Brexit: Les Français du Royaume-Uni abasourdis par la victoire du «leave»

REPORTAGE «20 Minutes» a sondé quelques Français installés au Royaume-Uni au lendemain des résultats du référendum sur le Brexit...

Laure Cometti
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Le drapeau britannique devant le siège de la Commission européenne  à Bruxelles.
Le drapeau britannique devant le siège de la Commission européenne à Bruxelles. — CHINE NOUVELLE/SIPA

De notre envoyée spéciale à Londres (Royaume-Uni),

Abasourdis, les Français du Royaume-Uni se sont réveillés vendredi avec la nouvelle de la victoire du camp pro-Brexit au référendum sur l’Union européenne. « Je me suis couchée rassurée après les premiers résultats, le réveil a été abrupt », raconte Marie, qui a eu « les larmes aux yeux » en voyant que le Leave (pour « quitter » l’UE) avait recueilli 52 % des suffrages. « Ça a été comme une douche froide ». Sa journée de travail vendredi lui a semblé longue et morose, comme pour beaucoup de Français interrogés par 20 Minutes à Londres.

« On ne parlait que de ça »

« Au bureau, nous sommes une vingtaine, dont seulement trois Anglais. Le reste des employés vient de pays européens. Tout le monde était choqué, on ne parlait que de ça », raconte Arnaud de Montille, Français installé depuis 13 ans à Londres et cofondateur de Merci Maman. Le Brexit a aussi eu un impact sur les affaires, très calmes. « Ça été une de nos pires journées en termes de ventes ». Père de famille, il a entendu ses enfants de 9 et 12 ans s’interroger : « Mais ça veut dire que les Anglais nous aiment pas ? » « Est-ce que ça veut dire qu’on va rentrer en France ? ».

Le soir, au pub, le Brexit a de nouveau été au centre de ses conversations avec des amis Français installés à Londres. « Avant, on était complètement dans l’Europe à Londres, aujourd’hui on se sent un peu plus comme des immigrants », observe Arnaud. « C’est de l’ordre du ressenti, et cela va sûrement passer », tempère-t-il. Il espère que « quelque chose de positif » pourra sortir de ce vote, « que l’on pourra relancer le rêve européen ».

« C’était une très mauvaise journée pour les affaires et ce week-end c’est encore très calme pour la saison », confirme Jean-Baptiste, au restaurant Chez Antoinette. sa compagne Aurélia a ouvert cette adresse Frenchie il y a deux ans. Le couple vient d’acheter un appartement à Londres. « On a signé le jour du référendum », sourit Jean-Baptiste. résident au Royaume-Uni depuis dix ans, il aurait pu voter s’il avait fait les démarches. Au vu du résultat, il a ce samedi « un peu de regrets ».

« On connaît tous un Australien ou un Néo-zélandais qui s’est fait expulser »

Marie, 31 ans, est arrivée à Londres il y a à peine un an. Après quelques semaines d’intérim, elle a été embauchée dans un grand hôtel de la capitale. Promue responsable de l’événementiel après quelques mois, elle estime qu’elle n’aurait jamais connu une évolution professionnelle aussi rapide en France. « Mais je me demande de plus en plus si c’est dans mon intérêt de rester ». Elle craint davantage de perdre ses droits à la retraite, plutôt que son emploi, quoique… « Parmi mes amis, on connaît tous un Australien ou un Néo-zélandais qui s’est fait expulser », après l’entrée en vigueur en avril dernier d’une loi imposant aux travailleurs étrangers hors UE, résidant dans le pays depuis moins de dix ans, de gagner au moins 3.700 euros par mois pour pouvoir rester dans le pays.

La chute de la livre, source d’inquiétude

Pour le moment et très concrètement, la chute du cours de la livre inquiète nombre de Français outre-Manche. « Pour mon budget, une livre à 1,23 euro, c’est vraiment mauvais », s’inquiète Justine, 26 ans. Consultante en développement durable, elle rembourse chaque mois une partie de son prêt étudiant, en euro. Une livre moins forte joue donc à son désavantage, d’autant que le montant de son loyer et de ses charges, en livres, reste fixe. « On est très tributaires des variations des taux », observe-t-elle, se rappelant que lorsque Boris Johnson avait annoncé sa décision de faire campagne pour le Brexit, la livre avait déjà chuté (le « Boris effect » ou « effet Boris »). Or une réduction de budget peut vite poser problème àLondres, l’une des villes les plus chères au monde.

Comme Justine, les Français payés en monnaie britannique vont un peu perdre au change lorsqu’ils rentreront en France pour rendre visite à leur famille ou leurs amis. Sur plusieurs groupes Facebook de Français à Londres, certains regrettent de n’avoir pas changé des livres en euros ou dollars avant le référendum. La plupart ne croyaient pas à une victoire du Leave (pour « quitter » l’UE). Certains se réjouissent toutefois de la victoire du Leave, comme Charles, un jeune Français qui souhaite « célébrer avec eux [les Britanniques] leur sortie de l’UE » et s’enquiert sur Facebook : « Savez-vous s’il y a un lieu de rassemblement de prévu samedi soir pour faire la fête à Londres leur sortie de l’UE ? »

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Passé le stade de la stupeur, le sentiment un peu amer d’avoir « perdu un ami » se fait parfois ressentir. Marie s’interroge : « Tu te demandes forcément si tu as envie de rester dans un pays qui ne partage pas tes valeurs, qui ne veut pas vraiment de toi ». Autour d’elle, ses amis français qui ont vécu suffisamment longtemps outre-Manche songent à demander la nationalité britannique, comme son colocataire, qui vient de lancer les démarches.

Depuis plusieurs semaines, les Frenchies d’outre-Manche attendaient de savoir « à quelle sauce ils seraient mangés », comme le confiait Charlotte à 20 Minutes. Il leur faudra attendre encore un peu, d’ici le début des négociations, pour en savoir plus.