Brexit: Pourquoi le Royaume-Uni n'est en fait jamais vraiment entré dans l'UE?

BREXIT Le Royaume-Uni avait signé de nombreux accords dérogatoires depuis son adhésion en 1973…

Caroline Politi
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Des supporters du « non » au Brexit ont lancé une pétition appelant au vote d’un nouveau référendum.
Des supporters du « non » au Brexit ont lancé une pétition appelant au vote d’un nouveau référendum. — PAUL ELLIS

Le Brexit a eu le mérite de mettre les choses au clair. Désormais, la défiance du Royaume-Uni vis-à-vis de l’Union Européenne est entérinée. Les négociations seront certes longues et fastidieuses mais en multipliant les accords dérogatoires, les Britanniques ont mâché le travail des émissaires européens. Schengen, Maastricht… la Grande-Bretagne a toujours eu un pied hors de l’Europe.

Le budget

Six ans à peine après son adhésion, en 1973, à la CEE, le Royaume-Uni réclame une révision de sa participation au budget européen. Margaret Thatcher, avec son célèbre « I want my money back » (« Rendez moi mon argent »), menace de claquer la porte de l’Europe. Elle obtient gain de cause en 1984 et un rabais conséquent. Ainsi en 2014, le Royaume-Uni était certes le quatrième contributeur au budget européen avec 11,3 milliards d’euros versés mais bien loin derrière l’Allemagne (25,9 milliards d’euros), la France (19,5 milliards d’euros) ou l’Italie (14,4 milliards d’euros). Surtout, l’Union Européenne lui a reversé 6,4 milliards pour soutenir la croissance, l’emploi, l’agriculture ou encore les transports. Le calcul est rapide : le pays est déficitaire à hauteur de 5 milliards d’euros, soit 0,23 % de son produit national brut. Peanuts, en somme, comme disent les Anglais.

D’autant que même sorti de l’Union européenne, le Royaume-Uni pourrait continuer à verser de l’argent. Cela dépendra évidemment des négociations et de l’accord qu’il négociera mais difficile d’imaginer qu’il souhaite couper totalement les ponts avec le reste du continent. La Grande-Bretagne pourrait devenir un membre associé, au même titre que la Norvège ou la Suisse, et donc profiter du marché unique et des aides en échange d’une participation au budget (certes moins élevé qu’à l’heure actuelle).

L’espace Schengen

Plus la construction européenne progresse et plus les Britanniques deviennent les champions des régimes dérogatoires. Ils ne conçoivent l’Europe que comme un vaste marché économique et dénoncent avec vigueur toute volonté d’intégration. En 1985, ils refusent de signer (tout comme l’Irlande et Chypre) les accords de Schengen qui entérinent la libre circulation des biens et des personnes. Ils négocient la possibilité de contrôler les citoyens européens à leur arrivée sur le territoire.

Jusqu’à présent, une carte d’identité suffisait. Avec le Brexit, ils pourraient réclamer la mise en place d’un visa. Le feront-ils ? Rien n’est moins sûr : de nombreux citoyens de la couronne résident dans des pays d’Europe qui pourraient exiger la même chose. La décision dépendra des négociations. L’incertitude demeure, en revanche, sur la participation à la coopération policière prévue par les accords de Schengen et appliqué par la Grande-Bretagne.

Le refus d’adopter l’Euro

A la signature du traité de Maastricht en 1992, le Royaume-Uni fait encore figure de rebelle. Le pays refuse catégoriquement d’abandonner la livre sterling au profit de la monnaie unique. Il parvient néanmoins à négocier sa participation aux réunions de l’Eurogroupe. Ce privilège leur sera évidemment retiré.

Si le Royaume-Uni n’a pas à changer de monnaie, le Brexit reste un casse-tête. Les Britanniques perdent leur accès privilégié au marché européen qui représente plus de la moitié de ses transactions. Les taxes et les droits de douane doivent être renégociés.

Vers un renforcement de l’UE ?

Le Royaume-Uni a toujours été une voix dissidente, usant à outrance de son droit de véto. Le Brexit pourrait donc être l’occasion de relancer le projet européen, notamment dans des domaines où les Britanniques étaient frileux. François Hollande a appelé l’Europe à « un sursaut » et un « changement profond » pour faire « évoluer la construction européenne ». Les questions d’une défense et d’une armée commune, de l’immigration, de la sécurité intérieure ou encore d’une assemblée de la zone euro, mises en suspens à cause du scepticisme de nos voisins d’outre-manche, pourraient rapidement refaire surface. Reste désormais aux 27 à réussir à unir leurs voix car sur de nombreux sujets, notamment la crise des réfugiés, les points de vue divergent.