Attentat à Istanbul: Même avec une sécurité renforcée, un aéroport reste une cible vulnérable

TURQUIE Un point de contrôle supplémentaire n'a fait que déplacer le problème...

Philippe Berry

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Illustration: la queue à l'aéroport O'Hare de Chicago.
Illustration: la queue à l'aéroport O'Hare de Chicago. — T.WARREN/AP/SIPA

Comment sécuriser un aéroport ? La question va à nouveau être posée après le triple attentat qui a fait au moins 36 morts et 147 blessés, mardi soir, à Istanbul. Contrairement à celui de Bruxelles, l’aéroport Atatürk, le 11e le plus fréquenté au monde avec 60 millions de passagers annuels, dispose d’un point de contrôle supplémentaire à l’entrée du terminal. C’est ce goulot d’étranglement que les terroristes ont frappé.

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Davantage de sécurité, mais autant de queue

Comme de nombreux aéroports du Moyen-Orient, celui d’Istanbul dispose d’une couche de sécurité supplémentaire. Les bagages sont analysés aux rayons X et les passagers doivent passer sous des détecteurs de métaux à l’entrée du terminal, avant même le check-in. Le problème, c’est que cela fait fatalement la queue. Selon les premiers éléments, au moins deux kamikazes ont réussi à se frayer un chemin avec des armes automatiques avant de se faire sauter. Un troisième a pu pénétrer dans le terminal alors que les portes de verre volaient en éclats, selon NBC News. Les trois suspects sont venus en taxi, comme à Bruxelles.

« Quand vous étendez les couches de sécurité, vous devez faire attention de ne pas avoir un attroupement de personnes. Cela devient une ''soft target'' (cible vulnérable) », explique à la chaîne CNBC Jayson Ahern, un expert en sécurité aéroportuaire. C’est l’éternel casse-tête : pour sécuriser une zone, vous en exposez souvent une autre.

L’aéroport de Tel Aviv en exemple ?

L’aéroport Ben Gurion de Tel Aviv, en Israël, semble avoir trouvé une approche qui donne des résultats. Malgré un contexte géopolitique tendu, il n’a pas été frappé par aucune attaque terroriste depuis 1972 et aucun avion n’y a été détourné, rappelle CNN.

La sécurité en oignon commence loin, à 10 km de l’aéroport. Tous les véhicules, y compris les taxis, sont contrôlés. Des gardes armés ouvrent le coffre et les portières et posent des questions à tous les passagers. En cas de comportement suspect, ils peuvent contrôler les bagages. A l’entrée du terminal, nouvel entretien. Des officiers humains cherchent des signes de nervosité et, dans certains cas, peuvent être aidés par la technologie pour surveiller des signes biologiques (transpiration, rythme cardiaque etc.).

Raccourcir les queues

Reste un problème. L’aéroport n’accueille que 16 millions de passagers par an. C’est quatre fois moins que celui d’Istanbul ou Charles de Gaulle. Transposer les mêmes méthodes poserait un problème d’échelle et cela coûterait très cher, prévient l’expert en sécurité aérienne Jeff Price, sans parler du débat explosif autour du « profilage » pratiqué en Israël.

Selon Price, la solution « n’est pas plus de filtrage mais un meilleur service client, avec des queues moins longues ». Un exemple : alors que de nombreuses compagnies aériennes font payer pour enregistrer une valise en soute, beaucoup de passagers bourrent leur bagage à main au maximum, ce qui rallonge l’opération de contrôle sur le tapis roulant. Certains aéroports américains ont embauché des employés supplémentaires, parfois en recrutant dans le privé. Dans tous les cas, une seule certitude : la sécurité, où qu’elle soit, coûte forcément de l’argent.