Touristes, travailleurs, migrants: Ce que pourrait changer le Brexit sur la circulation des personnes

ROYAUME-UNI La sortie du Royaume-Uni de l’UE ne devrait pas être sans conséquence sur la circulation des personnes…

Céline Boff

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Un manifestant opposé à une sortie du Royaume-Uni de l'UE drapé dans le drapeau de européen, le 25 juin 2016 à Londres
Un manifestant opposé à une sortie du Royaume-Uni de l'UE drapé dans le drapeau de européen, le 25 juin 2016 à Londres — JUSTIN TALLIS AFP

« Bye bye Europe ». Le Royaume-Uni a décidé jeudi de quitter l’Union européenne, ce qui ne devrait pas être sans conséquence sur la circulation des personnes. 20 Minutes fait le point pour trois profils types.

Pour les touristes européens

Jusqu’à présent membre de l’UE mais pas de l’espace Schengen, le Royaume-Uni était un cas à part. Qui était toutefois source de « peu » de complication pour les ressortissants européens : il leur suffisait de présenter aux douaniers un document d’identité pour entrer dans le pays.

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Cette règle continuera de s’appliquer jusqu’à la sortie effective du Royaume-Uni de l’UE, soit au moins pendant deux ans. Et après ? Le Royaume-Uni n’étant pas membre de l’espace Schengen, contrairement à la Suisse ou à la Norvège par exemple, il va devoir négocier un nouvel accord avec ses désormais ex-partenaires européens. La libre circulation des touristes et des voyageurs d’affaires européens pourrait être maintenue. Ou pas. Dans ce cas, la présentation d’un passeport pourrait être nécessaire, voire d’un visa. Une possibilité toutefois peu probable.

Pour les travailleurs européens

Pour l’instant et jusqu’à la sortie effective du Royaume-Uni de l’UE, la règle est une fois de plus la libre circulation des ressortissants européens. Autrement dit : ces derniers n’ont besoin d’aucun permis pour venir travailler au Royaume-Uni. Ils sont de plus autorisés à exercer n’importe quelle activité professionnelle dans ce pays sans avoir à ne subir aucune discrimination par rapport aux résidents britanniques.

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Mais cela pourrait bien changer. La Suisse par exemple a beau appartenir à l’espace Schengen, elle ne permet à aucun ressortissant non suisse de travailler chez elle sans permis de travail. Si les conditions d’attribution de ces permis diffèrent considérablement selon que le travailleur est ressortissant de l’Union européenne ou d’un pays extracommunautaire (Etats-Unis, Canada ou Chine par exemple), les premiers doivent toutefois présenter un contrat de travail ou une promesse d’embauche pour espérer décrocher le précieux sésame.

Le Royaume-Uni pourrait décider d’élargir aux ressortissants de l’UE les règles actuellement en vigueur pour les ressortissants extracommunautaires, c’est-à-dire la nécessité de disposer d’un permis de travail (demande à introduire par l’employeur anglais) et d’un permis de séjour.

Pour les migrants

Le jour même de l’annonce du Brexit, Xavier Bertrand, le président des Hauts-de-France, s’est empressé de demander au gouvernement français une renégociation des « accords du Touquet ». Signés en 2003 entre la France et la Grande-Bretagne, ces accords ont confié les premiers contrôles d’immigration au pays du départ et entraîné de fait un glissement de la frontière britannique dans les ports français. Et ce, sans véritable réciprocité puisque les  migrants souhaitant gagner la France depuis le Royaume-Uni sont quasi inexistants.

Lundi, le ministre de l’Economie Emmanuel Macron a affirmé que suite au Brexit, les Français seraient « plus exigeants » à l’égard de Londres sur la gestion des flux migratoires autour de Calais. Jusqu’à renégocier les accords du Touquet ? « C’est une question qui est posée à Bernard Cazeneuve [en tant que ministre de l’Intérieur] », a répondu Emmanuel Macron. Rappelons tout d’abord qu’il n’existe aucun lien direct entre le Brexit et les accords du Touquet. Le premier concerne l’UE alors que les seconds renvoient à un accord bilatéral, l’un des douze signés entre les deux pays en matière d’immigration depuis 1989. Ceci étant dit, rien n’empêche une renégociation des accords Touquet : ce texte prévoit bien une clause de sortie, avec un délai de deux ans.

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Pour François Gemenne, professeur à Sciences Po : « A présent que la Grande-Bretagne n’est plus dans l’UE, il n’y a aucune raison que la frontière se trouve encore à Calais ». Et d’ajouter : « Le paradoxe est que, alors que le Brexit a été majoritairement un vote anti-immigration, la Grande-Bretagne pourrait se retrouver à devoir accueillir davantage de migrants demain », d’autant que Londres ne pourra plus renvoyer les demandeurs d’asile vers le premier pays où ils ont laissé une empreinte comme le prévoit le règlement européen de Dublin.

Mais rien n’est bien sûr aussi simple. Comme l’a déjà expliqué le chef de la diplomatie française Jean-Marc Ayrault, « l’accord du Touquet, c’est où est la frontière. Si c’est pour la mettre, comme certains le préconisent, de l’autre côté de la Manche, il faudra mettre des bateaux pour sauver des gens qui seront dans l’eau ». Pour Natacha Bouchart, la maire LR de Calais (Pas-de-Calais), la seule solution est de « négocier avec les Britanniques pour qu’ils acceptent d’ouvrir un camp dans leur pays, traiter les situations chez eux et ne pas les faire traiter chez nous. Pour cela, il faut mettre des propositions sur la table ». Les discussions promettent d’être longues…