Le président turc Erdogan est-il vraiment diplômé d'université?

POLEMIQUE Sans le précieux sésame, un citoyen ne peut pas occuper la magistrature suprême, selon la Constitution…

Clémence Apetogbor
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Le président turc Erdogan le 30 novembre 2015 au Bourget pour la COP21.
Le président turc Erdogan le 30 novembre 2015 au Bourget pour la COP21. — JACQUES DEMARTHON / AFP

Le président turc Recep Tayyip Erdogan est-il vraiment diplômé d' université ?

C’est la question que se posent ses opposants car en Turquie, sans justifier de quatre ans d’études supérieures, on ne peut prétendre à la présidence.

Une question sensible

« Vous voulez que l’on fasse 10 millions de copies de ce diplôme pour l’envoyer aux adresses de tout le monde ? », a demandé lors d’une conférence de presse mercredi le porte-parole de la présidence Ibrahim Kalin, visiblement lassé de ce débat récurrent.

La question du diplôme de l’homme fort de Turquie est en effet sensible. Sans le précieux sésame, un citoyen ne peut pas occuper la magistrature suprême, selon la Constitution.

Alors que le débat battait son plein, Erdogan a reçu début juin en grande pompe son 44ème doctorat honoris causa (titre honorifique décerné par une université ou une faculté à une personnalité éminente), de l’Université Makerere de Kampala, la capitale ougandaise, où il était en déplacement.

Une authenticité mise en doute

Cette boulimie suscite l’hilarité de ses détracteurs qui mettent en cause l’authenticité de son propre diplôme universitaire. A titre de comparaison, le président américain Barack Obama n’a « que » six doctorats honoraires.

D’après sa biographie officielle, Erdogan a été diplômé en 1981, après quatre années d’études (bac + 4), de la faculté des sciences économiques et administratives de l’Université de Marmara, à Istanbul, après un parcours en lycée professionnel formant des imams, dont il est particulièrement fier.

Le recteur actuel de cette université, Mehmet Emin Arat, est un ancien camarade de classe du président. Il avait publié la photo du diplôme lors de la première élection présidentielle au suffrage universel, en 2014, à l’issue de laquelle, après trois mandats de Premier ministre, Erdogan avait été élu.

Un débat récurrent…

Habitué des polémiques, Erdogan a balayé les critiques lors d’un discours le week-end dernier devant les nouveaux diplômés de la faculté de théologie de cette même université.

« Malgré toutes les explications et les déclarations qui ont été faites à ce sujet, certains veulent avec insistance relancer le débat. Quoi que vous fassiez, nos oeuvres parlent d’elles-mêmes », a asséné devant un parterre acquis le président turc, qui utilise régulièrement la première personne du pluriel pour se désigner.

« Monsieur Erdogan n’a pas un diplôme d’université, mais de collège (premier cycle) », c’est-à-dire bac + 2 ou +3, d’un établissement qui n’a été rattaché à l’Université de Marmara qu’en 1983, soit après les études du président, a affirmé mercredi l’Association des professeurs d’université (Univder), dans un communiqué.

Un ancien procureur, actuellement à la tête d’une association de magistrats, Omer Faruk Eminagaoglu, a déposé une plainte devant le parquet d’Ankara et le haut conseil électoral (YSK), réclamant qu’Erdogan soit déchu de son mandat car l’absence, selon lui, d’un diplôme le rend automatiquement inéligible. Celui-ci évoque même l’hypothèse d’une falsification du diplôme pour pouvoir prétendre au poste suprême.

… qui s’invite même sur Twitter

L’autorité électorale a cependant entretenu le doute en rejetant la plainte, dans un pays où le régime contrôle l’ensemble des administrations.

Twitter bruissait jeudi de commentaires sur l’affaire, des internautes s’attaquant au dirigeant turc et bravant ainsi les poursuites judiciaires que ses avocats lancent quotidiennement pour « insulte » contre journalistes, intellectuels ou simples citoyens.

« Cette personne qui a si envie d’enfiler une robe universitaire, la honte ! », a lancé sur Twitter Belgin Güneri sous le mot dièse #diplomasidasahte (#SonDiplomeAussiEstFaux).

Mais nombreux sont aussi ceux qui défendent le « Raïs », qui incarne à leurs yeux la grandeur de la Turquie. « Le raïs a donné des cacahuètes pour distraire ses critiques pendant que l’homme combat le monde entier », a estimé un autre internaute, Fatih Kavalci.