Attentat d'Orlando: Un contexte de crispation anti-homosexuels aux Etats-Unis

ETATS-UNIS Le climat s'est aggravé depuis la légalisation du mariage homosexuel il y a un an...

M.C.

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Hommage aux victimes d'Orlando à Indianapolis, le 12 juin 2016.
Hommage aux victimes d'Orlando à Indianapolis, le 12 juin 2016. — Kelly Wilkinson/AP/SIPA

Moins de vingt-quatre heures après la fusillade d'Orlando, beaucoup de questions restent en suspens. Restent notamment à éclaircir les motivations d ’Omar Seddique Mateen, tireur identifié du pire attentat commis aux Etats-Unis depuis le 11 septembre 2001. L’homme aurait fait allégeance à l'organisation de l'Etat islamique mais, selon des déclarations de son père à la télévision NBC, il aurait aussi été rendu furieux en voyant récemment deux hommes s’embrasser devant sa femme et son fils.

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Puis, quelques heures à peine après le carnage, la police américaine a arrêté James Howell, 20 ans, un homme lourdement armé qui voulait attaquer la Gay Pride à Los Angeles. Ces deux affaires sont a priori sans lien, mais elles interviennent dans un climat anti-gay aggravé dans le pays, particulièrement notable depuis un an.

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Tactique de guérilla des conservateurs

Le 26 juin 2015,la Cour suprême à Washington a légalisé le mariage homosexuel, une décision historique obtenue à l’arrachée qui est restée en travers de la gorge de millions d’Américains conservateurs. Ces derniers ont adopté une tactique inspirée de la guérilla qu’ils mènent aussi contre l’avortement : mettant en avant des grands principes de liberté religieuse, ils ont tenté d’ouvrir de nouvelles brèches en adoptant des législations locales.

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Cette stratégie s’est récemment cristallisée autour des personnes transgenres, qui représentent une infime partie de la population américaine, mais sont solidement associées au milieu homosexuel par le terme inclusif de LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et trans).

Climat délétère anti-homosexuel

Une douzaine d’Etats, majoritairement dirigés par un gouverneur républicain, poursuivent ainsi en justice le gouvernement de Barack Obama sur la question de savoir quelles toilettes doivent utiliser les personnes transgenres.

En réagissant dimanche à cette tragédie, nombre d’élus républicains ont semblé écarter à dessein la piste de la haine contre les homosexuels, pour privilégier au contraire celle de l’attentat djihadiste. Sans doute craignaient-ils de se voir accuser d’avoir contribué à un climat délétère anti-homosexuel, ayant favorisé le passage à l’acte d’un déséquilibré.

De tels reproches ont été avancés après un attentat fin novembre 2015 contre un centre de planning familial dans le Colorado. Celui-ci avait suivi une violente controverse suscitée par la diffusion d’une vidéo censée montrer la vente de tissu foetal par des responsables du Planning familial dans la région des Rocheuses.

Un « rappel des dangers quotidiens encourus par les LGBT »

Des responsables conservateurs ont martelé ces derniers mois que les directives gouvernementales contre la discrimination des personnes transgenres reviendraient à « introduire des hommes dans les toilettes des filles ». Un danger à la réalité contesté par nombre d’associations et d’experts. « Je ne veux absolument plus jamais entendre que les personnes LGBT dans les toilettes sont une menace pour la sécurité publique », a affirmé dimanche Jeremy Moss, un élu du Michigan et homosexuel revendiqué.

Pour Michelangelo Signorile, militant connu des droits des homosexuels en Amérique, la tuerie d’Orlando est un « rappel des dangers quotidiens encourus par les LGBT ». Le gouverneur-adjoint du Texas, Dan Patrick, fer de lance de la lutte contre les droits des LGBT, a lui tweeté dimanche le psaume de la Bible suivant : « On ne se moque pas de Dieu. Ce qu’un homme aura semé, il le moissonnera aussi ».

Ce tweet a immédiatement été interprété comme faisant porter aux homosexuels la responsabilité de l’attentat d’Orlando. Face à l’indignation qu’il a déclenchée, Dan Patrick l’a rapidement effacé, affirmant que la publication avait été programmée avant la tuerie.

Ce n’est pas la première fois que la communauté homosexuelle est cible de violences aux Etats-Unis. Eric Rudolph, auteur de l’attentat des Jeux olympiques d’Atlanta en 1996, avait auparavant déposé une bombe dans un bar de lesbiennes de cette même ville, y blessant cinq personnes. Après le massacre d’Orlando, les autorités ont appelé les habitants à donner leur sang… un acte interdit aux hommes homosexuels par les règles de l’Agence américaine des produits alimentaires et des médicaments.