Brexit: Le champ de bataille de Theresa May, la future Premier ministre britannique

POLITIQUE La nouvelle Premier ministre britannique va devoir s’atteler à la sortie de l’Union européenne...

T.D.

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Theresa May, devant la résidence des Premiers ministres britanniques, le 12 juillet 2016.
Theresa May, devant la résidence des Premiers ministres britanniques, le 12 juillet 2016. — SIPANY / SIPA

L’Europe est toujours dans le brouillard. Le Royaume-Uni s’est trouvé un nouveau Premier ministre, certes. Theresa May doit prendre ses fonctions mercredi. Cette nomination avant la date prévue en septembre, due en partie aux désistements en cascade des leaders du « Leave » (Quitter), montre la volonté du parti conservateur britannique d’afficher son unité après la lutte fratricide entre pro et anti-Brexit. Et d’aller de l’avant. Oui mais comment ? Et qu’en est-il du Brexit ? Pour le moment, tout est encore un peu flou sur le plan de bataille que pourrait adopter le nouveau gouvernement pour sortir de l’Union européenne (UE).

Former un nouveau cabinet

Avant d’être nommée à la tête du gouvernement, Theresa May doit composer sa propre équipe. « Il sera très intéressant de savoir qui elle va mettre à la tête des négociations avec l’Union européenne sur le Brexit, explique Florence Faucher, professeure à Sciences Po au Centre d’études européennes. Et qui sera le ministre des finances ? »

Ce dernier poste-clé pourrait être occupé par Philip Hammond. L’actuel ministre des Affaires étrangères deviendrait ainsi le numéro deux du gouvernement. Eurosceptique comme Theresa May, Philip Hammond a soutenu, tout comme elle, le « Remain » (Rester) pendant la campagne du référendum. Dans un souci d’unité, des figures du camp pro-Brexit pourraient également être nommées au sein de ce nouveau cabinet.

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Jouer la montre

Les négociations entre l’Union européenne et le Royaume-Uni devraient durer environ deux ans. L’UE presse d’ailleurs pour qu’elles démarrent le plus tôt possible. « Le Royaume-Uni va devoir clarifier rapidement comment il veut façonner l’avenir de sa relation avec l’Union européenne », a déclaré lundi soir la chancelière allemande, Angela Merkel.

Pierre Moscovici, le commissaire européen aux Affaires économiques, a réitéré mardi cet appel à hâter les discussions. Sauf que Theresa May ne semble pas presser d’activer l’Article 50 du Traité de Lisbonne, qui officialiserait la décision de sortir de l’UE. Elle avait à ce propos soutenu le mois dernier que cela ne devrait pas se faire avant la fin de l’année.

Négocier âprement

« Les Britanniques veulent négocier en même temps le Brexit et leur nouveau partenariat avec l’Union européenne, rappelle Gilles Leydier, professeur de civilisation britannique contemporaine à l’université de Toulon. Ce n’est pas sûr que l’UE soit d’accord. Elle préfèrerait que le Royaume-Uni sorte d’abord avant d’entamer d’autres discussions. » D’où les pieds qui traînent côté Outre-Manche. Qui cèdera le premier et sur quoi ?

« Le Royaume-Uni veut maintenir son accès au marché européen - la libre-circulation des marchandises -, mais restreindre l’immigration, ce qui pose le problème majeur de la liberté de circulation des personnes, ajoute Florence Faucher. Car même la Norvège et la Suisse ont dû souscrire à cette liberté de mouvement. » Ces deux pays ont en effet négocié des accords particuliers avec l’UE. Enda Kenny, le Premier ministre irlandais, a jugé mardi que le Royaume-Uni ne pouvait espérer, une fois sorti, avoir accès à ce marché commun s’il n’accepte pas la liberté de circulation des ressortissants européens.

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De son côté, Theresa May a affirmé lundi vouloir que le Royaume-Uni « négocie le meilleur accord » de sortie de l’UE et qu’il se construise « un nouveau rôle dans le monde ». « Mais cela veut dire quoi ?, s’interroge Gilles Leydier. Un accord de libre-échange ? De partenaires économiques privilégiés ? » Theresa May n’a pas encore précisé sa pensée. Ni aucun des leaders pro-Brexit d’ailleurs.

« Je pense que le débat n’a pas été tranché, ajoute le spécialiste. C’est de l’improvisation. Boris Johnson, Nigel Farage et les autres ont semblé dépassé par les résultats du référendum. Ils n’avaient pas de plan post-Brexit. » Ceci explique peut-être pourquoi ils ont renoncé à se présenter pour succéder à David Cameron… « Le plus frappant, c’est la totale impréparation des Britanniques eux-mêmes, impréparation politique et technique, et incompréhension même des mécanismes », a accusé mardi le ministre français des Finances, Michel Sapin.

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Affirmer sa légitimité

La tâche de Theresa May ne va pas être facile. D’autant plus que ses opposants politiques ont tout de suite réagi à sa nomination et ont appelé à l’organisation rapide de nouvelles élections législatives. « Il est crucial, en regard de l’instabilité provoquée par le vote pour le Brexit, que ce pays ait un Premier ministre démocratiquement élu », a ainsi déclaré le coordinateur travailliste pour les élections, Jon Trickett. David Cameron est en effet arrivé au pouvoir grâce au vote des Britanniques, mais du fait de sa démission, Theresa May le remplace sans avoir à affronter un scrutin électoral. Elle avait déjà exclu cette possibilité la semaine dernière et les prochaines législatives ne sont prévues qu’en 2020.

« Le problème d’aller vers de nouvelles élections, c’est la place de la question de l’Europe dans les débats, souligne Gilles Leydier. Les Britanniques veulent quel type de relation avec l’UE ? La nouvelle majorité élue serait tenue de respecter cette décision. » Outre unifier le parti conservateur et mettre en route le Brexit, Theresa May va donc aussi devoir rassembler un pays et asseoir sa légitimité.