Attentat d'Istanbul: Après l'attaque à l'aéroport, les autorités ont imposé un black-out sur les réseaux sociaux

TERRORISME Un attentat suicide a fait au moins 41 morts et 239 blessés mardi à l’aéroport internationale Atatürk d’Istanbul en Turquie…

L.C.

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Des manifestants à Ankara (Turquie) protestent contre la censure d'internet et du réseau social Twitter en brandissant des pancartes
Des manifestants à Ankara (Turquie) protestent contre la censure d'internet et du réseau social Twitter en brandissant des pancartes — ADEM ALTAN / AFP

Une triple explosion suivie d’un rapide « black-out » sur la Toile. Mardi soir, un attentat-suicide a eu lieu dans l’aéroport international Atatürk d’Istanbul, en Turquie. Très vite, la nouvelle s’est répandue sur les sites d’information et sur les réseaux sociaux. Mais les autorités turques ont rapidement bloqué l’accès à Facebook, Twitter et YouTube, « environ deux heures après les attaques », selon Alp Toker, coordinateur de Turkey Blocks, un site qui répertorie les actes de cyber-censure.

Black-out du web à chaque attentat

Selon le site Vocativ, c’est le Premier ministre turc qui a émis mardi soir l’ordre de censurer « toute image du moment de l’explosion, de débris, du travail des secours, des blessés et des morts », ou « tout récit exagéré » de l’événement, au nom de la « sécurité nationale et de l’ordre public », comme la loi turque le permet. Un tribunal stambouliote a ensuite étendu cette interdiction à « toute information, toute interview, et tous visuels concernant l’incident » pour ne pas propager « la peur et la panique ».

Les autorités n’étant pas en mesure de filtrer toutes les publications concernées, elles ont purement et simplement demandé aux fournisseurs d’accès à Internet de bloquer l’accès à Twitter et Facebook.

« C’est devenu habituel et classique : après chaque attentat, le gouvernement impose des restrictions sur Internet », observe Alican Tayla, spécialiste de la Turquie et enseignant en relations internationales à l’université Paris 13. « En dehors des grandes villes et des populations éduquées, l’information est bien contrôlée par le gouvernement mais nombre de Turcs connaissent des techniques de contournement de la cyber-censure », nuance le chercheur interrogé par 20 Minutes.

Plusieurs « fuites » sur les réseaux sociaux

L’utilisation d’un VPN (ou réseau privé virtuel, qui permet de se connecter à un serveur à l’étranger) était apparemment indispensable pour naviguer sur Internet selon plusieurs utilisateurs turcs :

Selon Alican Tayla, la mainmise du régime d’Erdogan sur les médias traditionnels implique que « les réseaux sociaux deviennent la principale source d’information non contrôlée ». C’est probablement en contournant la cyber-censure que certains internautes ont pu poster des messages et des images liées à l’attentat. Des images de l’attaque terroriste, filmées en direct par les caméras de surveillance de l’aéroport, ont été relayées dès mardi soir.

Sur Twitter, un témoignage a également été relayé, celui du journaliste irakien Steven Nabil, qui a publié (en anglais) son récit de l’attentat. « Nous venons de quitter l’aéroport. Ma femme a été blessée pendant l’attaque. Nous étions face à face avec le tueur pendant qu’il tirait », a-t-il tweeté.

Le couple retournait à New York après sa lune de miel. Il a échappé aux terroristes en se cachant dans le placard d’un salon de coiffure, selon son récit sur Twitter.

Quelle stratégie du gouvernement ?

« Ce blocage sert-il uniquement à éviter la propagation de rumeurs ou d’images violentes, ou pour mieux contrôler l’information qui circule et donner ainsi l’image d’un pouvoir fort ? » s’interroge Alican Tayla.

En plus de porter atteinte à la liberté d’information, cette mesure peut être contre-productive. Après l’attentat-suicide de mardi soir, la Croix Rouge turque a diffusé un appel aux dons de sang pour soigner les blessés, tandis que la compagnie aérienne Turkish Airlines a publié des mises à jour destinées à ses passagers, indique le journaliste turc Efe Kerem Sözeri. Ces messages, publiés sur les réseaux sociaux, n’ont pu toucher les internautes victimes du blocage Internet.

En outre, de nombreux utilisateurs se sont plaints de ne pouvoir utiliser l’outil Safety Check de Facebook pour rassurer leurs proches, à cause de la censure imposée par le gouvernement. Selon le site Numerama, « il était possible de se servir du « Safety Check » pendant un petit moment avant que celui-ci ne soit plus accessible à cause du blocage », et ce sans passer par un VPN. Ce mercredi, l’application ne serait plus accessible depuis la Turquie.