A l'Est de Londres, les pro-Brexit savourent «un jour de fierté pour les Britanniques»

REPORTAGE En dehors de Londres, de nombreuses circonscriptions anglaises ont voté en faveur du Brexit lors du référendum du 23 juin 2016...

Laure Cometti
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La station de transports en commun de Dagenham, dans la banlieue Est de Londres (Royaume-Uni), le 24 juin 2016.
La station de transports en commun de Dagenham, dans la banlieue Est de Londres (Royaume-Uni), le 24 juin 2016. — L. Cometti / 20 Minutes

De notre envoyée spéciale à Londres (Royaume-Uni),

« Yes ! » Lorsqu’ils ont vu les résultats du référendum sur l’Union européenne ce vendredi matin, ces trois amis répondent en brandissant le poing qu’ils ont crié de joie. Pourtant, ils étaient « un peu pessimistes », souligne Jim, la cinquantaine, qui ne s’attendait pas à ce que le Leave (pour « quitter » l’UE) remporte près de 52 % des suffrages jeudi. Attablé en terrasse d’un café de Dagenham, dans la banlieue Est de Londres, il savoure ce résultat avec D.C et Gemma, toutes deux âgées d’une cinquantaine d’années. Cette ville appartient à la circonscription électorale de Barking and Dagenham, peuplée d'un peu moins de 200.000 habitants, où le taux de chômage est l'un des plus élevés du Grand Londres (près de 10%). Ici, 62 % des électeurs ont voté pour que le Royaume-Uni quitte l’Union des 28, avec un taux de participation de 63 % (contre 72 % à l’échelle du pays).

Les résultats du référendum du 23 juin 2016 dans la circonscription de Barking and Dagenham (Royaume-Uni), par la BBC.
Les résultats du référendum du 23 juin 2016 dans la circonscription de Barking and Dagenham (Royaume-Uni), par la BBC. - BBC

Après une courte nuit, Jim, D.C. et Gemma savourent la victoire du camp pro-Brexit. Tous trois sympathisants de Ukip, le parti de l’indépendance du Royaume-Uni mené par Nigel Farage. « Maintenant, pourvu que les choses changent », lâche D.C., sceptique quant aux intentions du gouvernement, et de David Cameron, qu’elle ne porte pas dans son cœur. Selon cette ancienne militante travailliste, le bon score du Leave à Dagenham est dû « à la présence de nombreux immigrés, qui submergent les services sociaux de la ville. On doit attendre des mois pour avoir un rendez-vous chez le médecin, ou accéder à un logement », s’emporte-t-elle. « A Londres, ils ont de l’argent qu’ils ont peur de perdre », estime-t-elle au sujet de la victoire du Remain dans la capitale britannique.

Loin de la sinistrose qui règne à La City de Londres, Jo est « d’excellente humeur ». « Aussi heureuse que si l’Angleterre avait gagné l’Euro ! », lance cette employée de banque âgée d’une trentaine d’années qui a voté Leave car « c’est un choix qui [la] fait se sentir en sécurité ». Pour Nick, arrivé à Dagenham en 1999, « la situation s’est dégradée au fil des années ». Ce maçon lituanien blâme certains immigrés plus récents que lui, « qui ne travaillent pas et touchent des aides sociales », alors que lui « a travaillé dur pour s’acheter une maison ».

« Un jour de fierté pour les Britanniques »

Devant un kiosque, un jeune étudiant pro-Leave et une retraitée pro-Remain débattent calmement. Une quarantaine d’années sépare Mary et Jo, qui ne se connaissaient pas avant de se retrouver côte à côte à contempler la Une des journaux. L’un avec joie, l’autre avec inquiétude.

« J’ai voté Remain, pour mes enfants et mes petits-enfants, et aujourd’hui je me fais du souci pour leur avenir », explique Mary. « Il n’y a pas de quoi s’inquiéter pour les jeunes, nous pourrons toujours voyager, et il y aura plus d’emplois, avec de meilleurs salaires, et une meilleure sécurité grâce au contrôle des frontières », lui répond le jeune homme de 20 ans, qui a fait campagne pour le Leave à Dagenham. « C’est une révolution pour les classes populaires, et c’est un jour de fierté pour les Britanniques, et pour la démocratie, et même l’Europe, car j’espère que d’autres pays de l’UE vont partir », poursuit-il. « Fou de joie », il fêtera ce soir la victoire du Leave avec ses amis, eux aussi pro-Brexit.

Le centre commercial de Dagenham, dans la banlieue Est de Londres (Royaume-Uni), le 24 juin 2016.
Le centre commercial de Dagenham, dans la banlieue Est de Londres (Royaume-Uni), le 24 juin 2016. - L. Cometti / 20 Minutes

Contrôle de l’immigration, souveraineté nationale et prospérité sont des arguments qui reviennent souvent dans la bouche des électeurs pro-Leave de Dagenham. Le sentiment d’être les laissés pour compte de la mondialisation, parfois teinté de quelques relents racistes. Ils aiment aussi citer l’exemple de la Suisse, « dont l’économie est florissante, et qui ne fait pas partie de l’UE », souligne Robert Parker. « C’est sûr que ça va être compliqué dans les prochaines années, mais d’ici 15 ans notre pays ira beaucoup mieux qu’avant le Brexit », prédit le septuagénaire, avant d’ajouter : « Enfin, je ne serai plus là ».

Des électeurs pro-UE déconfits

On croise tout de même des électeurs déçus par le résultat du référendum dans les rues de Dagenham. Paolo, un quinquagénaire d’origine italienne qui a voté Remain, est « triste » et « inquiet ». Il a essayé de partager son europhilie avec une partie de son entourage pro-Leave, en vain.

Imiran, propriétaire d’une boutique de téléphones, a le cœur lourd ce vendredi. « Je suis allé au bureau de vote hier, mais je me suis découragé car il y avait une longue file d’attente ». Aujourd’hui, il s’en mord les doigts. Cet Afghan arrivé en Angleterre il y a cinq ans s’inquiète de l’instabilité économique entraînée par un Brexit et s’indigne des arguments des pro-Brexit sur l’immigration. « Je paie mes impôts, mes factures, je consomme, je rapporte de l’argent à ce pays. Je pense que les pro-Brexit vont se rendre compte dans deux, trois mois, qu’ils ont pris une mauvaise décision », conclut-il.