Attentat d'Orlando: «Cette attaque, c'est le 11 Septembre de Daesh»

TERRORISME L'organisation de l'Etat islamique (EI) a revendiqué l'attaque perpétrée par Omar Mateen et qui a coûté la vie à 49 personnes dans une boîte de nuit gay à Orlando...

Anissa Boumediene
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Orlando.
Orlando. — hpe

C’est la pire attaque terroriste sur le sol américain depuis les attentats du 11 Septembre. Dans la nuit de samedi à dimanche, un tireur isolé a ouvert le feu sur la foule de noctambules qui faisaient la fête au Pulse, une boîte gay d’Orlando, en Floride, faisant 49 victimes et 53 blessés. Abattu par les forces d’élites du Swat, Omar Mateen, connu du FBI pour des soupçons de liens avec des groupes terroristes, a été reconnu comme un soldat du califat par Daesh. Au milieu du carnage, le jeune homme de 29 ans avait appelé les services d’urgence pour prêter allégeance au groupe terroriste. Ce lundi, dans un communiqué et dans un message radio, l’organisation de l’Etat islamique (EI) a officiellement revendiqué cette tuerie homophobe de masse.



Forcément un lien avec Daesh

C’est après avoir abattu plusieurs personnes et s’être retranché dans les toilettes du club avec des otages qu’Omar Mateen a appelé le 911 pour prêter allégeance à l’EI, qui ce lundi a reconnu en lui un « soldat du califat ». Cet appel téléphonique a-t-il suffi à légitimer la revendication de la fusillade par l’EI ou n’est-ce qu’une revendication opportuniste ? « Il y a forcément un lien entre Mateen et Daesh », estime Mathieu Guidère, spécialiste des mouvements radicaux et auteur du livre Le retour du califat (éd. Gallimard), pour qui il existe « un faisceau d’éléments » renforçant la crédibilité de cette revendication. « Cette cible, on ne la choisit pas par hasard, poursuit-il. Si Omar Mateen a frappé cet établissement-là à cette date-là, pendant le mois sacré du ramadan, c’est forcément qu’il en a reçu l’ordre, ou que son projet d’attaque a été adoubé par l’EI .  » Dans un message audio diffusé le 21 mai dernier, le porte-parole de Daesh, Abou Mohamed al-Adnani, appelait ses partisans à frapper les Etats-Unis et l’Europe pendant le mois du ramadan.

« Pour que Daesh revendique l’attaque terroriste, il faut a minima quelques éléments de liens établis entre l’organisation de l’EI et l’auteur des faits, abonde Dominique Thomas, chercheur spécialiste des mouvements djihadistes à l’EHESS (Ecole des hautes études en sciences sociales). Etre un "copycat" ne suffit pas .  » Un constat partagé par Wassim Nasr, analyste et spécialiste des mouvements djihadistes. « A un moment ou un autre, Omar Mateen a eu desliens directs avec l’EI, sans quoi il n’aurait pas été déclaré soldat du califat, a-t-il affirmé sur France 24. On ignore encore la nature de ses liens avec l’EI, mais jusqu’à présent, jamais Daesh n’a revendiqué d’acte qu’il n’avait pas commis ou organisé. »Déjà en 2013 et 2014, Omar Mateen avait été entendu par le FBI pour des liens éventuels ou du moins pour ses positions de sympathisant à l’égard de groupes djihadistes. « On sait aussi que le premier kamikaze américain à avoir rejoint le Front al-Nosra en Syrie était une connaissance d’Omar Mateen », complète Wassim Nasr.



« Soldat du califat » et non simple sympathisant

Ainsi, si Daesh avait simplement voulu s’approprier la fusillade sans avoir quelque lien que ce soit avec Omar Mateen, « il l’aurait qualifié de sympathisant, comme lors de la fusillade de San Bernardino », considère Dominique Thomas. A l’époque, Daesh parlait alors de « sympathisants » de l’EI, leur consacrant un article dans la revue djihadiste Dabiq, sans jamais revendiquer cette fusillade « d’inspiration djihadiste ». Pour l'heure, rien n'indique toutefois que l'attaque a été commanditée par l'EI.



« Soldat du califat, c’est un statut donné aux combattants de Daesh qui ne sont jamais allés en Syrie ni en Irak, c’est un peu la Légion étrangère de l’EI », décrypte Mathieu Guidère. Adoubé par le groupe terroriste, le tireur aurait tout à fait pu agir seul. « Le concept de loup solitaire semble dur à appréhender en Europe, ne serait-ce qu’à cause des difficultés logistiques pour organiser une telle attaque, explique-t-il. Mais aux Etats-Unis, il est tellement facile de se procurer des armes qu’un individu isolé peut à lui seul mener une telle attaque au nom du califat. »

Une machine de propagande efficace

« L’EI est une machine de propagande efficace, considère Dominique Thomas. Ses méthodes de communication, sa réactivité sur les réseaux sociaux et sa rapidité à revendiquer cette attaque font sa force : l’organisation est capable de revendiquer des attaques sur tous les continents, cela renforce son prestige. »

De quoi redorer le blason de l’organisation terroriste, qui dans son califat autoproclamé a perdu une partie de ses territoires. « Daesh a perdu son statut de proto-Etat. Désormais, il est redevenu un groupe terroriste au même titre qu’Al-Qaida, avec qui il est en concurrence, note Mathieu Guidère. Un concurrent qui pouvait se vanter d’avoir commis un attentat d’ampleur sur le sol américain avec les attentats du World Trade Center de 2001. Symboliquement, cette attaque est le 11 Septembre de Daesh, qui assoit sa mondialisation. »