Policiers tués à Dallas : «La police municipale est sous-formée et surarmée»

INTERVIEW «20 Minutes» s'est entretenu avec François Durpaire, historien spécialiste des Etats-Unis et maître de conférences à l'université de Cergy-Pontoise, au sujet du climat social tendu sur le sol américain...

Propos recueillis par William Pereira

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Cinq policiers ont été tués par des tirs pendant un rassemblement à Dallas.
Cinq policiers ont été tués par des tirs pendant un rassemblement à Dallas. — Laura Buckman

Le climat social est de plus tendu aux Etats-Unis entre la police et la population noire américaine. Cinq policiers ont été abattus et sept autres blessés dans une attaque commise à Dallas par au moins un tireur, jeudi soir. Des événements qui font écho au meurtre de deux Afro-Américains par des policiers, à Baton Rouge (Louisiane) et dans le Minnesota, respectivement mardi et mercredi, ravivant ainsi un conflit historique qui ronge la société américaine. Interrogé par 20 Minutes sur le sujet, François Durpaire, historien spécialiste des Etats-Unis et maître de conférences à l’université de Cergy-Pontoise, estime que la résolution du problème passera par une réforme de la police américaine.

Où en est cette « relation » entre la police et la population noire américaine ?

Il y a un préjugé racial fort chez les policiers sur le terrain, avec souvent une surinterprétation du danger. 31 % des personnes tuées par la police aux Etats-Unis sont des noirs, alors que ces derniers ne représentent guère plus de 10 % de la population du pays. Et parmi les personnes tuées par la police aux Etats-Unis, les noirs non-armés sont majoritaires par rapport à ceux qui sont armés alors que chez les blancs, c’est l’inverse.

On évoque, à juste titre, les violences subies par la minorité noire américaine, mais qu’en est-il de la police ? Est-ce dangereux d’être policier aux Etats-Unis ?

Oui, c’est dangereux d’être policier aux Etats-Unis. On sait que le nombre de policiers tués annuellement est plus important aux Etats-Unis qu’en Europe, bien que l’on ne dispose pas de chiffres nationaux dans la mesure où l’on parle de polices municipales. De plus, on a récemment pu observer un mouvement de soutien à la police, notamment sur les réseaux sociaux, avec le [slogan] Blue Lives Matter, qui met justement en lumière le danger auquel sont exposés les policiers.

Comment résoudre ce problème social qui a coûté la vie à de nombreux noirs américains aux Etats-Unis ? Y a-t-il des pistes étudiées ?

Du côté des antiracistes, il y a deux institutions mises en cause. En premier lieu, il y a la justice, critiquée parce qu’elle soutiendrait l’impunité de la police. Beaucoup de policiers sont mis hors de cause car parfois l’on manque de preuves, d’éléments pour juger. A ce sujet, Hilary Clinton souhaite que l’on équipe les policiers municipaux de caméras [afin de pouvoir garder une trace de leurs actes].

Ensuite il y a la question de la formation des policiers américains. En regardant les séries TV, on nous renvoie l’image du policier des Experts, mais la réalité de la police municipale, c’est qu’elle est sous-formée et surarmée. Il faut travailler sur la formation, et penser à intégrer des minorités dans la police. A Baton Rouge, il y avait deux policiers blancs alors que 70 % de la population est noire dans cette ville. On peut imaginer des binômes composés d’un policier blanc et noir. En France ce serait impensable, mais aux Etats-Unis ce genre de mesures serait envisageable.

Ce contexte tendu peut-il servir à Donald Trump, voire se détériorer en cas d’arrivée au pouvoir du milliardaire américain ?

On peut imaginer qu’il va se servir de ces événements à des fins électorales. Il avait déjà dit par le passé que les noirs américains vivaient dans des ghettos, qu’ils étaient des délinquants. S’il venait à être élu dans un tel contexte social, cela pourrait être dangereux. On a forcément tous en mémoire les émeutes des années 60 aux Etats-Unis après, par exemple, la mort de Martin Luther-King. Ce sont des scénarios qui pourraient se reproduire.