Voiture autonome: «Je ne pense pas que l'accident de la Tesla porte un coup fatal aux véhicules sans chauffeur»

POLEMIQUE « 20 Minutes » a interrogé Jean-Gabriel Ganascia, universitaire et auteur de L’Intelligence artificielle sur la question des voitures autonomes, alors qu’une enquête vient d’être ouverte aux Etats-Unis à la suite du premier accident mortel lié à ce type de véhicule…

Propos recueillis par William Pereira

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Illustration d'une Telsa.
Illustration d'une Telsa. — SPENCER PLATT/Getty Images/AFP

C’est une polémique dont Tesla se serait bien passé. Les autorités américaines ont ouvert une enquête après l’accident mortel d’une voiture électrique équipée d’Autopilot, le 7 mai dernier, sur une route de Floride. Un coup critique pour la voiture autonome qui est encore loin de faire l’unanimité auprès du grand public ? Pas vraiment, d’après Jean-Gabriel Ganascia, universitaire et auteur de L’Intelligence artificielle (Le Cavalier bleu, 2007).

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Que sait-on de cet accident ?

Avant toute chose, il faut attendre la conclusion de l’enquête pour savoir si le conducteur aurait pu, lui, éviter l’accident, auquel cas la machine serait considérée comme responsable. Mais c’est une situation particulière car le camion qui a heurté la voiture était blanc, sur fond blanc, à cause du ciel couvert, ce qui l’a peut-être rendu indétectable pour la voiture. Ces véhicules fonctionnent avec des capteurs capables de déceler des obstacles et d’établir des zones à occuper sur la route pour les éviter. Peut-être que ces capteurs ont été défaillants.

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Dans le cas de Tesla, ces voitures sont-elles totalement autonomes ?

Non. Les voitures sont conçues avec un mode de pilotage automatique et Tesla précise clairement qu’elles ne sont pas entièrement autonomes. Le conducteur doit toujours être vigilant, même quand il est activé. Tesla laisse entendre, dans ce sens, que le conducteur doit toujours avoir les mains sur le volant afin de pouvoir réagir.

Les voitures autonomes ont-elles encore une grande marge de progression ?

Oui, car ces voitures ont encore certaines limites. Par exemple, elles sont capables de déterminer s’il y a quelqu’un au bord de la route, mais il y a une difficulté pour comprendre s’il s’agit d’un auto-stoppeur ou d’un policier devant lequel il faudrait s’arrêter. Pareil pour un feu tricolore. La voiture le voit, mais ne sait pas forcément réagir en fonction de la couleur affichée par le feu. Cela ne veut pas dire que les voitures autonomes ne sauront jamais faire la distinction entre les deux, mais que pour le moment, ce n’est pas le cas.

Cet accident peut-il déjà signer la fin des véhicules sans chauffeur ?

Je ne pense pas que cet accident, qui est tragique car une personne est décédée, porte un coup fatal à la voiture autonome, qui n’en est qu’à ses débuts. Il est en revanche possible que la vente de ce type de véhicules ralentisse temporairement. On sait que la voiture autonome est sous le feu des projecteurs, notamment parce qu’elle peut menacer des emplois de conducteur à long terme. On est toujours effrayé par la voiture qui tue l’homme. Mais si un jour, on réussit à faire en sorte que la voiture autonome tue moins sur la route que les humains, car elle n’est sujette ni à la fatigue ni à l’alcoolisation, et que l’on réussit à le prouver, je pense qu’alors elle sera mieux reçue.