Brexit: Devine qui vient dîner à l’ultime souper?

ROYAUME-UNI Réuni en sommet extraordinaire à Bruxelles, le gratin européen discute du divorce à venir entre le Royaume-Uni et l’UE...

Céline Boff

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François Hollande avec David Cameron, de dos.
François Hollande avec David Cameron, de dos. — Geoffroy Van der Hasselt/AP/SIPA

Ce sera l’ultime souper à 28. Et il s’annonce tendu. Quatre jours seulement après l’annonce du Brexit, David Cameron dînera ce soir à Bruxelles avec ses désormais ex-partenaires européens. Au menu des discussions : le divorce du siècle, bien sûr. Mais qui sera autour de la table et pour demander quoi ? 20 Minutes vous refait le film des événements et vous présente les principaux personnages.

Le marié volage : David Cameron

Statut : Premier ministre britannique (en sursis)

Le Premier ministre britannique David Cameron à Bruxelles, le 28 juin 2016

A-t-il, ne serait-ce qu’un jour, vraiment aimé l’UE ? Sa mère spirituelle – Margaret Thatcher, dont il fut l’un des conseillers politiques – lui a toujours dit de s’en méfier. Et de ne surtout pas lui faire de cadeau. David a appliqué ces recettes à la lettre, jusqu’à se servir de l’UE pour régler un problème strictement personnel : sa rivalité avec le parti populiste et europhobe UKIP.

En 2013, pour lui couper l’herbe sous le pied alors que les élections européennes et les élections générales approchent, David promet au peuple britannique d’organiser un référendum sur son mariage avec l’UE. Sa stratégie fonctionne… Jusqu’au 24 juin 2016. David se retrouve à devoir quitter belle-maman, sans le vouloir réellement.

Alors, il tergiverse. D’abord en promettant d’envoyer bientôt les papiers du divorce (il veut que la procédure soit gérée par son successeur, dont le nom devrait être connu d’ici le 2 septembre). Ensuite en tentant de négocier un divorce à l’amiable – « Je veux que cette procédure soit aussi constructive que possible », a déclaré David à son arrivée à Bruxelles – tout en réclamant déjà une belle pension alimentaire – « Je veux établir la relation la plus étroite possible entre Londres et ses partenaires en termes de commerce et de coopération sécuritaire ».

La mariée délaissée : Donald Tusk

Statut : Président du Conseil européen

Le président du conseil européen Donald Tusk le 24 juin 2016 à Bruxelles

Si David (ou son successeur) finit par enclencher le divorce, c’est-à-dire par activer l’article 50 du traité de Lisbonne, il devra le faire auprès du Conseil européen, l’organe qui réunit les 28 États membres et qui est actuellement présidé par le Polonais Donald Tusk. C’est donc lui qui pilotera la procédure au nom de l’UE.

Pour Donald, la séparation a été un choc. Il connaissait bien sûr l’inconstance de David, mais il était tout de même fier d’avoir dans sa vie ce libéral dynamique. Pour sauver les apparences, il lui a même tout cédé. Et voilà le résultat, se désole-t-il. « Ce n’est pas le scénario dont nous rêvions », a-t-il reconnu ce mardi. Mais maintenant, Donald veut aller de l’avant. Le plus vite possible : « L’Europe est prête à commencer la procédure de divorce dès aujourd’hui. »

Parce qu’il a une obsession, Donald : garder la maison. « Le jour d’après le Brexit, j’ai eu comme le sentiment que quelqu’un qui m’était très proche avait quitté la maison, et dans le même temps j’ai ressenti à quel point cette maison m’était chère et précieuse. » Pour conserver la demeure, il veut s’assurer le soutien de sa famille. Il l’a déjà conviée à un petit événement, en septembre – un sommet « informel » à 27, qui pourrait se tenir à Bratislava (Slovaquie). Sans David, bien sûr.

Le frère de la mariée : Jean-Claude Juncker

Statut : Président de la Commission européenne

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker le 24 juin 2016 à Bruxelles

Pour Jean-Claude, ce divorce, c’est un peu le sien. Et pour cause : il a toujours été au cœur de la relation entre le Royaume-Uni et l’UE. Il était là pour écouter, pour conseiller, pour (ré) concilier. En fait, cette union, c’était un vrai mariage à trois. Mais maintenant que David est parti, Jean-Claude a décidé de prendre le parti de sa sœur (le Conseil européen).

Et il adopte la même ligne : celle de la dignité. Pas de pleurnicheries, ni de tacles contre David : « Je tiens à dire mon respect pour la démocratie britannique et pour l’expression qu’elle a choisi de se donner », a-t-il déclaré. Bien sûr, il se dit « triste » du résultat. Mais il veut lui aussi que le divorce se règle rapidement et, en tant que grand frère protecteur, il se veut rassurant : « C’est nous qui décidons de l’ordre du jour, pas ceux qui veulent quitter l’UE », a-t-il averti devant le Parlement européen, tout en exhortant le Royaume-Uni à « clarifier le plus rapidement possible » sa situation. « Pas de notification, pas de négociation », a-t-il martelé. Classe, mais ferme.

La mère compréhensive : Angela Merkel

Statut : Chancelière allemande

La chancelière allemande Angela Merkel à Berlin, le 27 juin 2016

L’UE, c’est son bébé. Même si elle est grande maintenant, Angela continue de lui dire comment penser, comment agir et qui fréquenter. Et David, elle l’aimait bien. Il venait d’une bonne famille, comme elle. L’une de ces familles qui aime la rigueur, le libéralisme et qui est prête à faire des efforts. Pas comme certains…

Bref, Angela n’est pas très contente de ce divorce. Mais la priorité, c’est sa fille. Et elle fait tout pour lui remonter le moral : « L’UE est assez forte pour surmonter le départ de la Grande-Bretagne, elle est assez forte pour continuer à aller de l’avant même à 27 », lui assure-t-elle.

Elle lui promet même un brillant avenir : « Toute proposition (des Etats membres) qui permettra une sortie de crise de l’UE en maintenant les 27 est la bienvenue. Aujourd’hui et demain nous avons l’occasion d’avoir cette discussion (sur la réforme de l’UE) avec les autres chefs d’Etat et de gouvernement. »

Avec David, si elle se montre un peu ferme - « Celui qui sort de la famille ne peut pas s’attendre à ce que tous ses devoirs disparaissent et que ses privilèges soient maintenus » - elle refuse toutefois de le presser – mardi, elle s’est de nouveau montrée compréhensive sur le délai voulu par Londres avant de déposer sa demande formelle de sortie de l’Union européenne – et de lui tourner le dos complètement – Angela a évoqué un possible maintien du Royaume-Uni dans le marché unique, à condition qu’il respecte les quatre libertés fondamentales, à savoir « la libre-circulation des personnes, des biens, des services et des capitaux ».

Le père inquiet : François Hollande

Statut : Président français

François Hollande le 25 juin 2016.

Bien sûr, cette UE l’agace. Cette fille désormais femme (ingrate) ne fait jamais rien comme il veut. Tout ça parce qu’il ne serait pas un bon modèle… Des histoires de fric et de dette qui ne passent pas.

Il n’empêche : François, il l’aime cette UE. C’est aussi son bébé. Et la voir se faire quitter par David, ça lui fait de la peine. Mais surtout, ça lui fait peur. Parce qu’il voit bien que sa fille est affaiblie. Même dans sa propre famille – en France – où ses rivaux de toujours – le FN et l’extrême gauche – restent toujours en embuscade, prêts à en découdre avec elle.

Pour lui, l’urgence, c’est donc de remuscler l’UE. Pour qu’elle puisse mieux se défendre, il voudrait lui donner une « nouvelle impulsion », notamment dans les domaines de « la défense, la croissance, l’emploi et la compétitivité », qui pourrait faire à nouveau rêver les Français et ainsi taire ses ennemis.

Niveau timing, c’est un peu tendu – y’a élection dans moins d’un an. Mais François veut y croire. Il sait déjà qu’il peut compter sur Matteo (Renzi, le Premier ministre italien) mais quid d’Angela ? Pour l’instant, elle affirme porter le même projet que lui. Mais acceptera-t-elle certains raccourcis, comme lâcher du lest sur certains comptes publics européens ?

Le copain chambreur : Nigel Farage

Statut : Député europhobe britannique, figure majeure du vote Leave

Le leader du parti britannique UKIP et député européen Nigel Farage au Parlement européen, à Strasbourg, le 8 juin 2016

Depuis le temps qu’il pousse David à plaquer l’UE… Elle l’emmerde depuis si longtemps cette grosse dame qui vient régulièrement lui taper du fric. Mais ça y est : le jour de gloire est arrivé ! Et il compte bien le savourer, quitte à laisser le légendaire fair-play britannique au vestiaire. Il aimerait bien s’incruster au dîner de ce soir, mais la porte lui est fermée. Tant pis : il l’a déjà bien narguée ce mardi matin en se rendant dans l’un de ses salons préférés : le Parlement européen.

Là, il a sorti le grand jeu en balançant aux amis de la future ex-mariée : « Quand je suis venu ici (à Bruxelles) il y a 17 ans en disant vouloir mener une campagne pour faire sortir le Royaume-Uni de l’UE, vous avez tous ri de moi. Vous ne riez plus maintenant, n’est-ce pas ? ». Avant d’ajouter : « Je fais une prédiction : le Royaume-Uni ne sera pas le dernier Etat membre à quitter l’UE. »