Après l'attentat d'Orlando, le débat sur le port d'arme fait son retour aux Etats-Unis

PORT D'ARME Après l’attentat d’Orlando qui a fait 49 morts et 53 blessés, le Congrès américain pourrait voter une loi pour permettre de vérifier les antécédents des acheteurs d’armes…

Pierre Fesnien

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Une manifestation contre la NRA devant la Maison Blanche au lendemain de l'attentat d'Orlando.
Une manifestation contre la NRA devant la Maison Blanche au lendemain de l'attentat d'Orlando. — Jeff Malet/NEWSCOM/SIPA

L’attentat d’Orlando remet une fois de plus la question du contrôle des armes au coeur du débat politique américain. Fervent défenseur du port d’arme, Donald Trump d’ailleurs semble prêt à lâcher du lest sur le sujet. « Je vais rencontrer la NRA, dont j’ai le soutien, sur une interdiction aux personnes qui sont sur une liste de surveillance antiterroriste ou sur une liste d’interdiction de vol, d’acheter des armes à feu », a tweeté mercredi le candidat républicain à la Maison Blanche.

Omar Mateen, l’auteur de la tuerie qui a fait 49 morts et 53 blessés, était inscrit par le FBI sur une liste de surveillance antiterroriste, ce qui ne l’a pas empêché de se procurer en toute légalité un fusil d’assaut semi-automatique et un pistolet.

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« Filibuster » au Congrès

Après avoir déjà tenté, sans succès, de faire modifier la loi sur le contrôle des armes après la tuerie de San Bernardino le 2 décembre 2015, les sénateurs démocrates sont de nouveau montés au créneau pour faire bouger les lignes.

Christopher Murphy, le sénateur du Connecticut, un Etat endeuillé par la tuerie de Sandy Hook en 2012, a pris la parole pendant près de 15 heures sans interruption mercredi. Les démocrates ont utilisé cette technique d’obstruction parlementaire, appelée « Filibuster » aux Etats-Unis, afin de bloquer les débats pour forcer les sénateurs à passer des lois, notamment une qui rendrait systématique la vérification des antécédents des acheteurs d’armes.

Une stratégie payante : les démocrates ont obtenu un vote pour légiférer sur la vérification des antécédents des acheteurs d’armes. Concrètement, les dirigeants démocrates et républicains du Sénat se sont mis d’accord « pour avancer vers une mesure assurant que ceux qui figurent sur une liste de surveillance antiterroriste n’aient pas accès aux armes », a précisé Christopher Murphy.

La tuerie d’Orlando pourrait-elle marquer un tournant dans le contrôle des armes ? « Je n’y crois pas du tout, affirme l’historienne spécialiste des Etats-Unis Nicole Bacharan. La seule chose qui peut bouger, c’est la question de l’accès aux armes aux personnes suspectées d’activités terroristes. Il va y avoir un débat sur ce sujet au Congrès, un débat qui avait été refusé après San Bernadino, et il est probable que la loi passe, mais cela n’ira pas plus loin. »

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Une situation verrouillée

Modifier la législation en profondeur s’annonce compliqué. « On voit que l’opinion commence à basculer, explique James Cohen, spécialiste des Etats-Unis à Paris 3. Certains commentateurs de droite commencent à dire qu’il faut trouver un consensus pour bannir la vente d’armes de guerre aux Etats-Unis. »

L’influence de la National Riffle Association (NRA), reste immense dans tout le pays. L’association de défense du droit au port d’arme se dit opposée à ce que « les terroristes puissent acheter ou posséder des armes » mais dans les faits elle tient à ce qu’un éventuel contrôle reste le plus limité possible.

« Même s’il existe une évolution de l’opinion publique, tant que le Congrès restera sous le contrôle des Républicains, il y a peu de chance de changement car la NRA gardera son emprise, déplore James Cohen. D’ici la fin du mandat d’Obama, je vois mal comment une évolution majeure du contrôle des armes pourrait se produire car la situation est complètement verrouillée. »