La course à la présidence allemande lance Merkel vers 2017

© 2016 AFP

— 

Le président allemand Joachim Gauck à Berlin le 22 décembre 2015
Le président allemand Joachim Gauck à Berlin le 22 décembre 2015 — TOBIAS SCHWARZ POOL

Le président allemand Joachim Gauck a annoncé lundi qu'il renonçait à briguer un deuxième mandat, lançant la course à sa succession et compliquant l'équation électorale d'Angela Merkel à quinze mois des législatives de 2017.

«Je me suis décidé à ne pas être candidat une nouvelle fois à la fonction de président», a déclaré le populaire chef de l'Etat, pasteur de 76 ans et ancien opposant politique en ex-RDA, expliquant que son âge avancé ne garantissait plus «l'énergie et la vitalité» requises par son mandat.

Si la fonction est largement honorifique, entre rôle d'autorité morale et de représentation à l'étranger, M. Gauck, élu en 2012 pour cinq ans, n'avait pas hésité à prendre position sur la scène intérieure, soutenant la politique d'accueil des réfugiés ou évoquant les responsabilités historiques du pays.

En officialisant sa décision, sur laquelle les médias spéculaient depuis plusieurs jours, il ouvre la voie à une «Assemblée fédérale» incertaine lors de laquelle députés et représentants des Etats régionaux éliront son successeur en février prochain.

Or aucun parti, du fait du jeu de la proportionnelle, n'a la majorité absolue requise lors des deux premiers votes pour imposer ses vues. Ce n'est qu'au troisième tour qu'une majorité simple devient suffisante.

Ce vote implique une «confrontation précoce» entre les membres de la coalition gouvernementale - conservateurs de la CDU, alliés bavarois de la CSU et sociaux-démocrates du SPD - dont «la chancelière se serait volontiers passée», analysait dès dimanche le site internet du Spiegel.

- Contexte tumultueux -

Or les partis se mettent déjà en ordre de bataille en prévision des élections législatives de l'automne 2017, pour lesquelles Angela Merkel n'a pas encore annoncé ses intentions. L'élection du président fera dès lors figure «de jouet des partis politiques et de ballon d'essai» pour de nouvelles alliances, décrypte le quotidien berlinois Tagesspiegel.

D'autant qu'aucune personnalité transpartisane ne se dégage. Avant même son annonce, le débat sur le successeur de M. Gauck agitait un contexte politique déjà tumultueux, contrastant avec l'atmosphère consensuelle que Mme Merkel avait semblé imposer en dix ans de pouvoir, fêtés à l'automne dernier.

Le président a lui jugé dans son allocution que changer de président relève de «la normalité démocratique même dans une période exigeante et difficile».

En quelques mois, avec l'afflux l'an dernier de plus d'un million de demandeurs d'asile en Allemagne, l'idylle entre le parti conservateur de la chancelière (CDU) et ses alliés bavarois de la CSU s'est assombrie, pendant que les sociaux-démocrates du SPD plongeaient dans les sondages en payant pour une ligne politique illisible et le centrisme de Mme Merkel.

Difficulté supplémentaire pour la chancelière: elle ne peut rester hors du jeu, rappelle le Spiegel, puisque sa famille politique attend «qu'elle choisisse son propre candidat» au poste de chef de l'Etat.

- 'Noire-verte' ? -

Parmi les noms qui circulent dans la presse figurent deux personnalités de la CDU: le président de la chambre basse du Parlement Norbert Lammert, 67 ans, et le ministre des Finances Wolfgang Schäuble, 73 ans, vétéran de la politique doté d'une grande liberté de parole et qui s'était distingué par son intransigeance pendant la crise grecque.

Les sociaux-démocrates pourraient de leur côté désigner le ministre des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier, 60 ans, dont l'élection semble cependant exclue, faute d'unir derrière lui l'opposition de gauche ou de rallier les suffrages conservateurs.

Au-delà des personnalités retenues, l'attention se focalisera sur les jeux d'alliance, à l'heure où deux phénomènes fragilisent l'actuelle «grande coalition» CDU-SPD: la poussée de la droite populiste de l'AfD, qui bouscule les partis traditionnels, et la tentation pour le SPD de se reconstruire dans l'opposition plutôt que de continuer à se diluer dans la ligne gouvernementale.

Mme Merkel doit elle satisfaire les conservateurs bavarois, vent debout contre sa politique d'accueil des migrants.

Au jeu des pronostics, une éventuelle coalition «noire-verte», rassemblant conservateurs et écologistes, focalise déjà l'attention des médias. Inédit au niveau fédéral, cet attelage existe dans deux gouvernements régionaux.