Comment Donald Trump surfe sur des soutiens gays et de suprématistes blancs

ETATS-UNIS Loin de s’ouvrir, le discours du candidat républicain à la présidentielle reste très clivant…

T.D.

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Donald Trump lors de la Convention républicaine à Cleveland, jeudi 21 juillet 2016.
Donald Trump lors de la Convention républicaine à Cleveland, jeudi 21 juillet 2016. — Patrick Semansky / AP / SIPA

Un Donald, ça Trump énormément. Jeudi à Cleveland (Etats-Unis), le candidat républicain à la Maison Blanche a encore surpris son monde. Le milliardaire a en effet reçu le soutien de Peter Thiel, l’une des figures du secteur américain des nouvelles technologies. « Je suis fier d’être gay. Je suis fier d’être républicain. Mais surtout, je suis fier d’être Américain, a notamment déclaré le cofondateur de PayPal et l’un des tous premiers à investir dans Facebook. Je ne prétends pas être d’accord avec chaque partie du programme de notre parti. Mais les guerres sociétales artificielles ne font que détourner notre attention de notre déclin économique. Et personne, dans cette campagne, ne le reconnaît à part Donald Trump. »

« Le candidat républicain le plus pro gay »

Un délégué républicain gay de Californie, Charles Moran, a même ajouté qu’il est « le candidat républicain le plus pro gay que nous ayons jamais eu ». Des affirmations qui interpellent. D’autant plus que Donald Trump a également le soutien de David Duke par exemple, un ancien dirigeant du Ku Klux Klan. Un grand écart sur l’échiquier des valeurs.

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« Peter Thiel n’est pas représentatif de la communauté LGBT, c’est un peu la caution de Donald Trump qui a un discours rétrograde sur l’homosexualité, estime Marie-Cécile Naves, chercheure associée à l’IRIS et auteure de TRUMP : l’onde de choc populiste (éd. FYP), en librairie le 12 août. Trump est opposé au mariage pour tous et il est d’accord avec les positions et les lois homophobes du parti républicain. De plus, son colistier [pour la vice-présidence], Mike Pence, est favorable aux thérapies de conversion des homosexuels. » Pas de quoi mettre la communauté LGBT dans sa poche.

« Les minorités ne se retrouvent pas dans son discours »

Mais question ouverture d’esprit, Peter Thiel n’est pas non plus le meilleur exemple. « Il a quand même déclaré que les Etats-Unis étaient sur la mauvaise pente depuis que les femmes avaient le droit de vote », rappelle Soufian Alsabbagh, spécialiste des Etats-Unis et auteur de La Nouvelle Droite Américaine (éd. Demopolis). Il faut donc plutôt voir dans le soutien de Peter Thiel un intérêt personnel. « Il est très conservateur, il craint une perte de leadership des Etats-Unis dans le monde, pointe Amy Greene, politologue américaine et chargée de mission pour les Etats-Unis à Sciences Po Paris. Il peut aussi penser à sa fortune et redouter le programme des démocrates. »

A ses yeux, l’ouverture de Donald Trump est factice. « Les minorités ne se retrouvent pas dans son discours, poursuit Amy Greene. Il n’y a pas grand-chose dans son programme pour les femmes, les Noirs, encore moins les Hispaniques. Même s’il y en a toujours qui voteront pour lui, Donald Trump va à l’encontre de l’inclusion. » Or, l’électorat hispanique prend de plus en plus de poids. « En 2016, c’est 12 % de l’électorat total, souligne Soufian Alsabbagh. Sa rhétorique lui a permis de gagner la primaire, mais c’est une stratégie risquée pour remporter une présidentielle. » Car s’il n’a pas la faveur des minorités, Donald Trump va devoir faire le plein ailleurs.

« C’est du cynisme »

« Son pari est de capter tout l’électorat blanc, conservateur, masculin, de plus de 45 ans », indique Marie-Cécile Naves. « Il faudrait une performance exceptionnelle, relève Soufian Alsabbagh. Selon des études relayées dans les médias américains, il devrait faire 70 %. Le score le plus important à l’heure actuelle étant celui de George Bush père avec 63 %. »

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D’où le flou entretenu par le milliardaire sur des soutiens de suprématistes comme celui de David Duke qu’il ne rejette pas. « C’est du cynisme, poursuit Marie-Cécile Naves. Il laisse faire, il crée la polémique pour exister médiatiquement. Plus la société américaine va mettre au jour ses divisions, plus il espère gagner des points. A la limite, plus il y a de violence, plus il peut se poser comme le sauveur. »

Jeudi à Cleveland, il s’est d’ailleurs présenté comme le candidat « de l’ordre et de la loi », et a promis d’être « la voix des oubliés ». « Il joue sur le mythe d’une Amérique blanche, patriarcale, protestante, affirme Marie-Cécile Naves. Un peu comme le FN avec les "racines chrétiennes" de la France. »