Présidentielle américaine: La famille Clinton au cœur de la campagne d'Hillary

ETATS-UNIS Hillary Clinton n'hésite pas à mettre en avant sa famille dans la campagne présidentielle américaine. Une stratégie dont le succès n'est pas (si) garanti...

Laure Cometti
Hillary, Bill et leur fille Chelsea Clinton, lors d'un caucus des primaires démocrates aux Etats-Unis, le 1er février 2016 à Des Moines dans l'Iowa.
Hillary, Bill et leur fille Chelsea Clinton, lors d'un caucus des primaires démocrates aux Etats-Unis, le 1er février 2016 à Des Moines dans l'Iowa. — Patrick Semansky/AP/SIPA

Hillary : c’est par son seul prénom que l’ex Première dame et désormais candidate à la présidence des Etats-Unis est connue dans le monde entier. Sa famille occupe néanmoins une place importante dans cette campagne et les Clinton sont plus que jamais impliqués dans la stratégie de la première femme candidate démocrate à la Maison-Blanche.

Bill, « atout numéro un » d’Hillary

Bill, son époux, qui a dirigé le pays de 1993 à 2001, est monté sur scène mardi à la convention démocrate à Philadelphie pour livrer un discours-fleuve (une quarantaine de minutes) mêlant anecdotes romantiques contées et éloges dithyrambiques de sa femme.

A 70 ans, l’ancien président américain a dressé un portrait plus humain et doux d’Hillary Clinton, souvent perçue comme froide, distante, voire calculatrice. « Bill est l’atout numéro un d’Hillary. C’est un excellent orateur et il est perçu comme le président de la croissance », observe l’historien Thomas Snégaroff, auteur de Hillary et Bill Clinton. L’obsession du pouvoir (Texto, 2016).


Apprécié pour son empathie comme pour son bilan, Bill Clinton bénéficie également « d’une certaine nostalgie des années 1990, caractérisées par la croissance économique », abonde Romain Huret, directeur d’études à l’EHESS. Et ce qui est bon pour Bill est bon pour Hillary : « elle peut capitaliser sur l’image de son mari ». Autre bénéfice : « Son immense capital sympathie auprès de l’électorat Afro-américain », poursuit le chercheur.

Hillary, Bill et Chelsea Clinton, ensemble et souriants, lors d'un rassemblement pour la primaire démocrate dans le New Hampshire (Etats-Unis), le 9 février 2016.
Hillary, Bill et Chelsea Clinton, ensemble et souriants, lors d'un rassemblement pour la primaire démocrate dans le New Hampshire (Etats-Unis), le 9 février 2016. - Elise Amendola/AP/SIPA

Storytelling et déluge de photos de famille

Après le mari, c’est la fille d’Hillary Clinton qui viendra la soutenir à la convention de Philadelphie. Chelsea Clinton doit prononcer un discours ce jeudi. Durant la campagne, elle s’est investie pour soutenir sa mère à grand renfort de photos de famille publiées sur les réseaux sociaux et des sites populaires comme Popsugar.


Non seulement le père et la fille Clinton participent activement à la campagne d’Hillary, mais cette dernière met régulièrement en avant sa famille dans sa communication. La candidate démocrate a ainsi déclaré que la naissance de sa petite-fille Charlotte, en 2014, l’avait incitée à se lancer dans la course à la Maison-Blanche. « Etre grand-mère est la plus merveilleuse des expériences », a-t-elle confié au magazine US Weekly en avril 2016, en pleine campagne pour l’investiture démocrate.


De «commander-in-chief» à «granny»

Hillary Clinton n’a pourtant pas toujours mis en avant sa famille au cours de sa carrière politique, notamment en 2008, lorsqu’elle a affronté Barack Obama lors de la primaire démocrate. « Elle se présentait alors davantage comme un commander-in-chief [commandant en chef] que comme une mère de famille, elle gommait les dimensions personnelles de sa campagne », souligne Thomas Snégaroff.

Le contexte - la crise financière et la guerre en Irak - l’exigeait. « Aujourd’hui, après son expérience de secrétaire d’Etat, elle n’a plus besoin de surjouer l’expérience, la virilité, elle peut montrer un autre visage. Et cette dimension plus douce, plus famille, est un atout essentiel dans la campagne », estime le spécialiste des Etats-Unis.

Une carte à jouer face à Trump 

La mise en scène de la famille est-elle un atout ou comporte-t-elle des risques pour la candidate ? « Bill, Hillary et Chelsea forment une famille typique des Trente glorieuses, avec un enfant et une épouse indépendante, incarnant dès les années 1980 la modernité américaine », analyse Thomas Snégaroff. Une famille toutefois « déconnectée du quotidien des Américains moyens », tempère Romain Huret.

Une critique qui s’ajoute aux attaques du camp républicain qui n’a pas tardé à rappeler les infidélités de Bill. « Hillary Clinton sait qu’elle aura à affronter d’autres attaques sur sa famille, donc elle met en avant son caractère uni. Et puis Donald Trump ne gagnera pas forcément à ce jeu ». Le match s’annonce intense, car le milliardaire met en avant ses enfants, omniprésents dans sa campagne. Mais le fait qu’Ivanka et Eric Trump ont oublié de s’inscrire pour voter pour leur père à la primaire républicaine de l’Etat de New York a fait désordre…