Malgré sa victoire compromise à la primaire démocrate, pourquoi Bernie Sanders ne lâche rien

PRÉSIDENTIELLE Bernie Sanders intensifie sa campagne dans l’espoir de mettre Hillary Clinton en difficulté jusqu’à la convention du parti…

Laure Cometti

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Bernie Sanders lors d'un meeting de campagne à Carson, en Californie (Etats-Unis), le 17 mai 2016.
Bernie Sanders lors d'un meeting de campagne à Carson, en Californie (Etats-Unis), le 17 mai 2016. — ROBYN BECK / AFP

« J’aime les come-back. » La phrase pourrait être anodine si elle n’avait pas été prononcée par Bernie Sanders, le candidat à l’investiture démocrate encore inconnu du grand public au début des primaires américaines en janvier dernier. Alors que l’équipe de basket des Warriors de Golden State venait de mettre fin à une série de défaites, le sénateur du Vermont n’a pas résisté à cette analogie sportive, voyant dans cette victoire « un très bon signe pour [sa] campagne », à quelques jours du scrutin décisif de ce mardi.

Les électeurs démocrates sont appelés dans six Etats à départager Bernie Sanders et Hillary Clinton, déjà déclarée gagnante de l’investiture démocrate par l’agence américaine Associated Press (AP) lundi. Alors que dans le camp républicain, les adversaires de Donald Trump ont jeté l’éponge, Bernie Sanders poursuit et intensifie même sa campagne dans l’espoir de mettre Hillary Clinton en difficulté jusqu’à la convention du parti, prévue à la fin du mois de juillet. Pourquoi ?

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Parce que les superdélégués peuvent changer d’avis

En théorie, les jeux ne sont pas faits et une victoire de Bernie Sanders reste mathématiquement possible. Dans les faits, elle semble néanmoins hors de portée. Toutefois, le sénateur du Vermont pourrait sortir renforcé de ces avant-dernières primaires. Un bon score dans certains Etats, et notamment en Californie, le plus peuplé du pays, pourrait influencer des superdélégués.

A ce jour, 571 superdélégués se sont rangés du côté d’Hillary Clinton selon AP, mais ils peuvent changer d’allégeance, et ce jusqu’au vote formel de la convention démocrate d’investiture de Philadelphie, du 25 au 28 juillet, comme le porte-parole de la campagne de Bernie Sanders ne s’est pas privé de le rappeler lundi. « Madame Clinton n’a pas et n’aura pas le nombre requis de délégués désignés par les primaires pour sceller l’investiture. Elle dépend des superdélégués, qui ne voteront pas avant le 25 juillet, et peuvent changer leur avis d’ici là », a-t-il déclaré.

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Parce qu’il veut influencer le programme démocrate

« L’objectif ce n’est pas seulement l’investiture. La campagne peut jouer beaucoup de rôles. Lors de la convention Sanders peut influencer la plateforme du parti », souligne James Cohen, professeur à l’Institut du monde anglophone, Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle. Cette plateforme, qui définit les grandes lignes du programme du candidat investi, sera votée à Philadelphie. Elle pourrait intégrer certaines positions progressistes de Bernie Sanders, nettement plus à gauche que sa rivale.

« S’il gagne en Californie, Hillary Clinton aura du mal à ne pas écouter ses revendications », observe le professeur. Bernie Sanders continue à faire campagne car « il estime qu’il le doit à ses électeurs et aussi pour maximiser son influence à la convention pour peser sur la plateforme et aussi en vue d’une future administration Clinton », abonde Alan Abramowitz, professeur de sciences politiques à Emory University. Le septuagénaire pourrait se voir confier un poste ou un projet de réforme.

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Parce qu’il voit plus loin que la présidentielle

Si Bernie Sanders intensifie sa campagne, c’est aussi parce qu’il bénéficie d’un élan de la part de sa base électorale. « Ses supporters ne laissent pas tomber et ils continuent de faire des levées de fonds importantes », constate Elisabeth Vallet, professeure associée à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Des levées de fonds et une organisation logistique qui ne sont pas uniquement destinés à soutenir l’investiture du sénateur du Vermont.

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Dans cinq mois, les électeurs américains ne seront pas uniquement appelés à élire leur président mais aussi des sénateurs et des membres de la Chambre des Représentants. « L’objectif de l’équipe de Sanders est de faire élire des candidats proches de ses idées », observe James Cohen. Elle a déjà sollicité ses donateurs pour soutenir Lucy Flores, candidate du Nevada à la Chambre des Representants.

La campagne atypique du candidat socialiste a déjà accouché de nouvelles organisations, comme le People’s Summit (sommet du peuple), prévu à Chicago du 17 au 19 juin. Selon les organisateurs, l’événement rassemblera des associations, des citoyens, des militants socialistes et des syndicats. Une troisième voie, à la gauche du parti démocrate ?

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« Après mardi, je ferai tout pour tendre la main et essayer de rassembler le parti démocrate, et j’en attends de même pour le sénateur Sanders », a lancé Hillary Clinton lundi, savourant par avance sa victoire. Bernie Sanders acceptera-t-il de soutenir l’ancienne secrétaire d’Etat ? Le politologue Alan Abramowitz en est convaincu. Mais l’union de la gauche américaine n’est pas acquise. « Une crise de légitimité va probablement s’exprimer à la convention et parti risque d’être divisé », prédit Elisabeth Vallet. Il faudra attendre le 25 juillet pour en juger. « C’est dans longtemps », comme l’a dit Bernie Sanders sur CNN dimanche.