Brexit: Le Royaume-Uni et l'Europe, histoire d'une vie de couple mouvementée

RETROSPECTIVE Le 23 juin 2016, 43 ans après l'adhésion du Royaume-Uni à la CEE, les Britanniques devront voter par référendum sur le maintien ou non du pays dans l'Union européenne...

Laure Cometti
L'Unrion européenne et le Royaume-Uni - illustration.
L'Unrion européenne et le Royaume-Uni - illustration. — PHILIPPE HUGUEN / AFP

« Je t’aime, moi non plus ». Entre le Royaume-Uni et l’Europe, les relations ont parfois semblé compliquées, surtout du point de vue du « continent », comme les insulaires britanniques désignent leurs voisins européens. « Le pays a toujours eu une attitude qu’on peut résumer par « un pied dedans, un pied dehors », décrit Olivier de France, directeur de recherche à l’Iris. Cette prudence britannique vis-à-vis de l’UE s’est selon lui accentuée après l’élargissement de l’Union en 2004, avec l’adhésion des pays de l’Est. Mais elle ne date pas d’hier. Retour sur 50 ans d’une histoire compliquée.

Jusqu’aux années 1960 : l’indifférence

Au lendemain de la Seconde guerre mondiale, tandis que la France, l’Allemagne, l’Italie, la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas posent les prémices de l’Union européenne, le Royaume-Uni se tient dans un premier temps à l’écart des tentatives d’intégration européenne.

Attaché à sa souveraineté nationale et privilégiant les échanges avec son ancien empire colonial, le pays repousse les avances des six. A partir des années 1960, Londres réoriente toutefois sa politique étrangère vers l’Europe continentale. Mais au lieu de se tourner vers l’union des six, l’île préfère créer une zone de libre-échange avec d’autres pays qui ne souhaitent pas rejoindre la Communauté économique européenne (CEE). C’est le traité de Stockholm, établi en 1960.

1961-1973 : la cour

En 1961, le Royaume-Uni se met finalement à courtiser la CEE. Mais entre Londres et l’Europe, c’est un peu « fuis-moi, je te suis, suis-moi je te fuis ». Désormais, c’est la France qui ne veut pas du Royaume-Uni dans la CEE, pour des raisons économiques et politiques. Par deux fois, le général de Gaulle met son veto à l’adhésion britannique.

1973-1979 : l’idylle

1973. Enfin, le Royaume-Uni devient membre de la CEE et l’idylle entre Londres et la construction européenne peut commencer. Deux ans plus tard, les Britanniques, appelés à se prononcer a posteriori sur l’adhésion à la CEE, l’approuvent à 67 %.

1979 : le temps des règlements de compte

Arrivée au pouvoir en 1979, Margaret Thatcher, veut rectifier la contribution britannique au budget européen, supérieure à ce que le pays reçoit de Bruxelles. Cette position est résumée par sa célèbre phrase : « I want my money back » (« je veux qu’on me rende mon argent »). En 1984, la Dame de fer obtient gain de cause : le Royaume-Uni aura désormais un rabais.

Un statut spécial

C’est le premier d’une série de « no » anglais qui mèneront à des exceptions ou des exemptions pour le Royaume-Uni, cet Etat membre de l’UE au statut si spécial : « no » à la monnaie unique, « no » à l’espace Schengen. Même le réputé europhile Tony Blair, Premier ministre de 1997 à 2007, avait proposé de soumettre la Constitution européenne à un référendum, en 2004, avant de faire machine arrière. «Il est temps de déterminer une fois pour toutes si ce pays, si la Grande-Bretagne, veut ou non être au centre et au coeur de la prise de décision européenne ; il est temps de décider si notre destin est d'être un partenaire et un allié de premier plan de l'Europe ou de rester en marge», déclarait-il à l'époque.

Tony Blair et le président de la Commission européenne, Romano Prodi, en 2005.
Tony Blair et le président de la Commission européenne, Romano Prodi, en 2005. - ISOPRESS/SIPA

 

Plus récemment, le Premier ministre David Cameron a négocié un statut spécial pour le pays, qui concerne notamment l’immigration et la souveraineté.

« Il est vrai que Londres a obtenu des dérogations de Bruxelles, mais le Royaume-Uni n’est pas le mauvais élève de l’UE, il est plutôt discipliné et applique les directives et les règles », nuance Agnès Alexandre-Collier, professeur de civilisation britannique à l’Université de Bourgogne. « Même dans le camp des anti-Brexit, le discours sur l’Europe n’est pas très enthousiaste. David Cameron veut rester dans l’Union pour la façonner différemment, qu’elle soit flexible, libérale ».

Le prochain chapitre de cette histoire tumultueuse sera écrit le 23 juin prochain par le peuple britannique, dans les urnes. Le Royaume-Uni devra décider s’il veut être partie prenante du projet européen.