Brexit: L'UE appelle David Cameron à entamer le divorce au plus vite

ROYAUME-UNI Le Royaume-Uni est en proie à une crise ouverte mais doit aussi faire face à l'impatience de l'Union...

Clémence Apetogbor

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Des Anglais abasourdis après la victoire du Brexit, le 24 juin 2016.
Des Anglais abasourdis après la victoire du Brexit, le 24 juin 2016. — JUSTIN TALLIS / AFP

Le Premier ministre David Cameron réunit ce lundi son Conseil des ministres et les députés reprennent leurs travaux, quatre jours après le vote des Britanniques pour sortir de l’Union européenne.

Les premiers mots de David Cameron depuis qu’il a annoncé vendredi sa démission, qui ne sera effective qu’à l’automne, seront scrutés de près, alors que son parti conservateur est en proie aux divisions.

Malaise au sein du Royaume

« Et maintenant ? », titrait dimanche le Sunday Times, résumant l’atmosphère de malaise dans laquelle est plongé le Royaume-Uni depuis le référendum qui a exacerbé les divisions identitaires et politiques et dopé les ambitions sécessionnistes des nationalistes écossais.

« Le Royaume-Uni pour lequel l’Ecosse a voté pour rester en 2014 n’existe plus », a déclaré sur la BBC la Première ministre écossaise Nicola Sturgeon. Elle souhaite un nouveau référendum sur l’indépendance de l’Ecosse après celui de 2014, où le « non » l’avait emporté.

En raison du Brexit, « le contexte et les circonstances ont complètement changé », a estimé Mme Sturgeon, soulignant que si l’ensemble des électeurs britanniques ont voté à 51,9 % pour sortir de l’UE, les Ecossais, eux, ont nettement voté (62 %) pour y rester.

Crise ouverte

Le Brexit a aussi déclenché des guerres intestines dans les deux principaux partis politiques britanniques.

Accusé de ne pas s’être assez engagé dans la défense de l’UE pendant la campagne, le chef des travaillistes Jeremy Corbyn affronte une forte contestation.

La crise ouverte au sein du principal parti de l’opposition a éclaté lorsqu’il a limogé Hilary Benn, l’un de ses adversaires au sein du parti. Dans la foulée, onze responsables du Labour ont démissionné dimanche en signe de protestation.

Mais Jeremy Corbyn, élu à la tête du Labour en septembre 2015 à la surprise générale mais avec un fort soutien populaire, a annoncé qu’il ne démissionnerait pas malgré les critiques.

Toutefois une réunion houleuse l’attend lundi en fin de journée, lors de laquelle pourrait être examinée une motion de défiance à son encontre.

Guerre de succession chez les conservateurs

La tempête touche également depuis vendredi le parti conservateur, où la guerre de succession a démarré.

Selon le journal The Observer, l’ex-maire de Londres et chef de file des pro-Brexit Boris Johnson se prépare à lancer l’offensive sur le parti, mais les partisans du « Remain » (rester) seraient bien décidés à l’arrêter.

Signe d’un Brexit qui a du mal à passer pour une partie des Britanniques, en particulier chez les jeunes, la pétition réclamant l’organisation d’un deuxième référendum dépassait dimanche après-midi les 3,2 millions de signataires.

En plus de ses affaires internes, le Royaume-Uni doit gérer les demandes pressantes des dirigeants et responsables de l’UE d’accélérer un divorce dont David Cameron veut laisser la gestion à son successeur, lequel sera nommé début octobre lors du congrès du parti.

L’UE s’impatiente

Mais alors que Martin Schulz, le président du Parlement européen, a exhorté dimanche David Cameron à entamer la procédure de sortie de l’UE dès mardi à Bruxelles, où démarre un sommet des chefs d’Etat et de gouvernements européen de deux jours, une source officielle européenne a déclaré que ce ne serait pas le cas.

« Nous nous attendons à ce que Cameron présente les résultats du référendum », mais « nous ne nous attendons pas, à ce stade, à ce que Cameron déclenche l’article 50 », la clause du traité de Lisbonne qui enclenchera la sortie du Royaume-Uni de l’UE, a déclaré cette source.

>> A lire aussi : Et si Londres ne déclenchait jamais sa sortie de l'UE?

Samedi, les ministres des Affaires étrangères des six pays fondateurs de l’UE avaient pressé Londres de démarrer le processus de sortie « dès que possible ».

Et le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a exprimé l’impatience de Bruxelles. « Je ne comprends pas pourquoi le gouvernement britannique a besoin d’attendre jusqu’au mois d’octobre pour décider si oui ou non il envoie la lettre de divorce à Bruxelles. J’aimerais l’avoir immédiatement », a-t-il dit.

C’est dans ce contexte délicat que le secrétaire d’Etat américain John Kerry se rend lundi à Londres. Jonh Kerry a déclaré dimanche que les Etats-Unis auraient souhaité voir le Royaume-Uni « prendre une autre direction ».