Fusillade à Munich: «Ça a brisé la bulle de sécurité dans laquelle nous vivions»

TÉMOIGNAGE Le temps d'une soirée où se sont mêlées rumeurs et scènes de panique, le spectre des attentats de Paris est revenu dans l'esprit de Mathilde, étudiante française installée à Munich... 

Propos recueillis par Hélène Sergent

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Vendredi 22 juillet à Munich (Allemagne), des passants se sont réfugiés derrière des policiers à l'affût après la fusillade qui a tué neuf personnes à proximité d'un centre commercial. 
Wael Ladki/AP/SIPA
Vendredi 22 juillet à Munich (Allemagne), des passants se sont réfugiés derrière des policiers à l'affût après la fusillade qui a tué neuf personnes à proximité d'un centre commercial. Wael Ladki/AP/SIPA — Wael Ladki/AP/SIPA

Comme plus de 46.000 Français expatriés à Munich, Mathilde, étudiante de 22 ans s’est installée dans la capitale bavaroise il y a de ça plusieurs mois. Vendredi, la ville a été le théâtre d’une fusillade qui a tué neuf personnes et en a blessé 16 autres.  David Ali Sonboly, suspecté d’être l’auteur de la tuerie, était âgé de 18 ans. La jeune femme, qui s’est réfugiée dans un restaurant du centre-ville après l’attaque, témoigne de cette soirée surréaliste auprès de 20 Minutes.

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« Des gens courraient, d’autres étaient en terrasse »

« Quand j’ai reçu la notification sur mon téléphone du Süddeutsche Zeitung faisant état d’une fusillade, j’étais dans un biergarten [Brasserie en plein air] près d’Odeonsplatz dans le centre-ville. On n’a pas forcément réagi, on a décidé de partir quand il s’est mis à pleuvoir en se disant simplement qu’on allait éviter les places centrales. On a décidé de rejoindre un restaurant où nous allons régulièrement, en passant par les petites rues. On a commencé à voir des gens qui s’éloignaient, certains courraient, d’autres étaient en terrasse. Puis une vieille dame est passée en criant "Attentat ! Attentat !"On est arrivés au restaurant, on a voulu commander un taxi mais on a vite compris qu’on ne pouvait plus se déplacer »

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« Dans le restaurant, même si l’équipe était calme, la panique est montée d’un cran quand on a appris que la police était à la recherche de deux autres tireurs. On devait être une cinquantaine devant la télévision. Au même moment, plusieurs rumeurs de tirs et de fusillades circulaient. Ensuite des policiers sont passés et ont demandé aux gérants de fermer toutes les portes. J’ai commencé à chercher des issues de secours, je ne voulais pas me retrouver prise en otages et je ne pouvais pas m’empêcher de penser aux attentats de Paris, je suis allée voir dans les cuisines. Les Allemands semblaient moins paniqués, ils nous disaient : "Ah vous êtes Françaises, c’est pour ça"On imaginait déjà un bilan aussi lourd qu’en novembre ».

« Une bulle de sécurité absolue »

« Finalement vers 20h, une amie est venue nous récupérer en voiture. La ville n’était pas totalement déserte, au contraire, certains continuaient de vivre comme s’il ne se passait rien, en parallèle plusieurs rideaux d’enseignes étaient baissés et on entendait les hélicoptères survoler Munich. Une fois rentrés, on est restés confinés. Ici, la présence policière est importante et le sentiment de sécurité très fort. Après les attentats de Paris, on se disait qu’il y avait peu de chance pour qu’un tel événement se produise ici. Cette fusillade, ça a brisé notre bulle de sécurité ».

« Beaucoup de Bavarois et de Munichois pensaient que, s’il devait arriver quelque chose, cela viserait Berlin. La tuerie de vendredi leur a rappelé que n’importe quelle grande ville peut être touchée, peu importe la nature de la menace ».