Meurtre de Jo Cox: Que va-t-il se passer pour la campagne sur le Brexit?

ROYAUME-UNI Elle est accusée d’avoir installé un climat de « brutalité »...

M.C.

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Le chef du Parti travailliste Jeremy Corbyn devant le palais de Westminster, à Londres, le 16 juin 2016.
Le chef du Parti travailliste Jeremy Corbyn devant le palais de Westminster, à Londres, le 16 juin 2016. — Philip Toscano/AP/SIPA

Le Royaume-Uni est sous le choc vendredi, au lendemain du meurtre de la députée travailliste Jo Cox, tuée par balles dans le nord de l’Angleterre. Alors que les hommages se multiplient dans le pays et à l’étranger, la campagne du référendum sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'Union européenne, mise en cause par une partie de la presse britannique pour sa « brutalité » et son « agressivité », a été suspendue jusqu'au week-end dans un pays plus déchiré que jamais. L'échéance du 23 juin devrait, elle, être maintenue.

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En hommage à la députée europhile, qui était âgée de 41 ans et mère de deux enfants, les deux camps ont annulé tous leurs événements prévus ce vendredi. Le parti europhobe Ukip ne lancera pas sa nouvelle affiche de campagne, les économistes favorables au Brexit ont renoncé à une conférence de presse et un grand nombre de députés travaillistes, favorables au maintien dans l’UE, ont fait savoir qu’ils étaient trop choqués et accablés de douleur pour se concentrer sur la question.

L'ancien maire de Londres et chef de file du camp pro-sortie de l'UE Boris Johnson a également annoncé qu'il cessait de faire campagne jeudi tandis que le Premier ministre David Cameron a annulé un meeting pro-UE prévu dans la soirée à Gibraltar. « Le référendum est un exercice crucial pour la démocratie, a déclaré le ministre des Finances, George Osborne. Mais la campagne a été suspendue, des deux côtés, par respect pour Jo, pour sa famille, et pour cette démocratie qu’elle servait. »

Brutalité de la campagne

Alors que les motivations du meurtrier présumé de Jo Cox, qui aurait crié «Britain first», soit «Le Royaume-Uni d'abord», restaient floues, les médias n'hésitaient pas pour certains à mettre en cause le ton jugé agressif de la campagne. Le quotidien The Guardian dénonce ainsi «un ton brutal qui attise les divisions», jugeant que le meurtre constitue une «attaque contre l'humanité, l'idéalisme et la démocratie».

Le Spectator a, lui, blâmé le camp pro-sortie de l'UE. Le leader du Ukip «Nigel Farage n'est pas responsable de la mort de Jo Cox. Et les membres de la campagne du "Leave" ("sortir") non plus. Mais ils sont responsables de la manière dont ils mènent leur campagne», écrit-il. «Quand vous encouragez la rage, vous ne pouvez pas feindre d'être surpris quand les gens deviennent enragés», poursuit l'hebdomadaire.

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Selon un groupe américain de défense des droits civiques, le tueur présumé de la députée britannique était un «partisan dévoué» d'un groupe néo-nazi basé aux Etats-Unis. «J'ai toujours du mal à y croire. Mon frère n'est pas violent et n'est pas du tout politisé», a pour sa part affirmé Scott Mair.

La presse mise en cause

Alastair Campbell, le conseiller de l'ancien Premier ministre Tony Blair, s'en prenait lui à une partie de la presse. «Les journaux qui attisent la haine et la colère envers les politiciens préparent désormais une belle nécrologie de Jo Cox», a-t-il écrit.

Sur Twitter, des internautes accusaient eux les journaux de se saisir de cette tragédie pour appeler au maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne.

La mort de Jo Cox intervient alors les derniers sondages donnent le camp du Brexit en tête, à six jours du scrutin, provoquant la fébrilité dans les salles de marché et l'inquiétude à Bruxelles.