VIDEO. Gorille abattu au zoo de Cincinnati: Y avait-il d'autres solutions?

POLEMIQUE De nombreux internautes ne comprennent pas la décision de tuer l’animal après qu’un petit garçon a chuté dans son enclos…

Anissa Boumediene

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Illustration de gorilles dans un zoo.
Illustration de gorilles dans un zoo. — J.D. Morgan/Shutter/SIPA

Ils ont agi dans l’intérêt de l’enfant. Ce samedi, un gorille a étéabattu au zoo de Cincinnati (Etats-Unis). Le primate a été tué par les responsables du parc après qu’un petit garçon de quatre ans a chuté dans son enclos, déclenchant la colère de nombreux internautes, qui ne comprennent pas ce choix qu’ils jugent radical.

Tenter une approche alternative

Les réseaux sociaux sont en ébullition depuis ce week-end, alors que la vidéo du tragique incident circule sur le web.

A l’image, on peut voir le garçonnet après sa chute, l’enfant se trouve entre les pattes de Harambe, un gorille mâle âgé de 17 ans. Comment l’enfant s’est-il retrouvé là ? Les circonstances de sa chute ne sont pas totalement éclaircies, mais il semblerait qu’il ait échappé à la surveillance de sa mère, qui s’occupait de plusieurs enfants. Blessé, le garçonnet a été hospitalisé mais ses jours ne sont pas en danger, selon la police locale.

Si sur la vidéo, le primate ne semble pas agressif, les responsables du zoo ont toutefois choisi de ne prendre aucun risque et d’assurer en priorité la sécurité de l’enfant, en ôtant la vie de l’animal plutôt que de faire peser le moindre danger sur celle de l’enfant. Presque aussitôt, des voix se sont élevées contre cette décision, et nombreux sont ceux qui se sont demandé s’il n’aurait pas été possible de tenter une approche alternative. « Quand un gorille a quelque chose qu’il n’est pas censé avoir, il est suffisamment intelligent pour que ses soigneurs tentent de négocier avec lui, de lui apporter de la nourriture », de quoi détourner son attention, a estimé au micro de CNN Ian Redmond, président de The Gorilla Organization, qui œuvre pour la préservation de l’espèce.

« Très peu de temps pour agir »

« Ce type d’incidents est tellement rare. En première intention, on peut tenter d’endormir l’animal avec une flèche anesthésiante, dans la mesure où personne n’est en danger », explique Jean-Pascal Guéry, directeur zoologique dela Vallée des Singes responsable des animaux de l’établissement. « Recevoir une fléchette peut être douloureux. Couplé à l’excitation générée par cette situation inhabituelle et l’agitation qui règne, avec les cris des spectateurs, tout cela peut énerver l’animal et retarder son endormissement, ce qui peut être dangereux pour l’enfant, poursuit-il. Dans l’urgence, on peut comprendre que la direction ait privilégié la sécurité de l’enfant. »

Et pour cause : « imaginez un peu un enfant de 3 ans face à un gorille adulte, qui pèse 200 à 230 kg », abonde Rodolphe Delord, président de l’Association Française des Parcs Zoologiques (AFdPZ) et directeur du ZooParc de Beauval, où vivent dix-huit gorilles. « Cela laisse très peu de temps pour agir. »

« Ils ont sauvé la vie de ce petit garçon, a déclaré Thane Maynard, directeur du zoo de Cincinnati. Même s’il n’était pas directement attaqué par le gorille, il était en danger. » Dans un communiqué publié sur la page Facebook du zoo, il raconte que « la première réaction a été d’appeler les gorilles de l’enclos pour les évacuer. Les deux femelles ont obéi, mais pas Harambe. Avec l’enfant encore dans l’enclos, endormir le gorille de plus de 200 kg n’était pas une option. L’impact de la fléchette aurait pu agiter l’animal et provoquer une situation bien pire. »

« Un déchirement »

Pour autant, cette décision n’a pas été facile à prendre pour la direction du parc. « Nous sommes dévastés par la perte de notre gorille bien-aimé », indique-t-on au zoo de Cincinnati.

« Tuer un gorille, c’est épouvantable, pour les soigneurs qui le côtoient au quotidien, et plus largement pour la survie de l’espèce, menacée d’extinction », témoigne Rodolphe Delord. « Je ne voudrais pour rien au monde me retrouver dans cette position, ça a dû être un déchirement pour l’équipe de prendre cette décision. Harembe, ils le connaissaient depuis toujours. Les gorilles sont de grands singes très intelligents, en captivité, ils nouent une relation très forte avec leurs soigneurs, qui y sont très attachés », confie Jean-Pascal Guéry. Le gorille, un animal intelligent mais pas seulement. « Malgré leur mauvaise image de méchant King Kong, les gorilles sont végétariens et pas agressifs de nature, ce sont des animaux pacifiques », détaille le directeur de la Vallée des Singes.

Rarissime, ce type d’accidents s’est pourtant déjà produit par le passé. En 1996, au zoo de Brookfield (Etats-Unis), un petit garçon était lui tombé dans l’enclos des gorilles. Binti, une femelle qui s’occupait de son petit, avait alors veillé sur l’enfant, inconscient, le protégeant ainsi des autres primates de l’enclos.