Brexit: A Londres, les électeurs sont «nerveux» ou «pleins d'espoir» mais surtout «soulagés»

REPORTAGE Environ cinq millions d'électeurs sont appelés aux urnes ce jeudi dans la capitale britannique pour se prononcer sur le maintien ou non du Royaume-Uni dans l'Union européenne...

Laure Cometti
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Un bureau de vote à Wimbledon, dans le district de Londres (Royaume-Uni), le 23 juin 2016, pour le référendum sur l'Union européenne.
Un bureau de vote à Wimbledon, dans le district de Londres (Royaume-Uni), le 23 juin 2016, pour le référendum sur l'Union européenne. — Amer Ghazzal/Shuttersto/SIPA

De notre envoyée spéciale à Londres (Royaume-Uni),

Dès le petit matin, les Londoniens se sont calmement dirigés vers les bureaux de vote de la capitale britannique, sous une pluie fine presque douce après les violents orages de la nuit. Les cinq millions d’électeurs de Londres (sur un total de 46 millions) se prononcent ce jeudi sur le maintien ou non du Royaume-Uni dans l’Union européenne (UE).

Partagés entre la peur et l’espoir, la plupart des électeurs se disent soulagés que le jour J soit enfin arrivé. La campagne a été longue. Après l’assassinat de la députée Jo Cox, les camps pro et anti Brexit ont suspendu leur campagne durant quelques jours, avant de reprendre de plus belle leurs activités et leurs débats acharnés.

« Je suis un peu inquiet mais j’espère que les gens vont reprendre leurs esprits »

« Je suis un peu inquiet. J’espère que les gens vont reprendre leurs esprits après cette campagne », marmonne Jim, qui arbore un autocollant « Labour In » (du parti travailliste, dont le leader Jeremy Corbyn soutient le maintien dans l’UE). « S’il y a un Brexit, je ferai renouveler mon passeport irlandais », dit-il en triturant nerveusement sa carte d’électeur.

Jessica, quadragénaire pro-Remain (pour « rester » dans l’UE), fronce les sourcils en sortant de ce bureau de vote du quartier de Saint-Pancras à Londres. « Je suis nerveuse », lâche-t-elle. Jonathan a lui aussi voté pour le maintien dans l’Union, mais il se montre plus optimiste. « J’ai bon espoir, nous allons rester membre des 28 », souffle le jeune homme.


« Ce pays mérite un nouveau départ »

L’anxiété n’est pas l’apanage des seuls partisans du Remain. Dans le camp pro-Brexit, la nervosité est palpable. « Ce pays mérite un nouveau départ. Il y a trop de monde dans ce pays », estime Frances, une sexagénaire. Dans son sillage, une jeune femme confie avoir elle aussi voté Leave, sans souhaiter s’exprimer davantage sur le sujet.


Un couple de personnes âgées plus prolixes sort du bureau de vote. « Je suis ravi que l’on me donne enfin une chance de dire ce que je pense, cela fait des années que je dis qu’on doit foutre le camp de l’UE ! [get the F*** out of EU en version originale] », sourit un vieil homme édenté devant le bureau de vote. Et si le Remain arrive en tête ? « La vie continue », réplique-t-il.

Une campagne longue et éprouvante

Après des semaines de débats politiques très médiatiques, le choix n’a pas été facile pour tous les électeurs. « Je suis sceptique. Ma tête me disait de voter d’une certaine manière, et mon cœur d’une autre », explique Shane, pressé de se rendre au bureau.


Nombreux sont ceux qui craignent que quel que soit le résultat du référendum, le pays ne soit plus le même. « Ces mois de campagne ont remis en en question l’unité du Royaume soi-disant Uni », observe Sean, 29 ans.

Selon un habitant du quartier qui supervise le scrutin dans ce bureau de vote, l’affluence est supérieure à ce qu’il a pu observer lors de précédentes élections. « On nous a distribué plus de bulletins que d’habitude ». Le taux de participation, qui ne devrait pas être connu avant cette nuit, sera crucial. « Je suis vraiment content d’avoir vu des jeunes dans le bureau de vote », souligne Jake. Plutôt pro-Remain selon les sondages, la jeunesse est moins prompte à se déplacer pour voter, du moins lors des élections générales. Les électeurs ont jusqu’à 22 heures ce jeudi pour se rendre aux urnes.