Attentat d'Orlando: Le débat politique et sémantique sur «l'islam radical» fait rage

ETATS-UNIS De Barack Obama à Donald Trump, les réactions – et les mots – sont diamétralement opposés…

Philippe Berry

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Des musulmans manifestent en Floride contre les propositions de Donald Trump avec des pancartes « les musulmans pour la paix ».
Des musulmans manifestent en Floride contre les propositions de Donald Trump avec des pancartes « les musulmans pour la paix ». — B. Anderson/AP/SIPA

De notre correspondant aux Etats-Unis

Quels mots utiliser pour décrire l’horreur d’Orlando ? Un attentat ? Une attaque terroriste ? Un acte de haine ? Une fusillade ? Une tuerie de masse ? Mettre en avant les motivations djihadistes ou homophobes d’ Omar Mateen ? Aux Etats-Unis, après l’attentat le plus meurtrier depuis le 11 Septembre 2001, qui a fait au moins 50 morts, dimanche, le débat fait rage, à cinq mois de l’élection présidentielle.

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Comment souvent, c’est Donald Trump qui a allumé la mèche. « Barack Obama va-t-il enfin prononcer les mots ''terrorisme islamiste" ? », demande le candidat républicain. « S’il ne le fait pas, il devrait en avoir honte et démissionner immédiatement. » Moins d’une heure après, le président américain s’est exprimé… Et il a, comme à son habitude, évité l’expression. Ou même les mots « musulmans » et « islam ». Il a parlé « d’acte de terreur et de haine » et de « la pire tuerie » de masse de l’histoire américaine. « Nous allons redoubler nos efforts pour déterminer si le tueur avait des liens avec des groupes terroristes ou s’il s’en est inspiré. »

« Nous ne sommes pas en guerre avec l’islam »

« Nous ne sommes pas en guerre avec l’islam. Nous avons la responsabilité de combattre la notion que Daesh représente les musulmans », avait expliqué Obama l’an dernier. Hillary Clinton est sur la même longueur d’onde. Selon elle, « parler ''d’islam radical'' fait le jeu de Daesh et de sa propagande sur le choc des civilisations ». Le débat est proche de celui que la gauche et la droite ont en France sur la notion de « guerre des civilisations ».

Pour ne rien arranger, les Américains n’ont pas la fine nuance entre « islamique » (relatif à l’islam) et « islamiste » (relatif à l’islamisme, un courant plus extrême de l’islam, basé sur la charia et des ambitions politiques). Du coup, ils rajoutent l’adjectif « radical ».

Souvent pointés du doigt par les républicains, les leaders musulmans américains, eux, ont fermement condamné l’attaque. « La communauté musulmane répudie tout groupe qui justifie une telle violence », a martelé Rasha Munarak, du Conseil sur les relations islamo-américaines.

Chacun son instrumentalisation

Sur Twitter, Donald Trump a rappelé qu’il avait proposé d’interdire l’entrée sur le territoire américain aux musulmans. « J’apprécie les félicitations de ceux qui reconnaissent que j’ai eu raison sur l’islam radical et le terrorisme. Ce qui s’est passé à Orlando n’est que le début. »

En face, Clinton comme Obama pointent le problème de la législation sur les armes à feu : Omar Mateen a acheté légalement un fusil d’assaut semi-automatique AR-15 la semaine dernière, la même arme déjà employée lors des tueries d’Aurora et de l’école Sandy Hook.

« Le nouveau visage de la guerre contre la terreur »

Finalement, s’il y a une grande confusion sémantique, c’est aussi parce que l’Amérique fait face à une menace difficile à cerner : celle d’un terrorisme domestique influencé par l’étranger. « C’est le nouveau visage de la guerre contre la terreur », estime le républicain Marco Rubio. « Il s’agit d’un tueur né à New York, qui a grandi aux Etats-Unis, et qui s’est radicalisé avant d’avoir 30 ans. » Le sénateur de Floride conclut : « Il y a des centaines de personnes dans la même situation. C’est la plus grave menace terroriste à laquelle nous ayons jamais été confrontés ». Sur ce point, tout le monde est à peu près d’accord.

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