Brexit: Les scénarios d'une sortie de crise (avec François Hollande en vedette)

STRATEGIE Le président français rencontre ses homologues européens ce mardi et mercredi pour discuter de l’avenir d’une Europe à 27, sans le Royaume-Uni...

Céline Boff

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François Hollande le 25 juin 2016.
François Hollande le 25 juin 2016. — GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

Les Anglais nous quittent. Et pour François Hollande comme pour les autres chefs d’Etat européens, l’urgence est de soigner l’Union européenne, désormais amputée de l’un de ses membres. Avec quels remèdes ? Le président français a rencontré lundi après-midi la chancelière allemande, Angela Merkel, puis ce mardi et mercredi les représentants des 26 Etats membres pour en débattre. Ceci dit, il n’existe pas 36 solutions. Seuls trois scénarios se dessinent.

Scénario n°1 : « On change tout »

Le contexte : Une chose est sûre, c'est qu'en votant pour le leave, le peuple britannique a exprimé son mal-être. On peut le comprendre : depuis 2007, il ne cesse, en moyenne, de s’appauvrir. Un cas loin d’être isolé, puisque les Espagnols, les Italiens ou encore les Grecs perdent eux aussi chaque année un peu plus de pouvoir d’achat. Mais à quoi sert l’Europe si elle ne permet pas à ses citoyens de vivre mieux ? Pour l’économiste Marc Touati, « le drame du Brexit doit être utilisé par les dirigeants européens pour relancer un vrai projet européen et faire de l’Union une terre de croissance forte. Sinon, l’euroscepticisme continuera de se développer. »

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Ce que François Hollande pourrait faire : Exiger des négociations rapides et très strictes avec le Royaume-Uni afin de démontrer aux peuples d’Europe que l’expression démocratique est prise en compte et qu’in fine, il vaut mieux être au sein de l’UE qu’en dehors. Parallèlement, porter un nouveau projet pour l’Europe dont les priorités ne seraient plus les réductions de la dette et des déficits publics, mais le développement de l’investissement et des emplois. Ce projet pourrait s’articuler autour de la création d’un « bouclier social », qui passerait par une harmonisation fiscale entre les pays. « L’UE pourrait sortir de cette crise par le haut en renégociant toutes les normes en vigueur afin de les rendre mieux-disantes d’un point de vue social, environnemental et économique », avance Jérôme Creel, directeur du département des études à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) et professeur associé à ESCP Europe.

Scénario n°2 : « On change un peu »

Le contexte : Certes, le scénario n°1 est séduisant, a fortiori pour un socialiste, mais convaincre 26 chefs d’Etat, en voilà un combat titanesque. François Hollande le sait bien, lui qui n’avait pas réussi à renégocier le pacte budgétaire européen (le fameux TSCG). Plus que l’ampleur, c’est la durée que pourrait prendre ce combat qui refroidit le président français. Car du temps, François Hollande n’en a presque plus, l'élection présidentielle se tenant dans moins d’un an.

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Ce que François Hollande pourrait faire : Ne pas chercher à changer le système en profondeur mais plutôt à convaincre le peuple français que sa souveraineté et son modèle social ne seront pas sacrifiés sur l’autel du libéralisme. Il s’agit donc de mener quelques actions simples et donc, facilement lisibles. Le Premier ministre, Manuel Valls, semble avoir déjà commencé ce travail en annonçant dimanche ne plus vouloir du traité transatlantique, également connu sous le nom de Tafta et de TTIP, et en affirmant : « Dorénavant, aucun accord de libre-échange ne doit être conclu s’il ne respecte pas les intérêts de l’Union. L’Europe doit être ferme. La France y veillera. » S’il veut vraiment marquer le coup, Hollande pourrait aller jusqu’à abandonner la loi Travail, dont l’objectif majeur reste de baisser à terme le coût du travail français, jugé trop élevé par Bruxelles. Chaque année, la Commission insiste en effet sur ce point dans ses recommandations à la France. Or, comme le souligne Christopher Dembik, économiste chez Saxo Banque, « baisser le coût du travail aura un effet positif au mieux pendant quatre ans, mais ce n’est pas le combat à mener parce qu’il y aura toujours moins cher ailleurs. »

Scénario n°3 : « On ne change rien »

Le contexte : Bien sûr, le Brexit est un moment historique. Pour François Hollande, c’est même un choc. Il pense à Schumann (Robert) ou encore à Delors (Jacques) et il est triste. Mais bon. Après des annonces tonitruantes, Hollande finit par penser qu’une actualité en chassant une autre, les Français finiront bien par penser à autre chose. D’ailleurs, d’après Google Trends, l’intérêt pour le Brexit est déjà retombé. Et si les Bleus finissaient par emporter le championnat d’Europe de football ?

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Ce que François Hollande pourrait faire : Pour que l’Europe aille mieux, il faudrait qu’elle en finisse avec les égoïsmes nationaux et donc qu’elle avance vers plus d’intégration. Or, c’est exactement ce dont les peuples ne veulent pas. « Prenez les Polonais : ils bénéficient très largement des fonds structurels et pourtant, la Pologne refuse de voir avancer la construction européenne, elle refuse même de rejoindre la zone euro… », commente Christopher Dembik. Las, le Président français pourrait décider de se ranger à l’avis d’Angela Merkel, qui a adopté un ton plutôt conciliant à l’égard de Londres en appelant à « analyser la situation avec calme et retenue ». Bref, Hollande pourrait lui aussi choisir de la jouer cool avec les Britanniques. C’est-à-dire de ne pas trop les presser et de leur proposer, en termes de négociations, une feuille de route très conciliante. C’est d’ailleurs ce que demandent les milieux économiques et financiers. Pour Christopher Dembik, « l’enthousiasme de départ va très vite s’essouffler. Les Européens ont déjà mis en place une Europe à la carte et ce mouvement va s’accentuer. » Jusqu’au délitement total ?