Royaume-Uni: Sobre, eurosceptique et à poigne... Theresa May, la future Premier ministre

PORTRAIT Démissionnaire après le vote en faveur du Brexit, le Premier ministre David Cameron a annoncé que son actuelle ministre de l'Intérieur le remplacerait dès mercredi...

T.D.

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Theresa May, à Londres, le 11 juillet 2016.
Theresa May, à Londres, le 11 juillet 2016. — James Gourley

« Je ne fais pas la tournée des plateaux de télévision. Je n’ai pas de potins à partager pendant le déjeuner. Je ne vais pas boire des verres dans les bars du Parlement. Et je ne porte pas mes sentiments en bandoulière. Je fais juste mon boulot. » Voilà comment se définit la ministre de l’Intérieur britannique Theresa May. Ce lundi, le Premier ministre démissionnaire David Cameron a annoncé qu’elle prendrait sa succession mercredi.

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Alors que les leaders pro-Brexit se sont tous défilés, Theresa May, 59 ans, est restée seule en lice après le retrait ce lundi de la ministre de l’Energie, Andrea Leadsom. Cette dernière a déclaré que sa rivale était « la mieux placée » pour diriger le gouvernement. Et pour cause, le parti conservateur étant très divisé, notamment sur l’Europe, Theresa May apparaît comme la candidate du consensus.

« Elle a réussi à se maintenir à distance »

Eurosceptique, cette fille d’un pasteur anglican a pourtant fait campagne en faveur du maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne, mais sans jamais vraiment se mouiller. « Elle l’a fait plus par pragmatisme que par un réel désir d’Europe, estime Catherine Marshall, maître de conférences en civilisation britannique à Sciences-Po Saint-Germain-en-Laye. Elle a réussi à se maintenir à distance. » Ce qui en fait un atout pour les pro et les anti-Brexit.

« Theresa May assure le lien entre toutes les factions qui composent le parti conservateur, analyse Agnès Alexandre-Collier, professeure de civilisation britannique à l’université de Bourgogne Franche-Comté, auteure de Les Habits neufs de David Cameron (éd. Presses de Sciences-Po).

« C’est la figure la plus à même de rassembler le parti », renchérit Catherine Marshall. Et pas question de remettre en cause les résultats du référendum. « Brexit signifie Brexit » et « nous en ferons un succès » a certifié celle qui deviendra la deuxième femme à prendre les rênes du gouvernement après Margaret Thatcher (de 1979 à 1990).

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« Elle a l’image d’une ministre à poigne, souligne Agnès Alexandre-Collier. Les émeutes urbaines en 2010 et la lutte contre le terrorisme l’ont projetée sur le devant de la scène. Mais elle a exercé ses fonctions de ministre de l’Intérieur [depuis 2010] à l’image du gouvernement qu’elle représente. En cela, elle est dans la lignée du programme conservateur sur les questions de sécurité et d’immigration notamment. Elle a un bilan musclé. »

« En faveur du mariage pour tous »

La comparaison avec Thatcher ne va pourtant pas plus loin selon la spécialiste : « Elle fait partie des modernisateurs au sein des conservateurs. Sur les questions morales et sociétales, elle est beaucoup plus souple. Elle était par exemple en faveur du mariage pour tous. C’est elle qui a inspiré le programme de Cameron sur ces questions, lors de sa conquête du parti en 2005. Lorsqu’elle avait qualifié les Tories de “nasty party” [le parti des méchants], cela avait marqué un tournant dans leur évolution idéologique. »

Alors, Docteur Theresa et Mistress May ? « Elle était dans l’ombre, elle va se dévoiler, répond Catherine Marshall. Ce qui est sûr, c’est que c’est une femme de confiance, avec de l’expérience, elle est sobre, stable, rigoureuse, voire sacrément difficile aux dires d’un ex-ministre. Elle est peut-être celle dont le pays a besoin pour sortir de cette crise. »