claquer la porte de lui-même. « Il n’est pas impossible qu’il décide quelques jours avant le scrutin de se retirer, parce que ça ne l’amuse plus, imagine Nicole Bacharan. La présidence des Etats-Unis, c’est normalement la quête de toute une vie. Lui, ce qu’il aime, c’est l’argent et la célébrité ».

Une base solide et une issue incertaine

Mais il ne faudrait pas non plus parier trop vite ses jetons sur un retrait ou une défaite de Trump, dans ce scrutin au déroulement aussi inédit que son issue est incertaine. « Trump n’est pas hors de contrôle, les provocations sont son fonds de commerce », analyse Nicole Bacharan. Des sorties qui « lui permettent de faire parler de lui et de masquer le vide de son programme électorale », estime Marie-Cécile Naves. Et qui ravissent l’électorat acquis à la cause de Donald Trump, sensible à son argumentaire raciste, populiste et qui cible les élites politiques.

Pas de quoi s’assurer un ticket pour la Maison Blanche, comme l’espèrent ses opposants ? « Si la tendance actuelle se confirme, on ne voit pas comment il pourrait s’en relever, pense Nicole Bacharan. Mais à marteler cela, ceux qui n’aiment pas Trump, mais n’apprécient pas Hillary Clinton, pourraient se dire qu’il n’est pas nécessaire d’aller voter pour celle qui est assez impopulaire Outre-Atlantique ». Car un Américain sur deux ne prend pas la peine de se déplacer aux urnes. « Trump ne vise qu’une frange très ciblée de la population, qui boude habituellement les bureaux de vote : l’électorat blanc, protestant, de plus de 45 ans et peu diplômé, qui représente tout de même deux tiers des électeurs américains, examine Marie-Cécile Naves. Il fait un pari audacieux, et capitalise sur un story telling complotiste, antimondialisation, anti-élites, qui associe islam et terrorisme et prône le repli sur soi. Autant de points qui résonnent à leurs oreilles. Cette élection, c’est un peu le baroud d’honneur de cette Amérique blanche qui sera minoritaire d’ici trente ans, prédit-elle, quand la population sera majoritairement hispanique et asiatique ».