Non, l'Amérique n'est pas au bord «du chaos» comme le prétend Donald Trump

FACT CHECKING Même s'il y a une hausse récente des homicides, les crimes violents ont baissé de 20% sous Obama...

Philippe Berry

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Des policiers et des habitants de Wichita on participé à un barbecue de l'amitié, le 17 juillet 2016.
Des policiers et des habitants de Wichita on participé à un barbecue de l'amitié, le 17 juillet 2016. — POLICE DE WICHITA

En 1984, Ronald Reagan avait offert de l’optimisme aux électeurs avec son fameux discours « It’s morning in America » (C’est le matin en Amérique). Jeudi soir, Donald Trump a adopté une stratégie opposée, décrivant un pays au bord « du chaos » dans une intervention surnommée « Midnight in America » (Minuit en Amérique) par le stratège démocrate Paul Begala. Et les chiffres, eux, ne valident pas ce portrait sombre.

« Le nombre de policiers tués a augmenté de 50 % par rapport à la même période l’an dernier » : vrai, mais fallacieux

En 2016, 31 policiers ont été tués dans une fusillade, contre 19 à la même date en 2015. Cela fait donc une hausse de 63 %, selon les données de l’organisation policière Officers Down. Le problème des pourcentages sur de très petits chiffres, c’est qu’ils explosent vite. Avant les attaques de Dallas et de Baton Rouge, on était à 23 morts contre 19. Surtout, 2015 a été l’année la moins sanglante de l’histoire pour la police. Globalement, les policiers ont été plus en sécurité sous Obama que sous ses prédécesseurs, avec 62 homicides par année en moyenne, contre 72 sous George W. Bush, 81 sous Clinton et 90 sous Bush père.

Pendant ce temps-là, le nombre de civils tués par la police reste elevé, à plus de 1.000 par an. Mais avec des moyens modernes et une transparence totale, les forces de l'ordre ont fait un travail exemplaire à Cleveland. Il n'y a eu aucun indicent majeur et seulement 24 arrestations contre plus de 300 pour la convention de Tampa il y a quatre ans. A Whichita, le week-end dernier, au lieu de manifester, police et militants du mouvement Black Lives Matter ont fraternisé autour d'un barbeque. Le chef de la police sera d'ailleurs reçu à la Maison Blanche pour partager ses méthodes qui permettent de rassembler au lieu de diviser.

« Dans les 50 plus grandes villes, les homicides ont augmenté de 17 % » en 2015 » : vrai mais globalement, les crimes violents sont au plus bas

Ce chiffre provient d’une vaste étude du Washington Post. En 2015, il y a eu 770 homicides de plus qu’en 2014 dans les 50 plus grandes villes américaines, soit une hausse de 17 % qui est la plus importante depuis les années 90. Mais le phénomène n’est pas global (13 villes ont connu une baisse) et il est encore mal compris. Les experts estiment qu’il est trop tôt pour parler d’une tendance. Certains l’expliquent par un « effet Ferguson », avec des relations entre les communautés qui se dégradent, comme à Baltimore (+58 %) ou Cleveland (+90 %). Mais l’explication ne fonctionne pas pour d’autres métropoles comme Washington (+54 %) ou Nashville (+82 %). D’autres facteurs, comme l’épidémie d’héroïne et d’opiacés semblent jouer. Le directeur du FBI, James Comey, lui, met en cause « l’effet des vidéos virales » qui pousse les policiers à faire preuve de trop de retenue.

Ce phénomène encore mal compris fait oublier que selon d’autres chiffres du FBI, le taux de crimes violents n’a augmenté que de 1,7 % cette année. Globalement, il a été divisé par deux depuis le plus haut des années 90 et a baissé d’environ 20 % pendant le mandat d’Obama.

Mais l’avantage de Trump, c’est que malgré cette baisse, 53 % des Américains sont « inquiets » face à l'insécurité, contre seulement 43 % en 2010, selon un sondage Gallup. Et en matière d’élection, tout est affaire de perception.