Syrie: Le cimentier Lafarge aurait passé «des arrangements» avec l'organisation de l'Etat islamique

DAESH Le groupe voulait à tout prix poursuivre ses activités à la cimenterie de Jalabiya en 2013 et 2014…

H. B. avec AFP

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Une usine de ciment du groupe français Lafarge à Paris, le 7 avril 2014
Une usine de ciment du groupe français Lafarge à Paris, le 7 avril 2014 — Franck Fife AFP

Le cimentier Lafarge, l’un des fleurons de l’industrie française, est en pleine tourmente. Le groupe aurait tenté en 2013 et 2014 de faire fonctionner « coûte que coûte » son usine en Syrie « au prix d’arrangements avec les groupes armés environnants, dont l’organisation de l’Etat islamique (EI) », affirme ce mardi Le Monde.

Le groupe Lafarge, qui a depuis fusionné en 2015 avec le suisse Holcim pour devenir un géant des matériaux de construction, n’a pour l’instant fait aucune déclaration.

Des échanges de mails avec Daesh

Tout se serait déroulé à la cimenterie de Jalabiya, située à 150 kilomètres au nord-est d’Alep (deuxième ville de Syrie), rachetée par Lafarge en 2007 et mise en route en 2011. « Jusqu’en 2013, la production se maintient malgré l’instabilité croissante dans la région due à la guerre civile qui a débuté en 2011 », relève Le Monde. Mais, « à partir du printemps 2013 » l’EI « prend progressivement le contrôle des villes et des routes environnant l’usine de Lafarge », ajoute le journal.

« Des courriels envoyés par la direction de Lafarge en Syrie, publiés en partie par le site syrien proche de l’opposition Zaman Al-Wasl et que Le Monde a pu consulter, révèlent les arrangements de Lafarge avec le groupe djihadiste pour pouvoir poursuivre la production jusqu’au 19 septembre 2014, date à laquelle l’EI s’empare du site et Lafarge annonce l’arrêt de toute activité », explique Le Monde.

« Un laissez-passer estampillé du tampon de l’EI »

Lafarge, qui cherche à garantir l’accès à l’usine de ses ouvriers et des marchandises, missionne notamment un certain Ahmad Jaloudi « pour obtenir des autorisations de l’EI pour laisser passer les employés aux checkpoints ».

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Des échanges de mails « permettent de conclure que la direction de Lafarge à Paris était au courant de ces efforts », selon Le Monde.

Autre preuve du quotidien : « Un laissez-passer estampillé du tampon de l’EI et visé par le directeur des finances de la wilaya (région) d’Alep, daté du 11 septembre 2014, atteste des accords passés avec l’EI pour permettre la libre circulation des matériaux ». Pour pouvoir fabriquer le ciment, Lafarge est aussi passé par « des intermédiaires et des négociants qui commercialisaient le pétrole raffiné par l’EI, contre le paiement d’une licence et le versement de taxes », assure le journal.

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