Attentat d'Istanbul: Quels sont les indices qui permettent à la Turquie de «pointer Daesh»?

TERRORISME Plusieurs facteurs permettent de croire que l’attentat de l’aéroport d’Istanbul-Atatürk a été organisé par l’Etat Islamique, bien que l’organisation n’ait pas revendiqué l’attaque du 28 juin…

William Pereira

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L'aéroport international d'Istanbul a été attaqué le 28 juin 2016.
L'aéroport international d'Istanbul a été attaqué le 28 juin 2016. — Ismail Coskun/AP/SIPA

Alors que la Turquie pleure les victimes de l’attentat de l’aéroport d’Istanbul-Atatürk dans lequel une quarantaine de personnes ont perdu la vie d’après un bilan provisoire, une question reste a priori sans réponse. Qui est à l’origine des attaques de l’aéroport international ? Le Premier ministre Binali Yildirim, venu sur place d’Ankara, a mis de côté l’hypothèse d’une attaque du PKK et estimé que « les indices pointent Daesh », sans toutefois préciser lesquels. 20 Minutes a essayé de comprendre quelles pistes mènent les enquêteurs à penser que l’Etat Islamique se cache derrière l’attentat de l’aéroport d’Istanbul.

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Des menaces récentes et l’annonce du départ de djihadistes

Spécialiste du djihadisme et journaliste à France 24, Wassim Nasr - et bien qu’insistant sur fait qu’il « ne faut pas tirer de conclusions hâtives » sur les fameux indices - rappelle que « l’Etat Islamique a menacé très explicitement la Turquie étant donné que celle-ci est partie prenante de la coalition [qui combat l’EI au Moyen-Orient] ». La propagande a notamment encouragé le peuple turc à se « soulever contre Satan », en l’occurrence Recep Tayyip Erdogan, à de nombreuses reprises. « La CIA a annoncé que l’EI a envoyé une trentaine de combattants en Turquie avant le Ramadan », rapporte de son côté Alican Tayla, chercheur à l’IRIS.

Des similitudes avec l’attentat de l’aéroport de Zaventem

Le mode opératoire des terroristes d’Istanbul rappelle les attentats de Zaventem, le 22 mars dernier, revendiqués par l’Etat Islamique. D’après le premier rapport des autorités, des explosions ont d’abord eu lieu à l’entrée du terminal des vols internationaux vers 22h. Trois assaillants ont ensuite mitraillé des passagers ainsi que des policiers en faction, une fusillade a éclaté puis les kamikazes se sont fait sauter.

Un plan d’action qui diverge assez nettement, par exemple, de l’attaque à la voiture piégée du 13 mars 2016, à Ankara, revendiquée par les faucons de la liberté (TAK), une faction du PKK. « La voiture bourrée d’explosifs revient très souvent dans les attaques menées par les TAK, tandis que celles de Daesh sont marquées par l’utilisation de ceintures explosives par des kamikazes », observe Jean Marcou, professeur à Sciences-Po Grenoble et spécialiste de la Turquie.

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L’Etat Islamique vise les civils, le PKK, l’Etat turc

La cible de l’attentat du 28 juin 2016, le terminal des vols internationaux du onzième aéroport le plus fréquenté au monde, éveille les soupçons d’Alican Tayla, expliquant que « les sites touristiques sont toujours des cibles de choix pour l’EI. » Même son de cloche pour Wassim Nasr. « L’EI a plus tendance à toucher des zones touristiques », alors que le PKK vise « avant tout l’Etat turc », avance Jean Marcou. « Si l’on observe les derniers attentats des Faucons de la Liberté, celui de février à Ankara visait un convoi militaire et celui du 13 mars visait des véhicules policiers. Sur l’attentat du 13 mars, il est également intéressant d’observer que les auteurs des attentats s’étaient publiquement excusés d’avoir causé des victimes parmi les civils », ajoute le professeur à Sciences-Po.

Néanmoins, et comme l’explique Wassim Nasr, « il n’y a qu’en identifiant les kamikazes que les enquêteurs pourront remonter jusqu’à l’origine de l’attaque. C’est comme ça qu’ils avaient pu déterminer que l’attaque d’Ankara [le 10 octobre 2015], était organisée par l’Etat Islamique », conclut-il.