Corée du Nord: Kim Jong-Un nommé au rang de chef suprême du pays

COREE DU NORD L'élection du leader nord-coréen à la tête d'une nouvelle commission grave dans le marbre l'absolutisme de son pouvoir et le démarque de son père...

M.C. avec AFP

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Kim Jong-Un à l'Assemblée suprême du peuple nord-coréenne, le 29 juin 2016.
Kim Jong-Un à l'Assemblée suprême du peuple nord-coréenne, le 29 juin 2016. — NKO/AP/SIPA

L'absolutisme du pouvoir de Kim Jong-Un gravé dans le marbre. Pyongyang a nommé mercredi le jeune leader de 33 ans à la tête d'un nouvel organe de gouvernement coiffant tous les autres pouvoirs en Corée du Nord.

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L'Assemblée suprême du peuple (ASP), l'organe législatif du pays, a élu mercredi à l'unanimité le dirigeant à la présidence d'une nouvelle Commission des affaires de l'Etat, a annoncé l'agence officielle nord-coréenne KCNA. Cette institution vient remplacer la puissante Commission de défense nationale (CDN), qui était l'organe suprême de prise de décision politique.

Cette nomination, a déclaré le président de l'ASP, Kim Yong-Nam, reflète «la foi inébranlable et la volonté à toute épreuve de tous les fonctionnaires et habitants du pays de soutenir Kim Jong-Un (...) au plus haut poste de la RPDC», en référence aux initiales de la République populaire et démocratique de Corée.

Rupture avec le règne de Kim Jong-Il

Cette décision entérine effectivement l'élevation de Kim Jong-Un au rang de chef suprême du pays, confirme Cheong Seong-Chang, spécialiste de la Corée du Nord à l'Institut Sejong de Séoul. «Cela correspond au titre de "président de la République" qui avait été donné à Kim Il-Sung en 1972», juge-t-il. Le fondateur du régime et grand-père de Kim Jong-Un était même devenu à sa mort en 1994 «président éternel».

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Kim Jong-Un présente une étonnante ressemblance physique avec son grand-père, un trait sur lequel il a joué pour capter l'héritage politique du fondateur, et se démarquer de celui de son père Kim Jong-Il. Sa nomination à la tête de la nouvelle Commission des affaires de l'Etat constitue du reste une rupture supplémentaire avec le règne de Kim Jong-Il qui, jusqu'à son décès fin 2011, a dirigé la Corée du Nord en tant que président de la désormais défunte CDN.

«Kim Jong-Un est devenu le leader suprême, à la fois par son titre et dans la réalité»

Par essence militaire, la CDN était responsable de toutes les questions de défense et de sécurité. Mais conformément à la stratégie du «songun» (l'armée d'abord) de Kim Jong-Un, cette commission élaborait les politiques dans tout un tas d'autres domaines, sans lien avec l'armée. La nouvelle entité compte trois vice-présidents explicitement chargés de l'armée, du parti et des questions gouvernementales. «En s'en faisant le chef, Kim Jong-Un est devenu le leader suprême, à la fois par son titre et dans la réalité», a analysé Yang Moo-Jin, professeur à l'Université des études nord-coréennes de Séoul. «Cela constitue une nette rupture avec l'époque de son père», a-t-il ajouté.

Une des premières décisions de Kim Jong-Un après son arrivée au pouvoir avait été de tourner la page de la stratégie «songun» au profit du «byungjin», consistant à mener de front développements économique et nucléaire. Le congrès du Parti des travailleurs de Corée (PTC) en mai -un événement exceptionnel puisqu'il était le premier depuis 1980- avait scellé le retour sur le devant de la scène du parti, éclipsé par l'armée durant le règne de Kim Jong-Il.