Royaume Uni: Osborne, le "chancelier kamikaze" contre le Brexit

© 2016 AFP

— 

Le ministre des Finances britannique George Osborne à Londres le 28 juin 2016 Lancer le diaporama
Le ministre des Finances britannique George Osborne à Londres le 28 juin 2016 — Daniel Leal-Olivas AFP

Le ministre des Finances britannique George Osborne, qui renonce à postuler au poste de Premier ministre, paye son engagement total dans le camp du maintien dans l'UE, s'attirant le surnom de "chancelier kamikaze".

Le responsable conservateur a expliqué dans le Times de mardi qu'il n'était pas le bon candidat pour diriger le parti puisqu'il avait fait campagne pour le maintien.

Ses mises en garde alarmistes contre les conséquences économiques d'un Brexit avaient signé sa communauté de destin avec le Premier ministre conservateur David Cameron, qu'il a servi avec zèle depuis sa nomination en 2010 comme chancelier de l’Échiquier - son titre officiel.

Contrairement à d'autres ministres plus prudents, George Osborne s'est dépensé sans compter pour promouvoir le maintien du Royaume-Uni dans l'Union européenne, faisant le tour des usines du pays en casque de chantier et lunettes de protection.

-Apôtre de l'austérité-

Prédisant récession économique, chômage, hausses d'impôts et menaces sur les retraites en cas de Brexit, il est devenu l'une des cibles favorites des eurosceptiques au sein de son propre parti, qui l'ont accusé pendant la campagne de jouer avec les peurs des électeurs.

"George Osborne veut tellement l'emporter qu'il semble désormais se moquer que l'histoire puisse se souvenir de lui comme de notre premier chancelier kamikaze", écrivait le quotidien conservateur eurosceptique The Daily Telegraph avant le scrutin du 23 juin.

Après avoir prophétisé l'apocalypse, George Osborne s'est pourtant voulu rassurant en prenant la parole lundi matin pour la première fois après le résultat du référendum. "La Grande-Bretagne est prête et dans une position solide pour faire face à ce que l'avenir lui réserve", a-t-il déclaré, jetant aux orties sa menace d'un "budget d'urgence" en cas de Brexit.

Avant de jeter toutes ses forces dans la bataille du référendum, l'homme politique avait incarné avec tout autant d'entrain l'austérité budgétaire.

Ignorant les appels à la modération du Fonds monétaire international (FMI), il a taillé à la serpe dans les dépenses au risque de mettre en danger la croissance.

Sa politique lui a valu une certaine impopularité - il avait été hué par des centaines de spectateurs en direct à la télévision lors d'une remise de médailles au jeux paralympiques en 2012 - mais il a remporté son pari. Le Royaume-Uni a bénéficié en effet d'une croissance et d'un taux de chômage enviables ces dernières années, même si l'assainissement des comptes publics prend plus de temps que prévu.

Mais sa politique a aussi laissé sur le carreau une partie des Britanniques, contraints de subir des contrats précaires, à des salaires faibles, gonflant les rangs de ceux qui ont voté la sortie de l'UE pour protester contre le gouvernement davantage que contre Bruxelles.

- "Bourgeois et arrogants" -

Renforcé par ces succès, M. Osborne avait été désigné par M. Cameron comme l'un de ses dauphins potentiels.

Les deux hommes partagent plus que le goût des manœuvres politiques. Tous deux éduqués dans de prestigieuses et coûteuses écoles privées, ils sont également passés par l'université d'Oxford, où ils ont également fréquenté le sulfureux Bullingdon Club, réputé pour ses fêtes élitistes et très alcoolisées.

Comme son mentor, George Osborne vient d'un milieu aisé: il est l'héritier de l'entreprise de papier peint de luxe fondée par son père, descendant d'une vieille famille noble.

Ces origines privilégiées et son style parfois péremptoire lui avaient valu des attaques, en particulier au plus fort de la politique d'austérité.

"Cameron et Osborne sont deux garçons bourgeois et arrogants qui ne connaissent pas le prix du lait et ne font preuve d'aucun remords, d'aucune contrition, d'aucune passion pour comprendre la vie des autres", avait déclaré une députée conservatrice en 2012.