Goldman Sachs: Le pantouflage, une pratique qui date d'avant José Manuel Barroso

UNION EUROPEENNE Le passage de José Manuel Barroso chez Goldman Sachs soulève le problème du passage d'anciens hauts fonctionnaires européens vers les grandes entreprises privées...

William Pereira

— 

José Manuel Barroso
José Manuel Barroso — Virginia Mayo/AP/SIPA

José Manuel Barroso a rarement fait l’unanimité. Depuis l'annonce de son embauche chez Goldman Sachs en tant que conseiller sur le Brexit, il s’est attiré une pluie de critiques.

En France, plusieurs voix de gauche, jusqu’au sein du gouvernement, ont protesté contre son embauche par une banque à la réputation sulfureuse, notamment en raison de son rôle dans la crise des subprimes en 2008 et parce qu’elle avait aidé, au début des années 2000, l’Etat grec à masquer ses déficits pour rester dans l’euro. Les eurodéputés PS français ont eux jugé « scandaleux » ce « nouveau pantouflage, qui ressemble fort à un conflit d’intérêt ». « Nous exigeons une révision des règles pour empêcher de tels recrutements d’anciens Commissaires européens », ont-ils écrit dans un communiqué. Même indignation à Lisbonne, dans les rangs du parti socialiste au pouvoir et de ses alliés de la gauche radicale.

Neelie Kroes, de l’UE à Über

Pourtant, le « pantouflage », ne date pas d’hier. Plusieurs semaines avant l’ancien Premier ministre portugais, Neelie Kroes s’était fait remarquer en passant chez Uber. L’ancienne chargée de la Concurrence puis des Nouvelles technologies au sein de l’UE occupe désormais une place au sein du comité de conseil en politique publique dans l’entreprise américaine. Selon Laurène Bounaud chez Transparency International, « il y a toujours eu des cas similaires en raison du manque d’encadrement du pantouflage au sein de l’Union européenne », bien qu’en 2013, un renforcement des règles ait été opéré, notamment au niveau du délai de carence entre le moment où un élu européen quitte une fonction publique et celui ou il quitte la fonction privée. Aujourd’hui, il est fixé à 18 mois. « Dans le cas de José Manuel Barroso, il a quitté la Commission européenne en 2014, donc il n’y a rien de reprochable », poursuit-elle. Transparency International préconise néanmoins une augmentation du temps de carence à 36 mois.

Pantouflage et secret professionnel

Les cas de José Manuel Barroso et Neelie Kroes posent problème en ce qu’ils peuvent mettre en danger le secret professionnel qui les lie pourtant de manière permanente à l’UE, comme l’a rappellé lundi un porte-parole de la Commission : « tous les anciens membres restent liés par les obligations d’intégrité, de discrétion et de secret professionnel ». Pour Laurène Bounaud, « le risque, c’est qu’ils ont eu accès à des informations sur des dossiers publics et qu’ils peuvent partir avec des liens dont ils pourraient se servir [dans le cadre de leurs futures fonctions]. » Et, en l’espèce, les règles auxquelles sont soumis les anciens hauts fonctionnaires européens pourraient ne pas suffire à les empêcher de divulguer des informations cruciales.

La transparence pour encadrer lobbying et pantouflage

Pour lutter contre ces pratiques, Transparency International « préconise de faire évoluer le registre de transparence européen qui encadre les échanges entre les lobbys et les parlementaires et commissaires européens », explique Laurène Bounaud. Pour ce faire, l’organisation recommande que ledit registre fournisse des informations sur les cas de pantouflages. « Par exemple, dans le cas d’organisations de lobbying employant d’anciens députés, commissaires ou hauts fonctionnaires qui devraient fournir cette information lors de leur inscription sur le registre afin d’offrir un peu de transparence aux citoyens et de prévenir d’éventuels conflits d’intérêts », explique Laurène Bounaud. Pour le moment, cette option n’est encore qu’une idée qui devrait être soumise à la Commission européenne.