Meurtre de Jo Cox: Faut-il parler de terrorisme?

MEDIAS Les médias s'interrogent sur la qualification du meurtre de Jo Cox...

L.Be.

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Des fleurs et des bougies déposées en hommage à la députée britannique Jo Cox, à Londres le 16 juin 2016.
Des fleurs et des bougies déposées en hommage à la députée britannique Jo Cox, à Londres le 16 juin 2016. — DANIEL LEAL-OLIVAS / AFP

Après le meurtre sauvage de Jo Cox, députée pro-UE au Royaume-Uni, plusieurs médias anglais posent la question de sa qualification. Doit-on parler de terrorisme ? La polémique monte outre-Manche.

« Il est temps de qualifier le meurtre de Jo Cox par son nom : un acte de terrorisme d’extrême droite », s’indigne Juliet Samuel, chroniqueuse pour le Telegraph, ce vendredi après-midi. Dans cet article, elle cite notamment The Quilliam Foundation, qui lutte – surtout- contre l’islamisme : « Nous exhortons les médias à traiter cet acte comme ils le feraient devant tout acte soupçonné d’être en lien avec le djihadisme. Nous appelons la société à exposer, isoler toutes les idéologies et récits extrémistes pour ce qu’elles sont ».

Partisan dévoué d’un groupe néo-nazi

Juliet Samuel n’est pas seule à s’étonner de la frilosité des médias de qualifier cet assassinat de terrorisme. De même le magazine en ligne The Intercept s’interroge : « Pourquoi le tueur de Jo Cox n’est pas qualifié de terroriste ? ». L’article souligne les motivations politiques de Thomas Mair, le principal suspect, « partisan dévoué » d’un groupe néo-nazi basé aux Etats-Unis. Preuve à l’appui, le magazine observe que la presse britannique s’interdit d’utiliser le terme de terrorisme pour traiter cette information, Thomas Mair ayant été décrit tantôt comme un « malade solitaire » [mentally ill loner] tantôt comme un simple d’esprit [gentle soul]. Jamais comme un terroriste.

Et The Intercept de revenir sur le traitement médiatique d’une attaque très similaire en 2010, quand un ancien ministre travailliste avait été poignardé à plusieurs reprises par une femme en colère pour ses positions concernant la guerre en Irak. La plupart des médias n’ont pas hésité à parler d’attaque terroriste. Pourquoi une telle différence de traitement ? « L’agresseur de Timms était musulman », observe le journaliste.

La question de la maladie mentale

Le Monde rappelle à son tour qu’au Royaume-Uni, pour qu’un acte soit qualifié de terroriste -comme l’indique le Terrorism Act de 2000- il doit « viser à influencer le gouvernement ou à intimider la population ou une partie de la population dans le but de faire avancer une cause politique, religieuse ou idéologique ».

Pour l’heure, un doute subsiste autour des motivations du suspect. Pour autant, Omar Mateen, le tueur d’Orlando, a été très vite qualifié de terroriste, en dépit de ses troubles mentaux. Et comme le souligne un tweet d’Adil Ray, créateur de Citizen Khan, une série britannique diffusée sur la BBC, « Ne pas parler de terrorisme ne fera qu’éloigner la communauté musulmane. Ce pourquoi luttait justement Jo Cox ». La polémique ne fait que commencer.