Primaire démocrate: Pourquoi Bernie Sanders «n'a rien à perdre» à poursuivre sa campagne

INTERVIEW Hillary Clinton a remporté mardi le dernier «Super Tuesday» de la primaire démocrate mais son adversaire Bernie Sanders ne s'avoue pas encore vaincu...  

Propos recueillis par Laure Cometti

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Bernie Sanders lors d'un meeting de campagne, le 6 juin 2016 à San Francisco.
Bernie Sanders lors d'un meeting de campagne, le 6 juin 2016 à San Francisco. — Noah Berger/AP/SIPA

« La lutte continue ». Bernie Sanders a réitéré son mantra mardi, après l’annonce des résultats du dernier « Super Tuesday » de la primaire démocrate. Sa rivale Hillary Clinton a beau avoir remporté cette dernière manche, sésame pour sa très probable investiture lors de la convention du parti qui débutera le 25 juillet prochain, le sénateur de 74 ans n’a pas (encore) décidé d’arrêter sa campagne. Attend-il l’annonce des résultats définitifs de la primaire californienne ? Sa rencontre avec Barack Obama, prévue jeudi, le poussera-t-elle à se rallier à Hillary Clinton pour faire front commun face à Donald Trump ? Et pourquoi veut-il continuer à faire campagne coûte que coûte ? Pour l’historien des Etats-Unis Thomas Snégaroff, auteur de l’ouvrage Hillary et Bill Clinton. L’obsession du pouvoir*, «Bernie» a tout à gagner à poursuivre sa campagne et s'il ne se retire pas, ce n'est pas « par ambition personnelle mais parce qu’il n’est pas là pour être président ».

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Pourquoi Bernie Sanders poursuit-il sa campagne pour l’investiture démocrate ?

Sa vie politique le montre, il ne fait pas de calculs politiques comme d’autres candidats. Se retirer, c’est utile pour être bien vu au sein du parti et de l’électorat, car accepter la défaite est bon pour l’image du candidat. En 2008, Hillary Clinton avait attendu quelques jours après la victoire d’Obama avant de se retirer. Elle avait fini par le faire pour avoir sa chance lors d’une future élection présidentielle. Avec Bernie Sanders, c’est l’inverse : il a 74 ans, c’est un élu du Vermont depuis toujours et il n’a pas d’ambition présidentielle. S’il s’est probablement pris au jeu au fil de la campagne, sa candidature était dès le départ une candidature de témoignage. En débat face à Hillary Clinton, il a refusé de commenter l’affaire des mails. Cela a donné une campagne très atypique.

Bernie Sanders n’a cessé de marteler son message, « This is a revolution » (« C’est une révolution »), sans bouger d’un iota. Sa candidature est davantage idéologique que politique. Il sait qu’il peut profiter de la campagne comme d’une caisse de résonance pour faire entendre ses idées. Si elle s’arrête, il disparaît des radars médiatiques. Or il veut aller plus loin, jusqu’à la convention.

Que peut-il obtenir lors de cette convention ? Certains évoquent un poste de vice-président, une grande réforme de gauche ou un changement des règles de la primaire. 

Pour ce qui est de la vice-présidence, cela me semble très peu probable. En revanche, il est certain que Bernie Sanders va défendre ses idées lors de l’élaboration de la plateforme du parti démocrate. Il n’obtiendra pas tout, car son programme est radical, qu’il concerne le monde de la finance, le financement de la vie politique, la répartition des richesses ou le salaire minimum. Il peut y avoir des concessions mais Hillary Clinton n’a pas intérêt à avoir un programme trop radical car elle ne pourrait pas l’appliquer. Ils peuvent toutefois converger sur certains points, et notamment sur le salaire minimum.

En ce qui concerne les règles du jeu de la primaire, Bernie Sanders, qui a critiqué le système des superdélégués et des «Super PAC», pourrait aussi obtenir quelques changements. Le parti démocrate peut s’engager à plus de transparence.

En ne mettant pas un terme à sa campagne dès maintenant, Bernie Sanders est-il une épine dans le pied d’Hillary Clinton et du parti démocrate ?

Hillary Clinton va passer à autre chose, son objectif est désormais de battre Trump, il va falloir lever des fonds, et la campagne est loin d’être finie. Les médias sont eux aussi passé à autre chose.

Tout dépend du discours que tiendra Bernie Sanders dans les prochains jours. Va-t-il se radicaliser ou bien va-t-il attaquer Donald Trump, en faisant ainsi front commun avec Clinton ? Dans le premier cas, une partie de son électorat pourrait refuser de voter pour Hillary Clinton en novembre. Mais Sanders va probablement finir par appeler à voter pour elle lors de la convention.

 

* Editions Taillandier, 2016.