Brexit: L’indépendance de l’Ecosse est-elle vraiment possible ?

BREXIT 62% des Ecossais s'étaient prononcés en faveur du maintien du Royaume-Uni dans l’Europe...

Caroline Politi

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Un opposant au Brexit tient une pancarte à Londres, le 20 juin 2016
Un opposant au Brexit tient une pancarte à Londres, le 20 juin 2016 — JUSTIN TALLIS AFP

Le Royaume désuni après le Brexit. L’annonce de la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union Européenne a relancé les velléités d’indépendance de l’Ecosse. « L’option d’un second référendum est très clairement sur la table », a déclaré samedi la Première ministre écossaise, Nicola Sturgeon. En 2014, 55 % des Ecossais s’étaient prononcés contre mais le Brexit semble avoir changé la donne : selon un sondage de l’institut Panelbase pour le Sunday Times effectué vendredi et samedi, 52 % des Ecossais seraient tentés de dire « Good Bye » à Londres. Un autre, réalisé vendredi auprès de 1.600 personnes par ScotPulse, arrive même à 59 % d’indépendantistes.

Car la décision de tourner le dos à l’Europe n’est pas de leur fait. 62 % desEcossais se sont prononcés en faveur du « Remain ». Néanmoins, la mobilisation a été plus faible que dans le reste du pays : ils ont été 67 % à faire le déplacement contre 72 % dans l’ensemble du pays. « Le Royaume-Uni pour lequel l’Ecosse a voté pour rester en 2014 n’existe plus », a déclaré ce dimanche Nicola Sturgeon. Et de préciser qu’elle allait préparer les adaptations législatives nécessaires pour avancer vers un référendum, sans toutefois préciser de calendrier.

Si les trois principaux partis écossais ont fait campagne en faveur du maintien dans l’Union européenne, seul le Parti national écossais (SNP) milite désormais pour un nouveau référendum. « Je ne pense pas qu’un second référendum sur l’indépendance contribuerait à nous assurer la stabilité ni qu’il répondrait aux meilleurs intérêts du peuple écossais », a déclaré Ruth Davidson, dirigeante le Parti conservateur en Ecosse. Même son de cloche chez les travaillistes : « Ce dont nous n’avons pas besoin aujourd’hui, c’est plus de troubles et plus de chaos dans l’économie », assure Kezia Dugdale.

Difficultés économiques

Car en quittant le Royaume-Uni, les Ecossais risquent de s’infliger un lourd revers économique. Le déficit budgétaire, de plus de 15 milliards de livres sterling, limite fortement la marge de manœuvre. Cette dernière année, la situation économique s’est fortement détériorée : le pays, fortement dépendant du pétrole, a subi de plein fouet la chute du baril. Par ailleurs, les Britanniques sont les premiers clients : l’instauration de barrière douanière après leur indépendance mettrait un frein aux exportations.

L’indépendance pourrait également entraîner de profonds changements : les Ecossais seraient-ils obligés de passer à l’Euro et d’abandonner la livre Sterling ? D’entrer dans l’espace Schengen ? D’adopter certaines directives européennes ? Jusqu’à présent, ils bénéficiaient des dérogations de la Grande-Bretagne mais sans le reste du royaume, l’Ecosse n’aura pas le même poids dans les négociations.

Table des négociations

Ces annonces pourraient surtout être un moyen pour les autorités écossaises de s’assurer une place à la table des négociations. « Le gouvernement écossais devrait être directement impliqué dans toutes les étapes », a déclaré la première ministre. Elle a notamment insisté sur l’importance de protéger certains acquis, à l’instar de la liberté de circulation. Reste désormais à savoir ce qu’en pense Londres, particulièrement silencieuse sur la question de l’indépendance depuis le Brexit.