Italie: Victorieux à Rome, l'inclassable Mouvement 5 étoiles doit faire ses preuves

ELECTIONS Le Mouvement 5 étoiles, né en 2009, représente la deuxième force politique dans les sondages nationaux italiens et vient de remporter les municipales à Rome et Turin…

Anne-Laëtitia Béraud

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La candidate à la mairie de Rome Virginia Raggi, lors d'un meeting du mouvement 5 étoiles à Osti, près de Rome, le 17 juin 2016.
La candidate à la mairie de Rome Virginia Raggi, lors d'un meeting du mouvement 5 étoiles à Osti, près de Rome, le 17 juin 2016. — Luigi Mistrulli/SIPA

Le petit Poucet est devenu un mastodonte. Né en 2009, le Mouvement cinq étoiles (M5S) a signé, dimanche soir, l’une de ses plus belles victoires électorales. Ses candidates Virginia Raggi et Chiara Appendino ont triomphé aux municipales de Rome et Turin. Les trentenaires ont écrasé leurs concurrents du Parti démocrate (PD), la formation de centre gauche du chef du gouvernement Matteo Renzi. La formation populiste lancée par le duo Beppe Grillo-Gianroberto Casaleggio représente aujourd’hui la deuxième force politique du pays.

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Après Parme et Livourne, le M5S accroche à son tableau de chasse la capitale italienne et l’une des grandes villes du Nord, Turin. Ce succès est cependant à nuancer, selon Filippo Tronconi, professeur associé de sciences politiques et sociales à l’université de Bologne. « La victoire à Rome est symboliquement importante, car la politique du M5S y sera visible et scrutée. Mais ce serait oublier que le M5S était présent dans 200 des 1 300 communes où il y avait des élections. Et qu’il a été balayé dans d’autres grandes villes, comme Milan et Naples », explique ce spécialiste italien des mouvements politiques.

« Le M5S va devoir se confronter à la réalité »

Le M5S est désormais à l’heure de la clarification, estime Alberto Toscano, journaliste et écrivain italien : « Le M5S va devoir se confronter à la réalité, faire évoluer ses méthodes jugées autoritaires, clarifier son programme et démontrer sa capacité à agir face aux problèmes du quotidien. La gestion de la ville de Rome, qui cumule plus de 10 milliards d’euros de dettes, est très compliquée, avec des services publics qui ne fonctionnent pas. »

Le leader du Mouvement 5 étoiles Beppe Grillo lors d'un discours au Cirque Maxime de Rome le 10 octobre 2014
Le leader du Mouvement 5 étoiles Beppe Grillo lors d'un discours au Cirque Maxime de Rome le 10 octobre 2014 - Filippo Monteforte AFP

La tâche est rude, et la gestion des nouvelles maires rejaillira sur la formation et son chef Beppe Grillo. « Les victoires de Virginia Raggi et Chiara Appendino leur donnent du poids dans le mouvement. Elles incarnent les nouveaux visages du M5S et l’avenir dira si elles arrivent à être autonomes par rapport à la direction du M5S », souligne Filippo Tronconi. Mais cette position est fragile, nuance le journaliste Alberto Toscano. « Un échec de ces novices en politique rejaillira sur tout le mouvement et le discréditera. Mais si, à l’inverse, elles réussissent, ce n’est pas forcément une bonne chose pour Beppe Grillo, car il sera dépassé par ce succès ancré dans le réel. Le risque de division du mouvement est important », juge-t-il.

Une expérience unique en Europe

Ce risque n’arrangerait pas du tout le lecteur français dans sa compréhension de cette formation, qui, selon les critères politiques hexagonaux, reste inclassable. Le M5S représente une expérience unique en Europe. Dans ses fondamentaux figurent le rejet de laclasse politique traditionnelle ou encore l’aspiration à la démocratie directe, avec, par exemple, le recours au vote sur Internet pour définir les grandes orientations du mouvement.

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« Le M5S prend des éléments anti-Union européenne ou anti-establishment de certains partis en Europe, comme Podemos en Espagne, souligne le professeur Filippo Tronconi, mais Podemos est clairement un parti de gauche, ce que n’est pas le M5S. »

Des propositions de gauche, d’autres de droite, quelques-unes tirées des droites radicale voire fasciste, la recette « alternative » du M5S peut surprendre. La formation est par exemple, « fermée sur les questions d’immigration, mais vire vers la gauche radicale pour leprojet de ligne ferroviaire Lyon-Turin », détaille Alberto Toscano. Le M5S réussit cependant à séduire de nombreux Italiens et à fédérer, ponctuellement, des formations disparates projetant de renverser Matteo Renzi. Le chef du gouvernement est en effet très engagé dans un référendum qui se tiendra en octobre, à propos de sa réforme constitutionnelle. Le quadra y joue son avenir politique, promettant de démissionner en cas d’échec.