Les jeunes britanniques sont-ils la clé du référendum sur le Brexit?

MONDE Les jeunes Britanniques, majoritairement pro-européens selon les sondages, sont aussi moins enclins que leurs aînés à se rendre aux urnes...

Laure Cometti
— 
"Plus d'emplois. Des prix plus bas. Un avenir plus fort." Les anti-Brexit écossais veulent mener une campagne positive pour se différencier du camp du "Leave".
"Plus d'emplois. Des prix plus bas. Un avenir plus fort." Les anti-Brexit écossais veulent mener une campagne positive pour se différencier du camp du "Leave". — L. Cometti / 20 Minutes

De notre envoyée spéciale à Londres (Royaume-Uni),

Et si les jeunes britanniques pouvaient faire basculer l’avenir du Royaume-Uni ce jeudi ? Les deux camps, partisans du Brexit ou du maintien dans l’Union européenne (UE), n’ont pas ménagé leurs efforts pour rallier cet électorat touché par l’abstention. Si les sondages révèlent une jeunesse britannique plutôt proeuropéenne, certains moins de 30 ans sont séduits par le discours du camp du Leave (pour « quitter » l’UE).

Des jeunes parfois dégoûtés de la politique

D’un point de vue sociodémographique, l’avantage du Remain (pour « rester » dans l’UE) semble net parmi les jeunes. Plusieurs sondages ont mis en lumière ce fossé générationnel. Le dernier en date,réalisé par YouGov indique que les électeurs de moins de 30 ans sont à 73 % favorables au Remain, contre 27 pour le Leave, tandis qu’à partir de 60 ans et plus, les électeurs sont partisans du Brexit, à 63 % contre 37 %. Etant donné que le taux de participation est plus élevé chez les seniors, ce sentiment pro-UE de la jeunesse britannique pourrait ne pas s’exprimer pleinement dans les urnes ce jeudi.

D’autant que de nombreux jeunes se désintéressent presque totalement de la politique, à l’instar de Leene. « Je n’ai pas suivi la campagne, ça ne m’intéresse pas, comme tous les débats politiques en général. Les hommes politiques disent tous la même chose », lâche-t-elle, un peu désabusée dans un café de Glasgow où elle travaille comme serveuse. Comme cette Ecossaise, de nombreux jeunes ont été au mieux indifférents, au pire exaspérés par la campagne du référendum.

« Génération Erasmus »

Pour enrayer l’abstention, des groupes de jeunes se sont mobilisés. L’organisation non-partisane Bite the ballot [littéralement, « mords le bulletin de vote »] a organisé de nombreux débats, retransmis sur Snapchat, Periscope, Twitter et Facebook Live pour encourager les jeunes déçus de la politique à s’intéresser aux sujets complexes autour de l’UE.

La veille du scrutin, ces jeunes bénévoles ont organisé un café-débat pour les indécis. Détournant le format du speed dating, les participants étaient invités à participer à des tables-rondes de huit minutes chrono sur l’immigration, l’identité, l’économie et l’environnement, avant de voter « in » ou « out » à l’aide d’autocollants colorés.

Si rares étaient les vrais indécis lors de ce rendez-vous, les participants incarnaient bien cette génération parfois baptisée « génération Easyjet » ou « génération Erasmus », du nom de la compagnie aérienne à bas prix et du programme universitaire européen. De jeunes britanniques, dont certains sont originaires de l’étranger, qui voyagent étudient, travaillent à travers l’Europe. « Je pars étudier à Paris dans trois mois. Sans une bourse Erasmus, ma famille n’aurait pas eu les moyens de financer de telles études », souligne Sophie, rencontrée par 20 Minutes à Glasgow.

Les jeunes anti-Brexit n’idéalisent pas pour autant les institutions de Bruxelles. « J’aime l’idéal européen, mais je pense qu’il faut changer certaines choses, sinon l’euroscepticisme va gagner du terrain », observe Ewen, 24 ans, qui travaille pour une banque à Glasgow. « Remain and Reform » [rester et réformer], résume Ali, qui distribue des tracts pro-UE dans le quartier de Camden à Londres.

Défiance vis-à-vis de Bruxelles

Si l’âge est un indicateur pertinent, de surcroît dans des grandes villes comme la cosmopolite Londres ou l’écossaise Glasgow [selon les sondages les Ecossais sont plus pro-euroépens que les Anglais], de nombreux jeunes sont dans le camp pro-Brexit. L’organisation Vote Leave n’a pas hésité à les mettre en avant dans son dispositif de communication, consciente de cet atout en termes d’image.

Les jeunes pro-Leave dénoncent avant tout « le manque de démocratie » du système européen. « C’est au gouvernement que nous élisons de décider de nos lois, pas à un groupe de 28 que les électeurs britanniques ne voient pas, n’élisent pas et à qui ils ne peuvent pas demander des comptes », tance Matt, 18 ans.