VIDEO. Convention républicaine: L'équipe de Trump nie «tout plagiat» mais les maths sont implacables

ETATS-UNIS Selon le directeur de campagne du candidat, Melania Trump a simplement utilisé «des mots courants»...

Philippe Berry, à Cleveland

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Photomontage de Melania Trump (18 juillet 2016) et de Michelle Obama (2008).
Photomontage de Melania Trump (18 juillet 2016) et de Michelle Obama (2008). — AP/SIPA

Le « speechgate » n’est pas près de retomber. Alors que deux paragraphes du discours de Melania Trump, lundi soir, en ouverture de la convention républicaine de Cleveland, sont presque mot pour mot copiés sur celui de Michelle Obama de 2008, l’équipe de campagne du candidat républicain dément tout plagiat. Et selon CNN, même si en privé, Donald Trump est  furieux, personne ne devrait être viré pour ce raté.

« Il n’y a pas de plagiat du discours de Michelle Obama. Ce sont simplement des mots courants et des valeurs universelles », a déclaré Paul Manafort sur CNN, mardi matin. « Penser qu’elle pourrait voler les mots de Michelle Obama en sachant que son discours allait être scruté de près » est « fou et absurde », selon le directeur de campagne de Donald Trump.

La personne responsable mériterait  « d'être virée »

L’ancien candidat Chris Christie a, lui aussi, donné son avis : « Ce n’est pas possible, je la connais. » Il a minimisé une polémique qui porte sur « 7 % du discours ». Le patron du parti républicain, Reince Priebus, lui, n’a pas encore d’opinion car il n’a « pas revu » le discours de Michelle Obama. Mais si le plagiat était avéré, il a indiqué à Bloomberg qu’il virerait « probablement » son speech writer s’il était à la place de Melania Trump.

L'ancien directeur de campagne de Trump, Corey Lewandowski, licencié pour avoir agrippé une journaliste, est plus direct: «La personne de l'équipe qui a écrit le discours devrait être tenue reponsable et virée». Sur ABC, Melania Trump avait juré, lundi, n’avoir lu le texte « qu’une seule fois » car elle dit « l’avoir écrit avec une aide minimale ».

Trop de similarités pour être une coïncidence

Paul Manafort n’a pas tort, cette portion du discours aborde un thème très commun : qu’il faut travailler dur pour réaliser ses rêves. Sauf que l’analyse des deux textes par un logiciel de détection de plagiat révèle que sur ces deux paragraphes, 44 % des mots proviennent du discours de Michelle Obama, et les autres n’offrent que quelques variations.

Au final, il s’agit d’une question de probabilités. Et les maths n’aident pas Melania Trump. Pour calculer la probabilité que plusieurs événements indépendants se produisent simultanément, il faut multiplier la probabilité de chaque événement, soit P (A ∩ B) = P (A) × P (B). Prenons un exemple avec des chiffres arbitraires assez généreux :

  • P (choisir ce thème assez courant) = 30 %
  • P (utiliser l’expression « that you work hard for what you want in life ») = 30 %
  • P (utiliser l’expression plus rare « that your word is your bond and you do what you say ») = 5 %
  • P (utiliser l’expression « pass them on to the next generation ») = 20 %
  • P (utiliser l’expression « because we want our children to know ») = 20 %
  • P (utiliser l’expression « your dreams and your willingness to work for them) = 10 %

On a donc P (que tout arrive en même temps) = 30 % x 30 % x 5 % x 20 % x 20 % x 10 % = 0,0018 %. Autrement dit, il y a 1 chance sur 55.000 qu’il s’agisse d’une coïncidence. Il s’agit très probablement d’un plagiat. CQFD.

(*) dans l’absolu, il s’agit de probabilités conditionnelles, avec la formule plus compliquée (P (A|B) = P (A ∩ B)/P (A)) mais pour simplifier le calcul, nous avons intégré la condition « en sachant qu’elle ait choisi ce thème » dans le chiffre arbitraire de chaque probabilité.