Economie, frontière, Ecosse... Quelles conséquences en cas de Brexit?

EUROPE Le référendum sur le maintien ou non du Royaume-Uni dans l'Union européenne est prévu le 23 juin prochain...

Laure Cometti

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Des drapeaux pro-Brexit à Ramsgate, le 13 juin 2016.
Des drapeaux pro-Brexit à Ramsgate, le 13 juin 2016. — CHRIS J RATCLIFFE / AFP

Et si le Royaume-Uni quittait l’Union Européenne ? Cette décision est entre les mains des millions d’électeurs appelés à s’exprimer lors du référendum du 23 juin prochain. Si le « Leave » (pour « quitter » l’UE), en tête dans les derniers sondages, l’emportait et que le gouvernement britannique mettait en œuvre une sortie de l’Union, en invoquant l'article 50 du Traité le Lisbonne, les conséquences pour l’économie, les frontières, et la vie politique du royaume seraient nombreuses. Voyage dans un Royaume-Uni post- Brexit.

Une économie mise à mal ?

Plusieurs études dévoilées ces derniers mois prédisent un scénario noir pour l’économie britannique en cas de Brexit. Le PIB pourrait chuter de 3 à 9 % selon plusieurs estimations émanant d’organismes publics ou privés. Certaines entreprises étrangères ont affirmé qu’elles délocaliseraient leur siège britannique en cas de sortie de l’UE.

Si les répercussions économiques d’un Brexit sont difficiles à évaluer, les acteurs du monde la finance s’accordent pour évoquer pudiquement « un saut dans l’inconnu », pour reprendre les mots de la présidente du Fonds monétaire international Christine Lagarde ou du directeur général de la banque Natixis. Or les marchés n’aiment guère l’inconnu, comme la fébrilité des indices boursiers l’a reflété au fil de ces derniers mois.

La City à Londres, en 2009.
La City à Londres, en 2009. - SANG TAN/AP/SIPA

Ce qui est certain, c’est que l’UE est le principal partenaire économique du Royaume, dont près de la moitié des exportations sont écoulées sur le marché unique européen, sans taxes. Côté importations, elles pourraient devenir plus coûteuses car la livre sterling risquerait de baisser. Conséquence ; les prix seraient poussés à la hausse. En cas de Brexit, des accords commerciaux entre l’UE et le Royaume-Uni devront être établis. « Il faudra réécrire de zéro toutes les relations UK-UE, c’est un travail titanesque qui pourrait prendre une décennie », estime Olivier de France, directeur de recherche à l’IRIS. D’autant que le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a prévenu que les « déserteurs » de l’UE ne « seraient pas accueillis à bras ouverts ».

Par ailleurs, si le pays serait exempté de payer sa contribution au budget de l’UE, il serait en retour privé de nombreuses subventions. Les secteurs de l’agriculture, de la recherche et de la culture pourraient être sérieusement touchés.

La « jungle » de Calais à Douvres ?

Le traité du Touquet, signé en 2003 entre Paris et Londres pour renforcer les contrôles au départ de la France et juguler l’immigration clandestine vers la Grande-Bretagne, pourrait être remis en question. Le ministre de l’Economie Emmanuel Macron a affirmé qu’en cas de sortie de l’Union européenne de nos voisins britanniques, la France cesserait de retenir les migrants à Calais. Si François Hollande n’a pas repris explicitement cette idée à son compte, il a prévenu qu’en cas de Brexit, « il y aura des conséquences dans beaucoup de domaines, sur le marché unique, la circulation des produits et des personnes ». Pour preuve, aujourd’hui, 1,7 million de ressortissants de l’UE vivent ou travaillent au Royaume-Uni. Ils ont actuellement le droit de résider et de travailler au Royaume-Uni sans permis ni carte de résidence.

En théorie, en cas de Brexit, Londres pourrait exiger des visas aux citoyens de l’UE souhaitant entrer sur le territoire britannique. Quant aux plus de 300.000 Français installés outre-Manche, devront-ils à l’avenir obtenir une carte de résidence ou un permis de travail pour ne pas être dans l’illégalité ?

L'aéroport d'Heathrow à Londres.
L'aéroport d'Heathrow à Londres. - David Pearson/REX/REX/SIPA

Le retour de la question de l’indépendance de l’Ecosse

Majoritairement pro-européens, les Ecossais ne veulent pas quitter l’UE dans le sillage du vote « Leave ». Les leaders du SNP, le Scottish National Party (parti indépendantiste écossais), ont d’ores et déjà annoncé qu’en cas de victoire du « Leave » le 23 juin, ils prévoyaient d’organiser un nouveau référendum sur l’indépendance de l’Ecosse.

Lors de celui organisé en 2014, 55 % des Ecossais avaient refusé de quitter le Royaume-Uni. Mais ils pourraient être bien plus enclins à prendre leur indépendance afin que l’Ecosse puisse adhérer à l’UE. « Le nationalisme écossais progresse, le SNP a raflé 56 des 59 sièges de députés aux élections de mai 2015 », souligne Agnès Alexandre-Collier, professeure de civilisation britannique à l’université de Bourgogne-Franche-Comté.

Des manifestants pour l'indépendance de l'Ecosse à Glasgow, le 19 septembre 2015.
Des manifestants pour l'indépendance de l'Ecosse à Glasgow, le 19 septembre 2015. - Andrew MacColl/REX Shut/SIPA

Une nouvelle frontière avec l’Irlande

Depuis l’accord du Vendredi Saint de 1998, la paix a été signée entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande. La frontière entre les deux entités a quasiment disparu. Pourrait-elle être recréée en cas de Brexit ? Probablement, étant donné que la République d’Irlande fait partie de la zone de libre circulation de l’UE et que les partisans du « Leave » ne souhaitent pas que le Royaume-Uni conserve des frontières ouvertes avec les pays membres de d’UE.