VIDEO. Convention républicaine: Ce moment digne de «House of Cards» où Ted Cruz a poignardé Donald Trump en prime time

ETATS-UNIS Sur scène, le second de la primaire a refusé d'appeler officiellement à voter pour le candidat du parti républicain...

Philippe Berry

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A la convention républicaine de Cleveland, le 20 juillet 2016, Donald Trump et ses enfants réagissent au discours de Ted Cruz
A la convention républicaine de Cleveland, le 20 juillet 2016, Donald Trump et ses enfants réagissent au discours de Ted Cruz — PHOTOS AFP / MONTAGE 20 MINUTES

De notre envoyé spécial à Cleveland,

De mémoire récente, on n’avait jamais vu ça à une convention moderne. Ted Cruz, l’ennemi juré de Donald Trump, qui a terminé second de la primaire, avait accepté de parler sur la scène de Cleveland. Et devant des milliers de délégués et des millions de téléspectateurs, au lieu de rassembler la famille républicaine, il a poignardé Donald Trump en prime time, refusant d’appeler à voter pour lui. Il a quitté la scène, le sourire aux lèvres, sous les huées de la salle. Comme un boss. Et avec une idée claire en tête : la présidentielle de 2020.

Tout avait bien commencé, pourtant. Ted Cruz félicite d’abord « Donald Trump pour sa victoire. » Il ne reprononcera pas une fois le nom de son adversaire. Se prenant pour Frank Underwood dans la série House of Cards, il ménage le suspense avec un discours montant crescendo. Jusqu’au climax : « A vous qui écoutez. S’il vous plaît, ne restez pas chez vous en novembre. » Longue pause. La salle applaudit et s’attend à l’appel à voter Trump. « Si vous aimez votre pays, levez-vous et exprimez-vous et votez… en votre conscience. »

La salle, qui avait déjà grondé à quelques reprises, explose, et chante « Vote pour Trump » et « Tiens ta promesse ». Donald Trump, qui vient de faire son entrée, lève le pouce. Mais une photo de l’AFP (ci-dessus) a immortalisé l’instant et l’expression sur le visage du clan Trump n’a pas besoin de légende.

Peu après, Trump a tenté de jouer les grands seigneurs sur Twitter. « Wow, Ted Cruz a été hué. Il n’a pas tenu sa promesse. J’ai vu son discours deux heures avant mais je l’ai quand même laissé parler. Ce n’est rien. » Mais selon NBC, le brouillon soumis à l’équipe de Trump durait 9 minutes. Sur scène, Cruz a pris le pouvoir et a parlé… 23 minutes. Peut-être pour se venger de Trump qui s'était moqué de sa femme pendant la primaire et avait accusé le père de Cruz d'avoir fréquenté l'assassin de JFK, Lee Harvey Oswald. Au Texas, la famille, c'est sacré.

« Discours égoïste »

Aussitôt, les réactions tombent. Pour Chris Christie, Ted Cruz a tenu un discours « horrible et égoïste ». Égoïste, c’est certain. Mais certainement pas horrible. Flamboyant, l’ultraconservateur s’est posé en champion des libertés. Il a surtout placé ses pions pour 2020, misant sur une défaite de Trump qui lui laisserait recoller les morceaux, sur le refrain « Je vous l’avais bien dit ».

Sur CNN, l’avocat de Donald Trump, Mike Cohen, a accusé Cruz de ne pas avoir « tenu sa parole » en choisissant de ne pas honorer le pacte via lequel tous les candidats s’étaient engagés à soutenir le champion du parti. Ironie de l’affaire, ce pacte avait été mis en place par peur que Donald Trump ne soit pas loyal.

Dans les allées de la convention, les électeurs républicains sont partagés. Sean, qui a voté pour John McCain et Mitt Romney, juge qu’il s’agit d’une trahison. Sally, une supportrice de Cruz, elle, n’en revient pas. « Quelles cojones. Je suis fière de lui, il est resté droit dans ses bottes. Et j’ai entendu son appel, je vais voter en ma conscience, et ça ne sera pas pour Trump. Il reste encore quelques républicains avec un cerveau. » Pour qui votera-t-elle ? Sans doute pour le libertarien Gary Johnson.

« Une humiliation publique »

Décidément, rien ne va pour Trump. Après la rébellion des délégués lundi, puis le plagiatgate, il voulait tourner la page et présenter un front uni. Pete Moore, professeur de sciences politiques à l’université voisine de Case Western, livre son analyse à 20 Minutes : « Son équipe de campagne fait encore une fois preuve d’amateurisme. Ils avaient deux solutions : ne pas laisser parler Cruz, ou s’assurer d’un soutien officiel. A la place, ils ont eu une humiliation publique. » Frank Underwood apprécierait.