Une plage de Djerba en Tunisie.
Une plage de Djerba en Tunisie. — Paul Schemm/AP/SIPA

VOYAGES

Un an après l'attentat de Sousse, comment se porte le tourisme en Tunisie?

Les stigmates de ce drame sont toujours perceptibles dans les hôtels et les restaurants...

Ce dimanche, cela fera tout juste un an que l’attentat sur une plage et dans un hôtel de Sousse a eu lieu, et qui a coûté la vie à 38 personnes. Et les stigmates de ce drame sont toujours perceptibles sur le tourisme, d’autant qu’un autre attentat a eu lieu à Tunis en novembre dernier contre la garde présidentielle.

Des images qui ont marqué les esprits

Impossible dans ce contexte de faire revenir les sept millions de touristes que le pays accueillait avant la révolution de jasmin de 2011 et qui permettaient au secteur de générer 7 % du produit intérieur brut. « Sur le premier semestre 2016, la baisse de visiteurs européens est de -34 % par rapport à la même période en 2015. Et certaines destinations comme Tozeur ont particulièrement trinqué », indique à 20 minutes Wahida Jaiet, directrice de l’ONTT (Office national de tourisme tunisien), à Paris. Et d’après la Banque centrale, la chute des recettes touristiques au premier trimestre 2016 a atteint 51,7 % par rapport à la même période en 2015.

Il faut dire qu’un an après l’attentat de Sousse (au cours duquel 30 Britanniques ont été tués), le Foreign office continue à déconseiller à ses ressortissants tout voyage « non essentiel » en Tunisie. « L’image des morts sur les plages a fortement marqué les esprits et les touristes craignent qu’avec un régime politique qui n’est pas stable, les moyens sécuritaires ne soient pas assurés «, commente Georges Panayotis, PDG de MKG Group, un cabinet d’étude spécialisé dans le tourisme. « La clientèle tunisienne est avant tout familiale et lorsqu’on voyage avec ses enfants, on évite le moindre risque, même s’il n’y a pas plus de risque d’être victime d’un attentat à Tunis qu’à Paris », ajoute Didier Arino, directeur du cabinet Protourisme.

Une éclaircie cet été

Mais malgré ces mauvais chiffres, « on perçoit un frémissement de relance du tourisme pour cet été », observe Wahida Jaiet. Selon l’ONTT, sur les cinq principaux tour-opérateurs français qui travaillent avec la Tunisie, deux affichent une augmentation des réservations de 10 à 15 % par rapport à la saison estivale de 2015. « Et sur la centaine d’hôtels qui ont fermé après l’attentat de Sousse, une quarantaine a rouvert cet été », observe Wahida Jaiet. Un avis partagé par la ministre tunisienne du Tourisme, Salma Rekik Elloumi, qui a fait état à l’AFP en mai de « légère reprise » du secteur.

Signes encourageants : Marmara et le Club Med ont ou vont rouvrir certains de leurs établissements en Tunisie. « Cet été, le Club Marmara Palm Beach Djerba, le Sensimar Palm Beach Palace réservé aux couples à Djerba et le Robinson club Djerba Bahiya haut de gamme sont proposés à nos clients », précise à 20 minutes le groupe TUI France. Et la réouverture du village historique du Club Med de Djerba La Douce met du baume au cœur aux acteurs du secteur. « Ce sont des marques fortes qui peuvent avoir un effet entraînant », souligne ainsi René Marc Chikli, président du Seto (Syndicat des entreprises du tour operating). Et si les Européens ne reviendront pas encore massivement en Tunisie, le pays devrait pouvoir compter cette année encore sur des touristes locaux, ainsi que sur des Algériens (ils étaient 1,5 million en 2016), Russes (450.000 sont attendus dans le pays en 2016) et Libyens.

Des moyens sécuritaires renforcés

Pour séduire à nouveau la clientèle européenne, les autorités locales ont mis le paquet. « Elles ont effectué un réel effort de sécurité », estime René Marc Chikli. Si dès l’été dernier, des militaires armés gardaient les principales plages touristiques et des vigiles assuraient la fouille ainsi que le contrôle des véhicules à l’entrée des hôtels, le directeur général de la sécurité publique Omar Messaoud a annoncé samedi le renforcement du dispositif sécuritaire. Cet été, 1.500 agents de sécurité seront mobilisés et 72 postes de sécurité supplémentaires seront mis en place sur les principaux sites touristiques pour garantir le bon séjour des touristes et vacanciers tunisiens. « Les relations avec différents pays partenaires ont aussi été renforcées pour améliorer le renseignement. Et dans les musées, les sites archéologiques, les aéroports, les ports et les parcs d’attractions, les mesures de sécurité visibles et invisibles ont été aussi renforcées », constate Wahida Jaiet. Par ailleurs, le président de la République Béji Caïd Essebsi a annoncé ce lundi la prolongation pour un mois de l’état d’urgence déjà en vigueur dans le pays depuis novembre dernier.

Des mesures qui décideront peut-être les Européens qui se décident à la dernière minute de sauter le pas, avance René Marc Chikli : « La Tunisie, c’est le soleil garanti et des prix ultra-compétitifs, cela peut faire réfléchir les Français qui n’ont pas encore réservé ». Et selon lui, même si le redémarrage de la destination sera très progressif, il aura forcément lieu : « les tour-opérateurs ne pourront jamais retrouver la capacité hôtelière de la Tunisie avec une telle qualité balnéaire. C’est ce qui rend la destination incontournable ». Quoi qu’il en soit, selon Didier Arino, le tourisme tunisien est condamné à évoluer : « son tort jusqu’ici a été d’être très dépendant des tour-opérateurs, là où le Maroc l’est beaucoup moins, car il a su s’éloigner du tourisme de masse pour aller vers un tourisme de niche. C’est un exemple que la Tunisie devrait suivre, en développant des offres très variées : du tourisme culturel, de bien être… », estime-t-il.