Députée britannique tuée: Le meurtre de Jo Cox peut-il faire basculer le référendum sur le Brexit?

ROYAUME-UNI L’assassinat d’une élue travailliste de 41 ans, tuée en pleine rue jeudi, aura forcément une influence sur le vote du 23 juin…

Céline Boff

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Des fleurs et des bougies déposées à la mémoire de Jo Cox le 16 juin 2016 à Parliament square à Londres
Des fleurs et des bougies déposées à la mémoire de Jo Cox le 16 juin 2016 à Parliament square à Londres — DANIEL LEAL-OLIVAS AFP

Les Britanniques seraient en passe de claquer la porte de l’Union européenne. C’est du moins ce que prédisent les derniers sondages. Mais le meurtre de la députée travailliste Jo Cox, sauvagement assassinée jeudi par un militant d’extrême droite à Birstall, dans le nord de l’Angleterre, peut-il rebattre les cartes ? Va-t-il faire basculer le référendum sur le Brexit qui se tient dans six jours à peine ?

« Il est trop tôt pour le dire. Pour l’instant, les Britanniques sont dans la sidération et dans l’émotion, comme l’avaient été les Français après les attentats de Charlie et du 13 novembre », répond Florence Faucher-King, professeure au Centre d’études européennes de Sciences Po. Surtout, si le profil du meurtrier présumé de Jo Cox est désormais bien établi -cet homme de 52 ans serait le « partisan dévoué » d’un groupe néonazi basé aux Etats-Unis- ses motivations restent encore floues.

« L’enjeu de ce scrutin reste le même »

A-t-il assassiné la députée parce qu’elle défendait le Bremain, c'est-à-dire le maintien du Royaume-Uni dans l’UE, ou en raison de ses autres engagements, notamment en faveur des réfugiés ? Faut-il voir dans cet acte un véritable attentat politique ou plutôt le geste d’un vrai déséquilibré ? Si l’enquête progresse, il n’est pas certain qu’elle apporte des réponses formelles à toutes ces questions avant le référendum.

« Les électeurs interpréteront ce meurtre de façon variable selon le camp auquel ils appartiennent déjà », analyse Florence Faucher-King. Autrement dit : ce fait divers, aussi tragique soit-il, ne devrait pas changer leur vote. « L’enjeu de ce scrutin reste le même, à savoir convaincre les indécis, qui représentent tout de même 10 % des électeurs », ajoute Agnès Alexandre Collier, professeure de civilisation britannique à l’université de Bourgogne Franche Comté.

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Bien sûr, les partisans du Bremain espèrent que le meurtre de la députée -foncièrement pro-européenne- jouera en leur faveur. Les marchés financiers, jusque-là fébriles, semblent même convaincus puisque la Bourse de Londres tout comme la livre sterling ont repris des couleurs ce vendredi.

« L’analyse de certains partisans du Bremain est que les indécis ne pourront pas cautionner un meurtre et que ce fait divers va leur faire prendre conscience de la supposée dangerosité des partisans du Brexit, ce qui les poussera donc à voter pour le maintien », décrypte Florence Faucher-King.

Vers une campagne plus rationnelle ?

Pour autant, il est peu probable que les leaders de la campagne utilisent ces arguments. Jouer cette carte de l’émotion alors même qu’ils sont accusés, tout comme les figures de proue du Brexit, d’avoir hystérisé le débat est en effet un pari très risqué.

« Mon sentiment est que le meurtre de Jo Cox va au contraire inciter Nigel Farage [leader du parti europhobe Ukip] et David Cameron [Premier ministre] à échanger de manière plus calme et plus rationnelle », avance Agnès Alexandre Collier. Si l’assassinat de la députée pourrait changer le ton de la campagne brusquement interrompue, il ne devrait toutefois entraîner ni arrêt, ni même report du référendum.