Brexit: Boris Johnson, «le bouffon» qui se rêve en nouveau Premier ministre britannique

BREXIT L’ancien maire de Londres, qui a fait campagne pour le Brexit, est désormais aux portes du 10 Downing Street…

Caroline Politi

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L'ancien maire de Londres Boris Johnson, lors d'un meeting Vote Leave à Newcastle, le 16 avril 2016.
L'ancien maire de Londres Boris Johnson, lors d'un meeting Vote Leave à Newcastle, le 16 avril 2016. — Adam Davies/LNP/Shutter/SIPA

« Nous ne pouvons pas tourner le dos à l’Europe ». Après avoir mené une campagne particulièrement violente en faveur du Brexit, Boris Johnson s’est attaché vendredi à éteindre le feu qu’il avait lui-même allumé. « Rien ne changera à court terme si ce n’est que le travail devra démarrer pour appliquer la volonté du peuple et sortir de ce système supranational », a-t-il affirmé. Oubliée la comparaison entre Bruxelles et Hitler essayant de créer un super-Etat, la peur d’une vague de millions d’immigrés prête, selon lui, à déferler sur les côtes britanniques : « Une vague d’assassins, de terroristes et de kidnappeurs venus de pays comme la Turquie ». Assagi Boris Johnson ? Plutôt tacticien. En boutant le Royaume-Uni en dehors de l’Union Européenne, il se place désormais comme le favori pour remplacer David Cameron au 10, Downing Street. D’où l’importance de se positionner en futur Premier ministre.

Une popularité inégalée

Pendant des mois, pourtant, il a louvoyé, fustigeant la toute-puissance européenne, mais refusant de prendre clairement position. Et puis le couperet est tombé le 21 février : il réunit les journalistes devant le perron de sa maison pour leur annoncer qu’il soutient le Brexit. Neuf minutes avant, il a envoyé un texto à David Cameron pour le prévenir. Un véritable camouflet pour le Premier ministre car en une dizaine d’années, Boris Johnson est incontestablement devenu l’un des hommes politiques les plus populaires du pays. Elu député en 2001, il ravit la m airie de Londres aux travaillistes en 2008 puis est réélu en 2012. Si son bilan à la tête de la capitale britannique est bien maigre pour certains, c’est sa personnalité, plus que sa politique qui semble séduire les Britanniques.

Sa tignasse blonde platine est devenue sa marque de fabrique, ses costumes mal taillés son uniforme. Ses dérapages sexistes, homophobes voire racistes noircissent les pages des tabloïds. On ne compte plus les photos gênantes de celui que la presse surnomme régulièrement le bouffon, comme celle où il est coincé sur une tyrolienne, à six mètres de hauteur pour les Jeux Olympiques. D’ailleurs, en Grande-Bretagne, tout le monde l’appelle par son prénom. Les vélos gratuits mis à disposition des Londoniens sont surnommés les « Boris Bikes », les bus électriques les « Boris Bus »… Quel homme politique peut se vanter d’une telle popularité ? Et ce, alors même que Boris n’est pas vraiment prénom.

L’ambition chevillée au corps

Boris, se prénomme en réalité Alexander. Selon son biographe, Boris est son second prénom, une « blague » de ses parents en référence à un Russe croisé en vacances. Qu’importe, à l’adolescence, conscient qu’un prénom original sera plus marquant, il choisit de se faire appeler ainsi. Car Boris Johnson à l’ambition chevillée au corps. Selon sa sœur, enfant, il rêvait de devenir « roi du monde », raconte son biographe Andrew Gimson. Plus réaliste, il visera en grandissant le 10 Downing Street, la résidence du Premier ministre

S’il se présente comme un homme proche du peuple face à l’establishement pro-européen, Boris Johnson n’est pas du tout issu d’un milieu populaire. Né en 1964 à New York, il a suivi une scolarité dans les établissements les plus prestigieux de Grande-Bretagne : l’élitiste Eton College – où il deviendra un ami proche de Charles Spencer, le frère de Lady Di - puis l’université d’Oxford.

L’Euroscepticisme

Son choix de soutenir le camp du « Leave » a été vu par ses opposants comme de l’opportunisme politique. Pourtant, dans une ancienne vie, lorsque Boris Johnson était journaliste, il défendait déjà l’idée d’une Europe mortifère. Après un passage express au Times - il est licencié un an après son arrivée pour avoir inventé une citation – Boris Johnson est repêché par le Daily Telegraph qui l’envoie pendant cinq ans, entre 1989 et 1994, à Bruxelles.

Les pages du quotidien deviennent alors le support de ses chroniques eurosceptiques. Il déniche jour après jour les directives les plus aberrantes, sur la taille réglementaire des saucisses ou la courbure des bananes - selon lui, les hauts fonctionnaires exigent de manger des « bananes droites » - avec une mauvaise foi qui régale les conservateurs, au point de devenir le journaliste favori de Margaret Thatcher. Jacques Delors, à l’époque président de la commission européenne, devient sa tête de turc. « Il n’inventait pas à proprement parler les histoires mais il était dans l’exagération », se souvient Christian Spillmann, journaliste de l’AFP en poste à Bruxelles pendant « les années Boris ».

« Honte à vous »

Reste à savoir si Boris Johnson parviendra à faire oublier les excès de sa campagne en faveur du « Leave ». Vendredi soir, une centaine de Londoniens attendait l’ancien maire devant son domicile. « Honte à vous », « Vous allez le payer ! » a hurlé la foule en le huant, tentant d’empêcher sa voiture de progresser tandis que la police essayait de faire barrage. Une pétition, ayant d’ores et déjà recueilli un million de signatures, réclame un nouveau vote. Boris Johnson parviendra-t-il à s’en sortir avec une nouvelle pirouette ?